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dans ses clients autant de foi religieuse que de confiance ignorante : elle mélangeait les recettes des pèlerins aux versets de prières et aux formules magiques. C’est la médecine qui existe encore au xrr° siècle et au xrri° siècle. Celle de Saint-Amand, prévôt des chanoines de Mons, maître en médecine à Paris, de Bernard de Gordon (auteur du Lilium medicinæ), de Pierre d'Espagne, de Jean de Gadesden, qui réunit ces formules dans sa Rose médicale.
De ces trois courants, le plus important, celui qui va tout envahir, c’est le courant arabe ; grâce aux encyclopédistes, aux copistes désintéressés des cloîtres, à certains amateurs laïques, les textes classiques se conservaientintacts ou à peu près, sinon actifs, du moins permanents. Sous l'influence arabe, au contraire, le flot de livres apportés avec des autorités nouvelles, avec surtout le prestige du lointain et de l'étrange, font oublier et abandonner les noms anciens : les noms seuls, car la doctrine n’a pas changé et c'est de la Grèce encore qui vient à l'Occident par les invasions étrangères. Le deuxième courant, celui de Rome, est bien faible : Galien a bien encore, grâce à Salerne, son autorité, mais Celse est inconnu et de plus en plus s’efface leur action. Tandis que les centres restent imprégnés du caractère propre qui les spécialise, aux frontières ces courants se mêlent et se fondent insensiblement. L'Espagne est arabe ; Palerme, Bologne et l'Italie du Sud, sont classiques et latines ; mais déjà Padoue est averrhoïstique ; en Provence, dans le Languedoc, naissent des centres littéraires et scientifiques où la médecine prend un caractère nouveau. La fondation de l’école de Montpellier doit être rapportée à cette
époque (1).
(1) Astruc. Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de médecine de Mont-
pellier, P. 1767, in-4", p.151. q.
Il ne faut pas oublier, en effet, que dès les premiers siècles de notre ère, des centres importants existaient tant en Espagne qu'à Bordeaux, à Narbonne, à Montpellier ; qu’à partir du vrrr* siècle, les écoles philosophiques des rabbins de cette région (1) étaient des plus florissantes et célèbres. Or les Juifs ont joué, dans cette fusion du courant arabe avec le courant latin et par suite dans l'histoire de la médecine, un rôle très important (2). Traducteurs d’une part des œuvres arabes, d'autre part très versés dans les sciences médicales (3), que leur tradition conservait avec tant d'autres choses dans le Talmud, cette encyclopédie jalousement défendue, ils furent les premiers à étudier les livres Arabes, à faire commerce de leurs traductions.
Le Languedoc et la Provence offraient donc, à cette époque, le point actif de la vie intellectuelle et, tandis que Paris n'avait que de rares et peu intéressants rhéteurs scolastiques, Rome, d'inu-
(x) Ecole de Lunel en particulier, cf. Bédarride. Les Juifs en France, en Italie et en Espagne. P. Lévy, 1867, p. 90
(2) Astruc. Op. cit., p. 168. Bédarride Op. cit., pp. 96 et 100. Steinschneider. Archives de Virchow, XXX VII. (Tirage à part de 1868.)
(3) Ferragus, médecin juif, traduisit les œuvres de Buhahylyha Byngezla (cité par Arnaud de Villeneuve, IL. 204 be-bc’). Benevenutus Grassus Hierosolimitanus (juif connu sous ces noms latins), exerca à Salerne et à Montpellier, au commencement du x siècle. Prophatius, Jean de Saint-Gilles, Guillaume de Mazères, qui étaient à Montpellier les contemporains d'Arnaud, étaient tous trois des médecins juifs. (Astruc. Op. cit, p. 147-166 et 169.) De même Guillaume de Varignana à Gênes, Zacharias à Salerne. Les auteurs médicaux, les praticiens juifs d'Espagne, ceux de Lunel, de Narbonne, sont trop nombreux pour être cités ; rappelons les plus connus : Juda aben Tybbon (de Lunel), 1170. Salomon ben Juda, juif converti au mahométanisme, médecin en Andalousie vers 1190 ; Abraham aben Schal (1245) ; Abraham aben Ezra, de Tolède, enfin, Moses Maïmonide [RaMBaM}] (1155-1209', auteur d’un traité De la Santé adressé au sultan de Babylone et d'Aphorismes, selon les doctrines de Galien et d'Hippocrate.
tiles compilateurs (1), des intelligences avides cherchaient et s’efforçaient, à Barcelone, à Montpellier, à Padoue.
L'effort de l'Italie, le plus vigoureux à cette époque, ne restait d’ailleurs pas isolé : malgré les efforts de Frédéric II et de Charles d'Anjou, pour maintenir à Naples le centre des études médicales, le mouvement général emportait la science ancienne au-devant de l'élément nouveau envahissant et vers la célébrité des écoles du Midi de la France alors florissantes, vers Paris, qui naissait. C’est ainsi que Lanfranc de Milan, Pierre d’Apono, vinrent en France apprendre et enseigner et tentèrent de réaliser à eux seuls ectte fusion scientifique déjà commencée par la série des médecins juifs et continuée par ces nouveaux arrivants, comme elle le sera par Arnaud de Villeneuve, par Raymond Lulle, son disciple, pour aboutir, par un rapprochement lent et continuel de l’alchimie, au chimisme médical, enfin aux théories originales du xvi* siècle (2), à une époque qui n’est plus seulement conservatrice, mais productrice.
Ce court exposé de l’état des courants médicaux à l’époque d'Arnaud de Villeneuve était nécessaire pour permettre de mieux comprendre sa vie, dont les incidents, voyages et les travaux furent nécessités par son temps, pour mieux pénétrer son milieu et apprécier son rôle dans la série continue des travailleurs qui mènent l'humanité des ténèbres à la lumière.
(1) En 1156, les médecins se divisaient eux-mêmes en Physici (alchimistes, observateurs); Theorici (philosophes, le plus souvent scholastiques); Practici
(empiriques, rebouteurs, etc.) ; cf. Jean de Salisbury : Op. cit. Arnaud dit
même à ce sujet, dans le Breviurum, que les médecins de Paris sont plus thé6oriciens, ceux de Salerne plus praticiens, et dans un autre passage (IT 146 bc), il raïle ces théoriciens de leur ignorance thérapeutique.
(2) Daremberg. T. 1, p. 25, indique cette série d’esprits originaux et libres qui, précurseurs ou successeurs de Paracelse, ce grand révolté, firent la réforme médicale et dégagèrent les esprits de toute entrave dogmatique.
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HAPITRE DEUXIÈME
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