C'était sans doute un arc d'Auguste
3. Quelques années plus tard les théâtres de Pompée et de Marcellus furent également fortifiés.
6. M. Grogorovius, qui nous a fourni tant de documents intéressants (extraits du Rituel de saint Benoit, — Description du chanoine Mallius, — Inscriptions, chartes et bulles des Papes), attache trop d'importance au livre des « Mimbilia ». C'est une longue compilation faite pour plaire aux Romains. L'auteur, qui commence par intituler son chapitre : « Le livre des Mii'ubilia », est naturellement tenu de donner des merveilles. Les légendes se suivent de prés dans ce livre, où l'on renconire quelquefois une donnée exacte. Il faut remarquer que l'auteur emploie toujours le passé : // y avait, dit-il. Personne ne peut lui dire ainsi qu'il se trompe, et son imagination s'exerce sur les monuments les plus déligiiivs, comme le Capitole et le palais de Chromaluis. —On ne doit citer l'autorité des Mirabilia qu'avec une grande circonspedion, et quand d'autres érrivains viennent appuyer son récit. — A (ùté des Mirnliilin on peut placer la desrri|ilioii de Ht*ii.iamiii do Tiidela.
queurs du moyen âge appellent « le Palais du Sénat » . — Le Capitule ! ce seul mot, cri de ralliement du parti républicain, remuait à Rome les vieux souvenirs ; et cependant, chose singulière, il avait pour les Romains du douzième siècle un sens*aussi vague que pour les Romains d'aujourd'hui. Qu'était-ce que cet emplacement à demi ruiné, au sud du Capitolin, tout rempli de débris informes, de fûts de colonnes brisées, objet du culte des Romains, et qui entendit depuis Crescentius jusqu'à Arnauld tant de déclamations sur la liberté? L'ancienne citadelle du roi sabin ou le vieux temple de Jupiter? On ne le savait plus alors, tant l'ignorance des bas siècles avait entassé de ténèbres sur les monuments de Rome! — Aujourd'hui même il est impossible de dire avec certitude : La forteresse occupait le sommet nord, et le temple le sommet sud. — Nous pensons avec Niebuhr ' que le
1. Suétone (Calig. xxii) rapporte que Caligula a fit construire un pont, par-dessus le temple d'Auguste, eutre le mont Palatin et le Capitolen. Il semble, en jetant les yeux sur une carte, que Caligula, aussi fou qu'il pût litre, n'aurait pas conçu l'idée de rejoindre le temple de Jupiter, s'il avait été situé au nord. Et puis, si la citadelle existait encore, comment se fait-il qu'on en ait sitôt perdu le souvenir, et qu'elle n'ait servi ni dans les invasions ni dans les guerres civiles? — Avant 530 le môle d'Adrien était déjà la forteresse de Rome. Quant au temple, Genséric en avait fait enlever (dit-on) le toit de bronze doré. Si le fait est vrai, l'édifice dut bientôt tomber en ruines. — On pourrait trouver d'autres preuves, à l'appui de l'opinion de Niebuhr, dans la position du Forum, situé entre le Capitole et le Palatin (Denys d'Halicarnasse), et de la Voie sacrée, qui aboutissait au Clivus Capitolinus à gauche du clivus du Bois de l'asile. — Le côté de la prison d'Ancus était beaucoup plus escarpé. Les Forum d'Auguste et de César, ainsi qu'un grand nombre de monuments, encombraient l'abord de la colline. — Malgré Ampère, nous croyons donc que le temple était au sud. C'est à Rome l'opinion générale; et nous sommes persuadé que le Senateur, qui demeure aujourd'hui au Capitole, n'en doute pas — Pétrarque et le Pogge, les premiers voyageurs lettrés qui ont exploré Rome au quinzième siècle, croient tous deux que le temple était au sud. «fite« n'est plus célf'bre dans toute la ville, dit le Pogge, que le pont par lequel C. Caligula
lemple était au sud du mont , et que le Sénat du moyen âge siégeait — selon la croyance populaire — à la place même où se réunissait l'antique assemblée.
On s'étonne de voir j»ai' les Mirabilia que les Romains du douzième siècle ne savaient plus rien du lemple fameux de Jupiter, de Minerve et de Junon. I^a légende avait confondu le souvenir de cet édifice ruiné, et de la citadelle sabine effacée par la moderne église d'A/'w cœli. Ils donnaient au Capitole le nom de citadelle, mais ils lui prêtaient la magnificence du lemple de Jupiter. Dans l'imagination des contemporains d'Arnauld, le Capitole était autrefois une forteresse, renfermant un riche palais, un lieu splendide et couvert d'or, et surtout consacré aux réunions des sénateurs. C'est là leur idée dominante'. Il ne faut
joignit le Capitule au Palaiium. Mais de ce pont on ne voit que six colonnes (le oiarbre, trois au pied du Capitole et trois au pied du Palatium. » — Ce qui a augmenté la confusion, c'est qu'il y avait sur le. Capitole plusieui-s temples de Jupiter, un entre autres dans l'inttîrieur de la citadelle. Ajoutons encore qu'une citadelle (arx) se bâtissait toujours au sommet d'une colline de difficile accès ou d'un rocher escarpé. Or, le sommet nord était dans les premiers siècles le plus escarpé des deux. En etfet, on sait qu'au sixième siècle de Rome et au seizième siècle de notre èredes éboulements ont changé l'aspect du sommet sud, maintenant à pic. (V. dans Smith (a Roche Tarpéienne supposée.)
l. V. Gibbon (cliap. Lxxi). —Cet historien cite, d'après JVlontfaucon, ce passage de l'auteur anonyme des Mirabilia : — « Le Capitole est ainsi nommé parce qu'il est la tête du monde; c'est de là que les consuls et les sénateurs gouvernaient la ville et toutes les contrées de la terre. Ses murs, très-élevés et d'une grande épaisseur, étaient couverts de cristal et d'or, et surmontés d'un tuitde la plus riche et de la plus précieuse ciselure. Audessous de la citadelle se trouvait un palais d'or, pour la plus grande partie orné de pierres précieuses, et qui valait à lui seul le tiers du monde entier. On y voyait rangées par ordre les statues de toutes les provinces, qui avaient une clochette au cou; et, par l'effet d'un art magique, si une province se révoltait contre Rome, la statue qui la représentait se tournait vers le point de l'horizon où étaient les rebelles; la clochette sonnait, le prophète du Capitole annonçait le prodige, et le Sénat était averti du danger ipii nienayail la République. » (.Trad. de F. Guizot.J
pas conclure de celte tradition que l'église iVAra cœli au nord occupait l'emplacement du temple détruit, et que les ruines du sud — tant vénérées à Rome — n'étaient autres que celles de la forteresse; car, on le sait, les constructions nouvelles depuis le sixième siècle avaient presque toujours la forme et l'apparence d'une citadelle. Les grossières réparations que firent les Romains, dans leurs accès de libéralisme, aux ruines du Gapitole, transformèrent certainement le beau temple en un édifice barbare. De la colonnade qui l'entourait il ne restait pas même le souvenir au moyen âge; et, comme on peut s'en convaincre par les récits d'Othon ou de Gunther, tel qu'il était, il s'écroulait de toutes paris. Ce n'est certes pas l'amour de l'art qui les portait à demander à Frédéric de le réédifier, mais bien le désir de mettre le Sénat à l'abri d'un coup de main et des surprises de la faction cléricale. L'empereur d'Allemagne n'écouta pas même les vœux des sénateurs; et ce fantôme de Gapitole, souvent assiégé, pris et repris dans les guerres civiles au temps de Rienzi, disparut si bien que le Pogge le trouva transformé en un dépôt d'immondices; beau prétexte à déclamation! — « Des vignes, dit-il, ont pris la place des bancs des sénateurs; le Gapitole est devenu luimême un réceptacle d'immondices et de matières fécales'. ») Non loin de là le Tabularumi avait été trans-
i. V. le Pogge. Historiœ de varietate Fortunœ. Lib. I. LutetÏKî Parisiorum, 1723. — Voici le passage entier : « Ce qu'il y a de plus triste et ce qui l'tonne le plus, c'est de voir cette colline du Gapitole, autrefois la tète de l'empire romain et la citadelle du inonde, qui l'aisait trembler tous les rois et les princes, oi^i montèrent tant de gént^raux triomphaleux's, orn<'f et embelli par les présents et les diîpouilles de tant et de si grandes nations, et iligne des regards de l'univers entier, de voir, dis-je, ce Gapitole dans un
formé en grenier au sel. — La colline ' offrait déjà au douzième siècle cet aspect désolé que décrit le Pogge: au nord, l'église d'Ara cœli ; au sud, parmi les ruines imposantes des temples qui la couvraient naguère, l'édifice indescriptible qui avait été le Capitole.
Un vague souvenir de ce lieu célèbre lui fit au moins garder son nom. Le Forum romain avait même perdu le sien. On appelait la place nouvelle, qui peut-être ne remplaçait pas l'ancienne-, Campo vaccino ; c'était en effet un enclos livré aux buffles et aux porcs, qui pouvaient y brouter l'herbe inculte ^ Presque tous les
tel état de désolation et de ruine, si différent de ce qu'il était autrefois, que des ^ignes ont pris la place des bancs des sénateurs, et qu'il est devenu luimome un réceptable d'immondices et de matières fécales. » (Voirie texte aux Pièces justificatives, où j'ai donné quelques extraits de l'ouvrage du Pogge.)
1. Qu'appelait-on au moyen âge Clivas argentarius et Iiisula argentaiia? — On peut croire, d'après l'itinéraire de la procession donné par le Rituel, (jue le Clivtts argentarius était la pente sud de la Roche Tarpéienne supposée, et VInsula argentaria un pâté de maisons, qui tirait son nom de l'ancienne basilique Argeiitariu.
2. Je ne sais si, comme le dit Ampère, le véritable emplacement de l'ancien Forum est maintenant déterminé. Suivant lui, le Forum romain se dirigeait en long de l'est à l'ouest, du Capitole vers la Velia, et non du nord au sud, entre le Palatin et le Capitole; ou, pour mieux dire, il occupait l'emplacement lin Campa caccino actuel. — Jlais la place du temple de Jupiter entraîne celle du Forum, et, malgré l'opinion de cinq ou six savants dont Ampère cite les noms connus, j'ai peine à croire <|ue le Forum romain était vraiment à cet endroit. Kn le pla(;ant ainsi, on ne retrouve plus l'espace nécessaire au Forum de César, au Forum d'Auguste, à celui de Nerva, et aux rues qui s'y croisaient. Les deux premiers étaient très-vastes: on y donnait des combats de gladiateurs, comme dans le Forum romain.
3. a Le Forum, endroit si fréqueuléde Rome, où l'on rendait la justice, où se faisaient les lois, où le peuple se réunissait en assemblt^e, et tout près, le Comitium, si connu par l'élection des magistrats, sont abaudonn-^s et déserts, subissant lerapriie de la fortune; l'un sert d'enclos aux buflles et aux porcs, l'autre est culiivé et produit des légumes. — Il existe cependant une portion des murs du ('.«unitium, restes d'une construidun remarquable, au sommet desquels scml encore (ilacces deux statues en niarlue revêtues de la toge. » (V. Le Pogsre.)
édifices, qui se pressaient dans l'ancien Forum, avaient disparu, et le terrain, encombré par les ruines, s'était élevé de trois mètres au-dessus du sol antique. L'édifice appelé Temple de Vesta par Nibby, transformé déjà en église ' à cette époque, avait perdu son caractère; car le Pogge ne le mentionne pas dans sa description de Rome. Le Gomitium, voisin de la Grécostase, dont on croit avoir retrouvé des restes, offrait au quinzième siècle de belles ruines encore surmontées de deux statues : un champ de légumes l'entourait alors ^
Quant à ce que le Pogge appelle les restes du « Pont de Caligula «^ — trois colonnes au pied du Palatin et trois au pied du Capitole, — nous ne pouvons dire s'il faut, en effet, les attribuer à cette construction insensée. Tous les édifices anciens étaient d'ailleurs défigurés par des bâtiments modernes et grossiers ^ — La Curie Julia, devenue l'église de Sainte-Martine \ à l'époque où le Pogge la vit, ne gardait de l'ancien édifice qu'un pan de mur revêtu de marbre. Si l'église n'était pas construite au douzième siècle, la Curie
1. L'église Saint-Théodore , d'après le chanoine Malliiis. (V. Gregorovius. Hist. de Rome au moyen âge. IV, p. 607,}
2. Nous attachons beaucoup d'importance à la description du Pogge. Toutes les ruines qu'il indique étaient certainement debout an douzième siècle; car entre cette époque et le temps où il écrivait on ne lit presque jamais ;\ Rome de fouilles savantes. QU'ind on creusait autour des monuments, c'était afin d'en extraire des pierres pour les fours à chaux.
3. Les restes de la basilique .Enn/ia, indiqués dans le plan de Rome antique de Nibby, ont été déterrés au dix-neuvième siècle.
4. il n'y a guère de doute à ce sujet. On sait que cette église a été élevée sur un palais du Sénat. «Notre religion a conservé sur le Forum un endroit dédié à sainte Martine, martyre; d'après une inscription ce lut autrefois, du temps de Théodose, \q Hand noire du Se'/wt. » (Le Pogge. \. aux Pièces justificatives.)
complètement ruinée ne pouvait servir aux réunions (lu Sénat, qui ne s'y assembla jamais. Le Rituel de saint Benoît *, signale ici la prison Mamertine couverte par des constructions nouvelles; en effet il l'appelle : Mnmertina privata -.
L'Arc de Septime Sévère, au pied du Capitole, déliguré par des fortilîcations et par une tour, qui dominait sa plate-forme, avait pour propriétaire au douzième siècle (chose curieuse) l'église de Saint-Sergius et Bacchus, et les héritiers d'un certain Ciminus. La bulle d'Innocent 111 parle de chambres adossées aux petites arcades. On l'avait complètement utilisé, el entouré de constructions particulières ^ .
Près de là, le Temple de la Concorde ^ s'élevait presque entier. Mais c'était pour les Romains une mine à exploiter. Ses belles colonnes de marbre blanc ne trouvèrent pas grâce devant eux. Les unes fournirent des matériaux pour les édifices nouveaux, et les autres furent jetées dans les fours à chaux.
On voyait encore çà et là, près de l'ancienne montée Triomphale, au milieu de masures sans nom, des ruines comme celles du Temple de la Fortune, et du Temple de Jupiter Stator, antique édifice sur lequel