Ott. Fris, de gest. Frid. I, 27 et 28; II, 20 et
lusion aux changements qui accompagnèrent celui-ci, il est probable que ce fut là le premier acte de son autorité. 11 avait réuni dans la campagne de Rome ou même parmi le peuple de la ville une petite armée « rustique » destinée à l'appuyer : « deux mille conjurés ' ; » nous dit Eugène. Ceux-ci , guidés par Arnauld et ses amis, accomplirent facilement ce premier coup d'État. Il avait trouvé un Sénat composé de cinquante-six membres, il en créa quarante-quatre nouveaux, tous à vie, et choisit deux consuls. — Ce n'était pas assez de ressusciter l'illustre assemblée ; il fallait lui donner des lois ou plutôt rajeunir et cimenter les anciennes lois tombées en désuétude, que de rares légistes étudiaient depuis quelque temps dans les écoles d'Italie ^ Arnauld osa encore cette entreprise; mais elle était certes plus prématurée que toutes celles qu'il avait tentées jusque-là. — Il voulut aussi relever le Capitole ; et les Romains excités par lui commencèrent ce travail avec ardeur ^ Il rendit au peuple la puissance tribunitienne, et ne recula pas devant la tâche presque impossible de reformer l'ordre équestre. Ce gouvernement une fois organisé *, Arnauld interdit
1. « Deux mille conjurés environ se sont entendus secrètement, et aux dernières calendes de novembre ont établi cent Sénateurs à vie de mauvaises œuvres et deux consuls..., »
2. Certains légistes d'alors, payés par l'empire, interprétaient les lois dans le sens du pouvoir despotique, on peut dire : les dénaturaient.— Voir (ilus loin une citation de Godot'roy de Viterbe.
3. Ils ne purent cependant l'achever, puisqu'en 1150 ils demanderont îi Frédéric de les aider à le réédifier. (V. Gunther, aux Pièce»- justificatives.)
l. Gibbon (Hist. de h Décadence des Romains, ch. Lxix) énumère les laits qui annoncent l'indépendance politique des nouveaux républicains : \o Le Capitole fortifié; 2° Le droit de fabriquer des monnaies; 3° Le Préfet de la ville remplacé par un Patrice; 4" La renaissance du Sénat.
complètement au Pape et à ses cardinaux de se mêler des affaires publiques. Enfin les nouveaux républicains prirent la résolution de limiter autant que possible la puissance de l'empereur d'Allemagne , qu'ils reconnurent comme le protecteur et l'allié de la République.
Il nous reste maintenant à éclairer quelques faits obscurs ou controversés.
\° Quel rôle Arnauld joua-t-il personnellement dans la République? — Ce fait, le plus intéressant à éclaircir, doit être longtemps l'objet des conjectures. En \ain nous avons fouillé les textes ; en vain nous avons tenté, même à Rome, de nous procurer des documents. Ou ils ont disparu, ou les archives secrètes du Vatican les tiennent cachés aux travailleurs. A-t-il été consul, dictateur ou tribun? Nous ne le pensons pas. En effet, qu'on examine attentivement les récits contemporains, saint Bernard, Othon de Fieisingen, les lettres d'Eugène III, Gunther, Godefroy de Viterbe'; pas un ne nous apprend ce qu'était Arnauld. Ils en parlent tous comme de l'âme pensante et agissante de la République, mais ils ne lui donnent jamais un titre, pas même celui de tribun. Devant ce silence obstiné, nous ne pouvons nous empêcher de croire qu' Arnauld n'avait accepté aucune magistrature, se réservant la libre prédication et la libre initiative. A la vérité, c'est là une action bien étrange, et l'on peut nous objecter l'invraisemblance de ce désintéressement, dont il n'y a dans l'histoire aucun autre exemple. Qu'un homme comme Arnauld ait pu être le