Fleury. Histoire ecclés., ann
3. « Il lui peignit, dit Gibbon, les séditieuses fureurs des Romains, les insultes, les outrages et les craintes auxquelles sa personne et son clergé
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Romains et leur chef. Il le persuada. Le Pape et l'Empereur ne se quittèrent pas sans avoir fixé le jour du couronnement.
Pendant qu'ils faisaient tous deux des apprêts de fête, la République ressentait le douloureux contrecoup de ces événements. A son arrivée à Rome, Arnauld avait été livré au préfet Pierre', créature du Pape, dont il représentait les droits et l'autorité. Les épaisses murailles du château Saint-Ange le tenaient prisonnier, lorsque l'entente complète des deux souverains vint hâter sa condamnation.
Tout porte à croire qu'il n'y eut contre Arnauld aucune procédure régulière -. Le Pape, comme l'a dit judicieusement un Allemand ^ craignait trop le parti d'Arnauld pour se mettre à la tête de ses juges. On aima mieux laisser le préfet agir officieusement ^, et rendre à l'Église le service de la débarrasser sans bruit du Réformateur républicain. 11 ne tarda pas un moment ^ Les Romains pou-
se trouvaient coiitiauellemeat expost-s , les funestes effets de l'arrivée d'Arnauld... » — U aurait pu lui peindre encore le Pape fuyant de ville en ville, et s'enfermant des mois entiers dans les murs d'une forteresse.
1. Probablement élevé à cette dignité (restaurée par Adrien) après l'interdit jeté sur Home (mars 115.")). Le Prétet, magistrat nommé par le Pape, avait été renversé en 114i par le patrice Giordano, puis rétabli par Eugène en 1145. — Il y avait encore un préfet ù Rome en UiO. Arnauld de lirescia abolit sans doute cette magistrature en 1151 j mais il ne paraît pas que le préfet lut de nouveau remplacé par un patrice (V. Othon et tîunther).
2. Bien qu'Othon ait dit : « Selon la coutume canonique des pasteurs, » et Gunther : « d'après le jugement du clergé... »
.'i. Raumer.
4. Il fut certainement influencé par le récit des dispositions du Pape pendant l'entrevue de Viterbe.
5. " Vu la possibilité d'un nouvel et rapide changement des choses, il
vaient tout à coup s'emparer de la forteresse, et lui soustraire son prisonnier. Les satellites le pendirent à un gibet élevé à la hâte dans la prison '. Puis, lorsqu'il n'eut plus à craindre de voir la vengeance lui échapper, au lever du soleil, comme pour braver les Romains endormis , le préfet fit dresser sur la place pubhque un immense bûcher où son cadavre fut jeté.
Déjà, sans doute, les Romains avaient oublié Arnauld : ils se souvenaient à peine qu'il avait été condamné, chassé, et qu'il courait mille dangers pour avoir voulu sauver leur cause. Quelques-uns savaient peut-être qu'il était pris; ils l'avaient plaint un moment et bientôt oublié. Mais jiar un revirement habituel chez les masses, quand le peuple s'éveilla à la lueur du bûcher, quand le bruit circula dans Rome que c'était Arnauld qui mourait là-bas pour lui, une clameur inutile de pitié et de vengeance courut d'un bout de la ville à l'autre : les Romains s'armèrent en un moment, et se précipitèrent vers le bûcher dont il n'était plus temps d'arracher la victime. C'est alors que le préfet, voyant que le peuple voulait recueillir ses cendres comme de saintes reliques, donna l'ordre
n'y avait pas un instant à perdre. » Godefroy de Viterbe. (V. H. Francke, p. 192.)
1. Sans doute ceci n'est qu'une hypothèse, mais elle est vraisemblable. Les condamnés à mort, surtout les hérétiques, finissaient toujours par être
brûlés vils. Les pièces du temps disent quelquefois : « à petit feu» Ou
bien encore on mettait le patient en croix. Comment se fait-il qu'Arnauld ait été étranglé ou pendu avant d'être brûlé ? Ce n'est pas sans doute par humanité que le préfet de Rome donna cet ordre. Evidemment il craignait qu'une sédition populaire ne vînt arrêter l'exécution. 11 est donc probable qu'on ne laissa sortir de la prison que le corps d'Arnaiiid de Brescia, qui fut ensuite brûlé (pour la forme), puisque c'est ainsi que finissaient les hérétiquesi
de les jeter dans le Tibre ', afin qu'il ne restât rien de cet homme dangereux"".
Voici comment un chroniqueur du temps ^ plus impartial que l'évêque de Freisingen, a apprécié le supplice d'Arnauld : — « Il est juste que les chefs de ces Églises ne portent pas le nom d'évêques*, comme notre contemporain Arnauld osa le dire dans ses prédications, lorsqu'il exhortait la multitude à refuser l'obéissance à de pareils Évêques. A cause de ces doctrines, il ne fut pas seulement livré au supplice du gibet; mais, brûlé après sa mort, ses cendres furent jetées dans le Tibre, pour que le peuple romain, séduit par sa doctrine, ne l'honorât pas comme un martyr. J'aurais désiré que pour ses doctrines, pernicieuses, je l'avoue, il eût été puni de l'exil, de la prison, de toute autre peine que la mort, ou au moins qu'il eût été mis à mort de telle façon que l'Église romaine et la Curie n'en eussent point la responsabilité. Si, comme on le dit, il fut arraché par le Préfet
1. « En dernier lieu attaché au poteau par le préfet de la ville, il fut briilésur un bûcher, et son corps, réduit en cendres, l'ut jeté' dans le Tibre, à peur que le peuple aveuglé n'honorât ses reliques comme celles d'un martyr. » (Oit. Fris., de gest. Frid., 11, 20.) — Godefroy de Viterbe (Panth., part, xvii) parle ainsi de la fin d'Arnauld :
Arnaldus capitur iiuem Brixia sensit alumaum, Dogmata cujas erant quasi pervertentia mundum ; Strar.gulal hune laciueus, ignis et unda vehunt.
2. Arnauld fut mis il mort dans les premiers jours de juin (1 l.'io).
3. (Jerohus. Voici ce qu'en dit le poole Niccolini dans ses notes sur sa tragédie d'Arnauld'dc Brescia : « Geroo fu dell' ordine dei canonici Regoari disant' Agostino. Proposto di lleichemberg dall' anno 1132 al 1169,
quindi conlemporaneo d'Arnaldo e d'Abelardo, contro i discepoli del quale scrisse un opusculo, e molti altri lavori in génère di controversie intitolt» ai l'ontilici limocenzo 11, Kugcnio Ml, ed ai canlinali delsuo tempo.» (Fabricii lUhlinlh. lut. tned. et inf. xt., tom. III, p. 47. Fatavii, n.')4.)