ou. Fris., De gest, Frid., II, xxi-xxil
2. Cependant le peuple romain était parvenu à s'emparer du château Saint-Anore.
tion d'usage, l'année qiiatriÎ3mc de son règne, en juin, le 14 des calendes de juillet, aux cris d'allégresse des assistants, qui gloritiaient Dieu pour un si glorieux événement. Pendant ce temps-là, les siens gardaient le pont, qui, près du cliàteau-fort de Crescentius, s'étend de la cité Léonine à l'entrée de Rome même, de peur que la joie d'une si brillante fête ne fût troublée par le peuple en fureur. La cérémonie terminée, l'Empereur, la couronne sur la tète, montant seul un cheval caparaçonné, tandis que son cortège marchait à pied, retourna au camp, qui touchait presque aux murs mêmes. — Quant au Pontife romain, il resta dans le palais qu'il avait près de l'église.
(( Pendant que ces choses avaient lieu , le peuple romain s'était réuni au Capitole avec son Sénat. A la nouvelle que l'Empeieur avait, sans son suffrage, accepté la couronne impériale, frémissant de fureur, il traverse le Tibre en grand tumulte : accourant aux environs de l'église Saint-Pierre, il ne craint pas de tuer, dans l'enceinte même du monument sacré, quelques-uns des écuyers qui s'y trouvaient encore. Informé de ce mouvement, Frédéric fait armer ses soldats, à qui l'extrême chaleur, la soif et la fatigue faisaient désirer le repos. Il se hâtait d'autant plus qu'il craignait de voir la populace furieuse se jeter sur le Pontife romain et les cardinaux. Le combat s'engage d'un côté avec les Romains devant le château de Crescentius, de l'autre avec les Transtévéïins autour d'une piscine. On aurait pu voir tantôt ceux-ci poursuivre ceux-là vers le canq), tantôt ceux-là repousser leurs ennemis vers le pont. Ce qui favorisait les nôtres, c'est qu'ils n'étaient pas atteints par les pierres et les
traits lancés du château de Crescentius. Les femmes mêmes, qui étaient là pour contempler la bataille, exhortaient (dit -on) les leurs à ne pas permettre que des cavaliers d'élite si bien rangés fussent blessés par les Romains occupant la citadelle, et cela pour une populace faible et téméraire. Aussi l'on combattit longtemps avec des chances à peu près égales. Enfin les Romains, ne pouvant résister à l'impétueuse violence des nôtres, sont contraints de céder. Vous auriez vu les nôtres aussi cruels qu'intrépides terrasser les Romains en les égorgeant, les égorger en les terrassant \ comme s'ils disaient : « Rome, reçois maintenant, au lieu de (( l'or de l'Arabie, le fer des Teutons. Voilà la somme « d'argent que ton Prince t'offre pour la couronne. « C'est ainsi que les Francs achètent l'Empire. Voilà, « oui^ voilà ce que te donne ton Prince en échange, « voilà les serments qu'il te prête. » Ce combat dura de la dixième heure du jour environ jusqu'à la nuit. Les Romains eurent là près de mille hommes tués ou noyés dans le Tibre, deux cents faits prisonniers, d'innombrables blessés ; le reste fut mis en fuite ^ »
C'est ainsi que, dans les siècles qui vont suivre, les entreprises des Romains avorteront successivement ^ Un moment d'enthousiasme, suivi de lassitude et de découragement, voilà tout ce que Arnauld de Brescia