Voir aux Pièces justificatives
point l'air, par notre silence, de donner plus de force désormais aux attentats criminels dudit hérétique, nous vous enjoignons, par le présent écrit, de fuir par tous les moyens possibles Arnaud comme un schismalique. Que si les ecclésiastiques devaient mépriser Dieu et sa sainte Église au point d'oser, après réception de ce bref, adhérer plus longtemps à cette fausse doctrine, nous vous faisons savoir par la présente que nous excluons iceulx tant des fonctions que des bienfaits de l'Église.
« Brescia, 15 juillet, 1148. »
Cette lettre prouve encore qu'Arnauld se présenta comme un réformateur religieux', et ne songea d'abord qu'à prêcher contre les abus de toutes sortes qui souillaient l'Église. Il reprit devant le peuple fasciné les sujets brûlants qu'il avait abordés autrefois dans son pays. Othon nous donne la mesure de l'entrainement qu'il excita partout, et du nombre de partisans qu'il sut compter bientôt dans la grande ville '. Peutêtre devant le tableau de l'anarchie qui régnait à Rome avait-il renoncé à s'occuper de la République. Mais pour ses disciples les deux réformes se mêlaient si étroitement, qu'il était presque impossible de tenter l'une sans toucher à l'autre. Comment priver le Pape de toute autorité, sans établir en même temps un autre gouvernement? Parfois il se laissait entraîner à parler
1. En elVei le Pajie no se pluiiit milleiiu'iil im' Arnaiilil ail loiirhi^ .\ la ponstitiition.
2. "... Apivsavuir excil.' ;\ la rt^voito les esprits d'mi peuple jïrossier par une doctrine aniollissanle, il entraîna ou plulùt sôrlnisit mif iinmewie multitude... " (Ott. Fris, de »est. Frid. Il, 20.)
aux Romains des vertus guerrières de leurs ancêtres. Il les proposait pour modèles ' à la République hésitante; et, eùt-il voulu rester étranger aux luttes politiques toujours plus ou moins sanglantes, il ne l'aurait pu : la pente était trop rapide. Maîtres et disciples s'enthousiasmaient à ces souvenirs, souvenirs vivants pour lui, qui voyait chaque jour en philosophe le Capitole, les temples et les palais restés debout comme pour l'exciter à ressusciter le passé -.
Nous croyons que c'est ainsi par l'enchaînement imprévu et irrésistible des choses qu'Arnauld se trouva mêlé aux affaires publiques, aux passions violentes qui agitaient les esprits, et devint tout-à-coup homme politique de réformateur qu'il était. Dès lors la vie pratique l'entoura de pièges et de dangers. Il lui fallut entrer dans la voie des concessions, accepter au moins tacitement tout ce qui avait été fait en son nom, même les pillages du peuple, et maintenir ainsi la révolte ouverte entre les prêtres, les évêques et les cardinaux. Enfin il dut songer, lui, l'homme austère et indépendant, devenu chef de parti, à se créer des défenseurs parmi le peuple et même parmi les nobles. Le jour où il fut tenté de montrer aux Romains le Capitole en
1. « Arnauld Texcita davantage à la sédition, en lui proposant les exemples des anciens Romains, qui grâce aux décrets d'un Sénat mûri par l'expérience, grâce au courage, à la forte discipline d'une vaillante jeunesse, soumirent à leurs lois la ferre entière. » (Ott. Fris, de gest. Frid. il, 20.)
2. Tous les magnifiques monuments qui subsistaient encore au douzième siècle et ceux dont il restait des ruines avaient été construits sous l'Empire; mais pour Arnauld ils n'en rappelaient pas moins l'antique grandeur de Rome. Sans doute, il confondait cette gloire matérielle, pour ainsi parler, avec la gloire morale de la République ; ce serait lui supposer une bien grande profondeur de vues, que d'admettre qu'il songeait, devant tant de merveilles, qu'elles étaient l'œuvre du de.spotisme, le prix des sueurs du peuple ou des travaux de nations vaincues.
ruines ol de leur dire : « Relevez-le ', » Arnauld ne se doutait pas dans quelle route difficile il s'engageait. Lorsqu'il n'hésita plus, et voulut énergiquement s'occuper de la République, les partisans de cette cause devenue la sienne surgirent en foule - à l'appel éloquent du nouveau tribun \ 11 retrouva des amis \ quelques-uns haut placés, et s'en fît une multitude parmi le peuple, qui comprit vite le désintéressement d' Arnauld, et le seconda d'autant mieux qu'il venait le premier travailleiàsa réhabilitation. En effet, l'ébauche de République " qu'il allait transformer était encore tout aristocratique comme celles d'AIbéric et de
1. ... « Aussi leur montra-t-il qu'il fallait reconslruiiG le Capilole... u (Ott. Fris, dé gcst. Frid. U, 20.)
2. MfiUer et Francke nous disent qu'Arnauld arriva à Rome avec 2UÛÛ Suisses, et nous avions d'abord trouvé cette assertion vraisemblable : c'est une erreur. Si Arnauld était entré à Rome avec 2000 Suisses, il se serait trouvé un contemporain pour le dire, et ceux-ci n'auraient pas été dans l'incertitude où ils sont sur l'époque précise de l'arrivée d'Arnauld, Ou n'entre pas dans une ville avec une armée, sans que cela ne soit va, retenu et raconté. D'autre part il est prouvé tju'Arnauld est arrivé à Rome en H4G, et c'est en 1131 que la lettre d'Eugène 111 à W'ibald place la conjuration des 2000 hommes. 11 est prouvé (ce qui rend notre opinion encore plus vraisemblable) qu'Arnauld ne s'occupa d'abord que de la réforme religieuse. Il ne songea à se faire une armée qu'au moment même de sa grande réforme politique, 1151. Il faudrait donc admettre qu'il ait quitté Rome secrètement pour aller lever 2000 Suisses aux environs de Zurich. Le plus simple bon sens indique qu'Arnauld n'avait nul be.soin de braver les dangers infinis du voyage, sans parler de l'imprudence qu'il y aurait eu à laisser Rome abandonnée à elle-même, quand il avait sous la main un peuple frémissant, fanatique do liberté, bien plus intéressé ;\ voir réussir l'entreprise du réformateur que ne l'auraient été tous les Suisses du monde.
3. Le mot « tribun " no veut dire autre chose ici que défenseur du peuple.
V. Nous avons dit plus haut (|u'il y avait au-dessus du Sénat des ct«useillors extraordinaires, qui formaient une espèce de conseil privé. Dès qu'Arnauld les eut gagnés k sa réforme, il put se flatter de conduire et d'entraîner facilement les Sénateurs.
5. On ne sait qu'une chose, c'est que le Sénat se composait de quarantecinq membres, et que le Préfet avait de nouveau pris la place du Patrice,
Crescentius. Le peuple avait à la vérité secondé la noblesse, mais celle-ci ne songeait pas à créer pour lui des magistratures. Ce fut Arnauld qui le premier essaya de lui rendre sa dignité avec les charges qu'il occupait autrefois. Il fit revivre les anciens noms de Patriciens et de Plébéiens, et ne s'adressait jamais au peuple sans se servir de l'expression « Quirites ' w. Plus tard il rétablit leTribunat. La lettre d'Eugène III - (pleine d'ailleurs d'insinuations controuvées) nous donne la date précise de quelques réformes d' Arnauld : le nombre des sénateurs porté à « cent » et le rétablissement des consuls (Haï). — Faut-il placer avant ou après cette année II5I les faits ajoutés par Olhon ' ou Gunther? 11 nous a été impossible de le constater, tant il y a de vague dans dans ces documents! Cependant, comme Eugène ne fait aucune al-
comme le prouve la suscription de la lettre de Conrad aux Romains (1149) : « Conrad, par la grâce de Dieu, roi des Romains et toujours auguste, au Préfet de Rome, aux consuls, aux capitaines et à tout le peuple romain, aux petits comme aux grands, faveur et bonne volonté. »
1. V. aux Pièces justificatives. Gunt., lig. UI. Le plan démocratique d'Arnauld est contenu dans ces quelques vers :
Quin etiam titulos urbis renovare vetustos, Patricios recreare viros, priscosque Quirites Nomine Plebeio, secernere nomen Equestre, Jura Tribiinorum, sanctum reparare Senatian, Et senio fessas mutasque reponere leges, Lapsa ruinosis et adhuc pendentia mûris Reddere priniœvo Capitolia prisca nitori, Consiliis armisque suae moderamina suminse Arbitrio tractare suo, nil juris ia hac re Pontifici summo, modicw.i concedere Aegi Suadebat Populo
— Avant de citer ces vers, Raronius dit {œmi. H46) : « Qua; vero sub Eugénie Bestia ista ausa est, cecinit etiam istis versibus Ligurinus in Friderico. »