En comptant celles des couvents
7. Les nobles Romains, transformés en brigands, profilèrent souvent des émeutes pour voler les offrandes apportées par les pèlerins sur les autels» (V. Othon de Freisingen.)
de Léon IV, si disproportionnés avec la véritable étendue de Rome. Les Romains les ont jusqu'ici réparés, à mesure qu'ils menaçaient ruine, non sans un esprit de suite, qui surprend, quand on examine toutes leurs entreprises. L'intérêt des Papes les portait aussi à les défendre des attaques extérieures. Ils contribuaient de leur argent à l'entretien de cette vaste enceinte. C'est presque inutile de dire où l'on prenait les matériaux. « J'ai vu en ruines , dit le Pogge, une partie des murs, et il m'a été possible de m'assurer que des pierres différentes prises de tous côtés et des fragments de marbre avaient servi de matériaux pour la construction. » Cet écrivain a compté 379 * tours sur les murailles. Ajoutons-y celles des nobles Romains signalées plus haut, et l'on verra que la ville renfermait au moins onze ou douze cents de ces redoutes singulières. Un pèlerin prétend qu'il y en avait dix mille, lorsqu'il vint à Rome vers la fin du onzième siècle , mais ce nombre est évidemment invraisemblable, rapproché de la population. En effet, Pétrarque affirme qu'au quatorzième siècle, il ne restait à Rome que 33,000 habitants. — Gibbon ne peut ajouter foi à ce chiffre incroyable. Et cependant on est tenté de l'admettre, quand on examine de près les limites de Rome, et toutes les causes de dépopulation qui ont pu changer en désert cette malheureuse ville.
Et d'abord les limites de la ville : les églises nous ont servi tout à l'heure à les déterminer ; on a pu se
\ Brancaléon en fit abattre 140. Il en restait encore 45 dans un seul quartier de la ville sous le Pape Martin V. En admettant le nombre donné par Benjamin de Tudela, on aurait à peu près la proportion à! une tour par quatre habitants.
convaincre qu'à l'exception du Champ de Mars et de la nouvelle Suburra, le reste de Rome était inhabité, ou du moins qu'il n'y avait, sur les autres collines, que des couvents éloignés les uns des autres. Ajoutons le Vatican et le Transtevere à peine peuplés. Si l'on songe maintenant aux grandes propriétés des nobles Romains, enclavés dans ces étroites limites, aux couvents, aux jardins, aux églises, et surtout aux endroits que les ruines rendaient inaccessibles, on sera bien tenté de croire qu'il n'y avait alors que trente ou quarante mille habitants. La«mararia»et la misère durent aussi faire émigrer une partie de la population. — Dans Rome appauvrie, livrée à l'anarchie et presque toujours abandonnée par les papes, il n'y avait aucun commerce. Le clergé et les couvents, possesseurs d'immenses propriétés, où végétait une grande partie du peuple, contribuaient beaucoup à augmenter la dépopulation, qui avait d'ailleurs commencé au dixième siècle — 33,000 habitants ! Voilà où la décadence politique, morale et matérielle devait conduire Rome. Ce n'était plus que le tombeau de la Rome antique.
Mais il est temps de reprendre le récit des faits dont elle fut le théâtre. C'est un spectacle qui excite toujours la sympathie et l'attention des hommes que celui d'un peuple enseveli dans l'ignorance, la servitude et la misère, faisant pour briser sa chaîne un effort désespéré.