‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 12 sur 176 · Hist.cal., VIII · texte numérisé non relu

Hist.cal., VIII

accusations, l'archevêque Rodulphe assemble contre lui un concile à Soissons' (1121).

Singulier procès oii les juges montrent plus d'embarras et d'incertitude que l'accusé lui-même! Ne sachant avec quelles armes le combattre, ses adversaires répandent d'odieuses calomnies dans le clergé et dans le peuple : « Abélard a dit et écrit qu'il y a trois Dieux -. » Ce bruit s'accrédite, elle maître court risque d'être lapidé à Soissons, ainsi que le petit nombre de disciples qui l'accompagnent. Encouragé par les siens, surtout par Arnauld (la conjecture est vraisemblable), Abélard va trouver le légat Conon, et lui donne son livre à examiner : s'il s'y rencontre des propositions en désaccord avec le dogme, il est prêt à les corriger, à faire acte de soumission. Mais le légat ne veut pas se charger de ce soin. Il ordonne à l'accusé de remettre son livre au jugement de l'archevêque et de ses rivaux. Ceux-ci lisent et relisent l'ouvrage, et, n'y trouvant rien qu'ils puissent condamner en séance publique, attendent la fm du concile pour prononcer la sentence. Abélard, de son côté, presse le dénouement de l'affaire ; il va sur la place publique, s'adresse à la foule, expose ses doctrines, les fait approuver , et chacun de dire dans le peuple comme dans le clergé : « Le voilà qui parle en public, et personne ne dit rien contre lui ^ »

Cependant le concile touche à sa fin, et la cause est encore à juger. Les ennemis d'Abélard gardent toujours le silence. Enfin, un jour, Albéric et son cor-

Page 1