Hist. cal., IX
2 Dicentes me très Deos préedicare et scripsisse. (Hùt. cal,, ix.)
3. Ecce nunc palam loquitur, et nemo in eum aliquid dicit, {Joatin.,\n.)
tége d'étudiants s'approchent d'Abélard. « J'ai note dans votre livre, dit Albéiic, un endroit qui me surprend beaucoup. Vous soutenez que Dieu ne s'est pas engendré lui-même, et pourtant Dieu a engendré Dieu, sans cesser d'être un. » — « Eh bien, si vous le désirez, répond Abélard, je vais vous expliquer ce point par la raison. » — « Nous n'avons nul souci, reprend Albéric, de la raison humaine ou de notre sentiment eu pareille matière; la lettre du dogme nous suffit. » — ((Feuilletez le livre^ ajoute l'accusé, et vous trouverez ce que vous demandez. » — Eu effet le chapitre avait pour titre un passage de saint Augustin sur la Trinité '. Ce passage est lu par Abélard, et les assistants de se regarder tout étonnés. — « Il faut en saisir le sens, s'écrie Albéric pour se justitier. » — ((Le point n'est pas nouveau, poursuit son adversaire; mais pour le moment peu vous importe, puisque vous ne tenez qu'aux paroles. Or, si vous désirez en avoir le sens^ je suis prêt à vous prouver que vous êtes tombé dans une hérésie, puisque, d'après votre opinion, celui qui est le père serait le fils de lui-même. » — A ces mots Albéric furieux se retire en disant à Abélard que dans cette cause ses belles raisons ne plaideraient pas en sa faveur. Abélard était en elfct condamné d'avance.
Une seule voix s'éleva dans le concile pour conseiller la justice. Ce fut celle de Geoifroy, évêque de Chartres. (( Vous connaissez, dit-il aux juges, la science et ic talent d'Abélard ; il s'est fait partout de nombreux
1. Qui putatcjus potentitc Deum, ut seipsum ipse geiiucrit, eo plus errât quod non solum Deus ita non est, sed nec spiritalis creatura, nec corporalis. Nulla enim omnino res, (}uip seipsam gignat. (S. August. de Trinit. Lib. I, cap. I.)
partisans, et ses rameaux, comme ceux d'une vigne, se sont propagés d'une mer à l'autre ^ Si nous le frappons sans jugement, sans tenir compte du grand nombre de ceux que nous allons blesser, et des disciples qui sont prêts à prendre sa défense, à propos d'un écrit où rien ne décèle une évidente hérésie, prenons garde d'augmenter le renom de cet homme, et de nuire à notre réputation de justice. Si l'on veut, au contraire, procéder contre kii d'après les lois canoniques, que son livre soit lu en public, et qu'il puisse répondre librement à nos attaques. Alors, convaincu d'erreur et repentant, il se taira. Imitons saint Nicodème, qui, désirant sauver le Seigneur, disait : « Est-ce que, selon notre loi, on juge un homme sans auparavant l'avoir entendu, ou s'être informé de ce qu'il fait ^ ?»
Geoffroy, voyant qu'on refuse d'écouter ses sages pensées, ouvre un autre avis ; c'est de faire reconduire Abélard à Saint-Denys par l'abbé Adam, présent à la réunion. Là cette cause serait examinée et jugée par de doctes personnes. Le légat donne son assentiment, ainsi que les autres membres du concile. Mais, cédant aux instances des ennemis d 'Abélard, il revient sur cette décision, condamne le livre « sans examen ^ » , consent à ce qu'on le brûle en présence de tous, et ordonne que l'auteur soit enfermé dans un cloître. Le légat, « peu lettré ^, » n'avait agi que par les conseils de l'archevêque, qui subissait à son tour l'influence des
1. ... Et quasi ejus vineam a mari usque ad mare palmites suos extendissc. {Hist. culam., cap. ix.)
2. Traduction de Lamennais. — Numquid lex noslrajudicat liominem, ubi audierit ab ipso prius, et cof^noverit quid faciat ? [Joann., vu, 51.)