‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 145 sur 176 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous croyons avoir prouvé, dans le cours de cette longue élude, que la réforme religieuse d'Arnauld de Brescia est au fond essentiellement catholique, et qu'on ne peut en rien le rapprocher des réformateurs hérétiques du douzième siècle. Il faut chercher pour lui une place à part, à côté et à la tête des libres penseurs français, qui ont cherché le bien pour l'amour du bien lui-même. Si les Luther et les Calvin ont emprunté plus tard quelque chose à sa doctrine, ce n'est assurément que le principe de protestation, le droit d'examen : car Arnauld, loin de vouloir renverser l'édifice religieux, cherchait au contraire à le consolider à jamais, et prêchait au nom de la Foi une morale désintéressée.

Quant à la réforme politique de cet homme célèbre, nous croyons avoir prouvé qu'elle était complètement prématurée, plus que prématurée : c'était un anachronisme étrange de vouloir ressusciter au milieu du moyen âge les lois et les institutions antiques, et surtout de croire que l'on pouvait changer en héros les Romains abâtardis.

On ne peut s'empêcher de penser qu'ArnauId, avec son génie et son éloquence^ aurait pu être en d'autres temps le bienfaiteur de sa patrie, tandis qu'il prodigua en vain ses talents, et que même le sacrifice de sa vie

fut stérile. Mais les Italiens l'ont compris, et lui ont tenu compte de sa tentative : ils ont mis aussi à la tête de leurs grands hommes ce héros du moyen âge. Latiadilion ' (avec plus de bon sens que les compilateurs) a fait de son nom en Italie le synonyme de liberté, de foi et de dévouement patriotique.

1. L'Arnauld des poètes dramatiques Bodmer et Niccolini est bien plus vrai et plus vivant que celui des biographes : nous pouvons le dire, nous qui n'avons certes pas fait une œuvre d'imagination.

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