V. le texte latin aux Pièces justificatives
. . . Puis Wctzel compare Rome à Rébecca, faisant avancer Jacob, qui n'aurait pu obtenii* « le pouvoir absolu » sans le concours de sa mère. Plus loin il s'étrnd longuement sur les vices de ceux qui appellent Frédéric, entremêlant son discours de mille citations bibliques : «Aujourd'hui par qui ôtes-vous appelé? Par des aveugles, c'est-à-dire des Julianistes, je veux dire des clercs hérétiques et apostats et de faux moines, qui violent les règles de leur ordre, aspirent à dominer contrairement aux statuts évangéliques , apostoliques et canoniques, enfin au mépris des lois divines et humaines, bouleversent à la fois l'Église de Dieu et le monde séculier. » — Ailleurs il cite ces paroles de saint Jérôme qu'Arnauld lui-même aurait pu rappeler dans ses discours ' : « Fuis comme la .peste le clerc négociant, devenu riche et célèbre de pauvre et d'obscur qu'il était. Comment ces hommes tout entiers aux affaires mondaines accom})lissent-ils, eux qui sont sourds aux saintes choses, le premier de tous les décrets des Pontifes romains, le décret exprimé par saint Clément dans sa première lettre, et promulgué par saint Pierre? Entre autres choses, quand Pierre ordonna Clément, il lui fit cette injonction : Il faut que ta vie soit irréprochable , que tu fasses tous tes efforts pour rejeter loin de toi les affaires où tu pourrais servir de garant, appuyer quelqu'un de ton crédit; ne va pas ie susciter des embarras en te
1. 11 est curieux de rapprocher de ce passage l'entretien d'Adrien IV et de Jean de Salisinn-y, on encore ces mots de saint Bernard {de Consul.) : « Le Ponlilicat est un ministère, et non une domination... Pierre ne vous a pas laissé de l'ov et de l'argent; vous pouvez en avoir à quoique autre titre, mais non comme l.c'rilier de l'apùtro; car il n'a pu vous donner ce qu'il n'avait pas. »
mêlant de choses mondaines. Ce n'est pas pour être juge ni enquesteur d'affaires séculières que Dieu a voulu t'ordonner aujourd'hui; car, absorbé par les soucis des hommes, tu serais privé de l'esprit de Dieu. Ces occupations, qui ne te conviennent pas, appartiennent aux laïques, et personne ne doit chercher à t'enfl animer de zèle pour ces sortes de choses : chacun des laïques serait en faute, s'il ne rivalisait d'ardeur et de dévouement pour ce qui concerne les besoins de la vie commune ; mais tous aussi doivent, d'un commun accord, te préserver de soucis qui sont indignes de toi. Que si par hasard les laïques ne le comprennent point par eux-mêmes, c'est aux diacres à les instruire. A toi seul le fardeau des affaires de l'Église! En proie aux soucis du monde, en te trompant toimême, tu trompes ceux qui t'écoutent. En effet, tu ne pourrais plus distinguer clairement ce qui concerne le salut, et de là il suit que ta es déposé et que tes disciples périssent par ignorance : ainsi donc (puisque c'est là ta seule mission) enseigne sans relâche la parole de Dieu. — Quant au conte hérétique, d'après lequel Constantin aurait, par un contrat simoniaque, cédé le pouvoir impérial à Silvestre, c'est un mensonge si bien reconnu, qu'aujourd'hui des mercenaires et de pauvres femmes peuvent à ce sujet tenir tête aux plus savants, et que ledit Apostolique et ses cardinaux n'osent plus de honte se montrer dans Rome'...» Plus loin : « L'Empereur ne doit pas ressembler à
1. Cela ferait croire que Wetzel était tout à fait partisan d'Arnauld, car il n'y avait que ses disciples qui pussent être si convaincus de la .fausseté des décrétales. Au milieu du douzième siècle, les meilleurs esprits du temps y croyaient, Jean de Salisbury et bien d'autres (v. le Polycrat.).
Esaii, l'homme des bois, mais être versé dans les lois : c'est ce que dit l'empereur Julien dans le premier édit de toutes les lois : « La majesté impériale ne doit « pas seulement être riche d'armes , mais elle doit « aussi se montrer armée de lois, afin qu'en paix « comme en guerre les peuples soient bien gouver- « nés. » Le même nous montre peu après où l'Empereur romain puise la source du pouvoir, qu'il a de commander et de faire des lois. Mais, dira-t-on, toute décision de l'Empereur doit avoir force de loi : c'est ce qui a lieu, ajoute-t-il, quand le peuple lui remet à discrétion toute la puissance, toute l'autorité dont il a le dépôt. D'autre part, comme tout le pouvoir, toute la dignité de la République est entre les mains des Romains, le choix de l'Empereur dépend non de l'Empereur romain, mais des Romains eux-mêmes-; conclusion toute naturelle pour qui se demande quelle loi, quelle raison empêche le Sénat et le peuple de créer un Empereur. — Envoyez k Rome le plus tôt possible, ajoute-t-il, le comte Rodolphe de Ramesberch, le comte Udaricus de Lenccnburch et d'autres hommes éclairés, par exemple Eberhard de Bodemen, qui, prenant avec eux des jurisconsultes, sachent et osent traiter des droits de l'Empire. Veillez à ce qu'aucune tentative nouvelle ne se fasse contre vous. »
Wetzel, on le voit, voulait la Réforme et la République, mais il ne pouvait, même un instant, envisager l'idée que Rome pût se passer de l'Empereur ou que celui-ci méprisât le suffrage des Romains. Ce qu'il demandait, sans en avoir conscience, c'était l'écrasement de la Répul)li(jue romaine sous le poids du
pouvoir despotique. 11 avait compté sans les instincts et le caractère du nouvel Empereur.
Nous avons passé les citations bibliques qui durent faire bouillir d'impatience le violent Frédéric. Il faut avouer que Wetzel était bien audacieux de terminer sa lettre en faisant entendre au Roi que, s'il méprisait le suffrage des Romains, aucun droit ne les empêcherait eux-mêmes de ne pas le reconnaître. S'il exprimait ainsi l'opinion, de la République , celle-ci devenait trop imprudente; car dans le même temps l'orage grossissait, et tout conspirait contre elle. Eugène, espérant obtenir de Frédéric la protection qu'il avait vainement implorée de Conrad, écrivit en hâte à Wibald la lettre suivante :
(Œiigène^ évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son fils chéri Xahbé de Corbie, salut et bénédiction apostolique'!
(( A tous ceux dont l'entier dévouement nous inspire la plus grande confiance^ nous nous en remettons volontiers pour toute affaire importante. Partant nous avons cru devoir recommander chaudement à toi , qui nous es cher, la cause de notre vénérable frère Adelgot, évêque de la Curie, en sorte que, grâce à ton aide et à ta sagesse, grâce à nos frères les évêques réunis en synode auprès de notre très-cher fils Frédéric, roi des Romains, on ne puisse impunément l'outrager en paroles ou en actions, comme cela s'est fait une autre fois, ni priver son Église de la justice qui lui est due en se conformant aux désirs des per-
1. Voir aux Pièces ./«i^i'/icrt^juey le texte latin. (Marlène et Durand, Amplissima collecUo, epist, 383.)
vers. Et ne pense pas qu'en cette cause (comme si elle t'était étrangère) tu puisses rester indifférent ; comme dit le poëte :
C'est de toi qu'il s'agit quand le mur voisin brûle...
En effet, une cause semblable t'a fait ou te fera bientôt des ennemis. Or, ce qui a été récemment introduit par les laïques dans des vues pernicieuses, à la Diète d'Ulm, pour la destruction des églises, ne doit pas (crois-le bien) être passé sous silence. Ceux-ci ne vouent à l'excommunication, d'abord prononcée par l'Église", ceux qui se sont rendus coupables d'avoir pillé ou incendié des biens ecclésiastiques, qu'après une nouvelle sentence portée par un tribunal laïque. Que si vous et vos frères les évèques croyez devoir soutenir ce point, il en résultera sans nul doute qu'en ces contrées-là, aucun évêque ne pourra user contre l'auteur d'un forfait quel qu'il soit de la discipline ecclésiastique. Si la discipline périt, c'en est fait de la Religion chrétienne; et, s'il n'y a plus de Religion, qu'adviendra-t-il du salut des âmes ? C'est pourquoi, mon très-cher fils, sur ce point comme sur d'autres, quand vous vous réunissez en synode, opposez une résistance énergique et unanime à tout ce qu'entreprendra la malice des pervers contre la gloire de Dieu, la puissance de l'Église et la dignité du Royaume : faites que, grâce à votre zèle éclairé et à vos efforts, la sagesse triomphe du mal, la justice de l'iniquité, qu'enfin l'honneur des églises de Dieu et la prospérité du Royaume ne souffrent aucune atteinte.
« En outre nous notifions à ta sainteté ce qu'a fait \ hérétique Aniauld aoec une troupe de campuymirdft.
il y a peu de temps^ sa?is la complicité des Nobles et des Grands. En effet deux mille conjurés environ se sont entendus secrètement, et, aux dernières calendes de novembre, ont établi cent sénateurs à vie de mauvaises œuvres et deux consuls , l'un pour Rome même , l'autre pour l'extérieur, qui doivent, en s'aidant des lumières du Sénat, diriger ou plutôt miner la République. Ils se disposent à en choisir un, qu'ils veulent nommer Empereur, qui doit, d'après leur intention (puisse-t-il le faire pour leur ruine !) commander aux cent sénateurs , aux consuls et à tout le peuple. En .cela, comme ils s'arrogent ce droit au détriment de la couronne du Royaume et attentent ainsi à l'honneur de notre très-cher fils Frédéric, roi des Romains, nous désirons que tu l'avertisses en secret, pour qu'il voie dans sa sagesse ce qu'il faut faire au sujet de ce dessein qui va s'exécuter.
«Écrit à Signia, le 19 septembre 1152. »
En même temps Eugène envoyait à Frédéric des ambassadeurs chargés d'obtenir de lui un traité et des garanties contre les Romains. Frédéric n'hésita pas longtemps. Il était intéressé à protéger le Pape, nous l'avons déjà dit. Le 16 octobre 1 152, la convention suivante fut passée entre le Pape et l'Empereur :
Convention entre le Pape Eugène III et F Empereur Frédéric ^
« Au nom du Seigneur, ainsi soit-il. Voici le traité de concorde et de paix entre le seigneur Pape Eugène