‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 151 sur 176 · S. VENERAB. PETRI ABB. CLUN · texte numérisé non relu

S. VENERAB. PETRI ABB. CLUN

Eplst, Lib. IV, 4. (Maxim. Biblioth. veterum Patrum. Lugduni, 1677.)

Summo pontifici et nostro spécial! Patri, domino Papse Innocenlio, frater Petrus humilis Cluniacensium abbas, obedientiam et amorem.

« Magister Petrus sapientise vestrœ, ut credo, optime notus, nuper a Francia veniens, per Gluniacum transitum fecit : qusesivimus quo tenderet. Gravatum se vexationibus quorumdam, qui sibi, quod valde abhorrebat, nomen hœretici imponebant, majestatem Aposlolicam se appellasse, et ad eam confugere velle respondit. Laudavimus propositum : et ut ad notum et commune refugium confugeret, admonuimns. Justitiam Apostolicam, quœ nulli unquam etiam extraneo vel peregrino defuit, sibi non defuturam diximus. Misericordiam ipsam, ubi ralio postularet, sibi occursuram promisimus. Venit interdum Dominus Cisterciensis Abbas, et de pace ipsius et Domini Clarsevallensis, cujus causa appellaverat, nobiscum et cum ipso pariter egit. — Dedimus et nos operam paci ejus, et ut ad illum cum ipso iret, hortati sumus. Addidimus hoc monitis nostris, ut si qua Catholicas aures offendentia aut scripsisset aut dixisset : hortatu enim et aliorum bonorum et sapientium, et a verbis suis amoveret, et a libris abraderet. Et factum est ita : ivit, rediit, cum Domino Glaraîvallensi, mediante Cisterciensi, sopitis prioribus querelis se pacifice convenisse, reversus retulit. Intérim a nobis admonitus, magis autem a Deo, ut credimus, inspiralus, dimissis scholarum

et studiorum lumultibus, in Cluniaco vestrasibiperpetuam maneionem elegit. Quod nos senectuti ejus, debilitati ejus, rcligioni ejus congrucrc putanlcs, et scicntiam ejus vobis ex totonon incognitam, magnaî fratrum nostrorum multitudini proficere posse credentcs, volunlati ejus asscnsimus, et si sic benignitati veslrœ bene placilum esset, bénigne et cum gaudio nobiscum, vestris ut nostis per omnia, remanere concessimus. Rogo igilur ego qualiscumque tamen vesler, rogat devotissimus vobis Cluniacensis convenlus, rogat ipse per se, per nos, per praesentium latores lilios vestros, per bas quas ut scriberem rogavit litteras ; ut reliquos dies vita; et scncclulis suae, qui fortasse non multi sunl, in Cluniaco vestra eum consummare jubealis, et ne a domo, quam velut passer, ne a nido, quem velut tuitur, invenisse se gaudet, aliquoriim inslantia aut cxpelli aut commoveri valeat : more quo omnes bonos colitis, et eliani istum dilexistis, scuto defensionis Apostolicse protegatis. »

Traduction d'un extrait de la lettre de Pierre le Vénérable àHéloïse, après la mort d'Abélard (1142).

«... La Providence divine, dispensatrice de toutes choses, nous a refusé cette faveur pour ta personne : mais elle nous l'a accordée pour cet homme qui est à toi, cet homme, disje, dont on ne doit jamais prononcer le nom sans respect, le vrai serviteur du Christ, le philosophe Pierre Abélard, que la même inspiration divine fit passer à Gluny, dans les dernières années de sa vie : et il enrichit Cluny dans Cluny môme de sa personne, don plus précieux que l'or et le topaze. Combien sa manière d'être parmi nous fut sainte, humble et pieuse ! Le témoignage qu'en porte Cluny exige bien des paroles. — Pour moi, si je ne me trompe, je n'ai jamais vu chez personne tant d'humilité dans l'extérieur et la tenue : c'est au point que pour qui a du discernement Germanus ne paraîtrait pas plus ravalé, ni Martinus même plus pauvre. Dans ce grand troupeau de nos frèics, qui marchait ;\ ma suite, il tenait le premier rang ; et malgré cela il semblait le dernier de tous,

tant son vêtement était grossier. Je m'étonnais souvent, et, quand il me précédait avec les autres dans les processions, selon la coutume, j'étais presque stupéfait de voir un homme d'une telle renommée se mépriser et se ravaler à ce point luimême. Certaines gens, qui professent la piété, veulent à tort que l'habit religieux qu'ils portent soit d'un grand prix : lui tout au contraire, parcimonieux en ces sortes de choses, se contentant d'un vêtement simple, quel qu'il fût, ne désirait rien au delà. Il n'agissait pas autrement, et pour le manger, et pour le boire, et pour tous les soins du corps : les choses superflues, et même les choses qui ne sont pas absolument nécessaires, pour lui comme pour tout le monde, il les condamnait et par ses paroles et par son exemple. Il lisait continuellement, priait souvent, ne rompait jamais le silence, si ce n'est pour ses rapports familiers avec nos frères, ou quand une conférence publique sur des sujets divins l'obligeait à parler devant la communauté. Il fréquentait, autant qu'il pouvait, le sacrement divin de l'autel, en offrant à Dieu le sacrifice de l'immortel agneau. Que dis-je? Quand l'étude et mes efforts l'eurent rendu à la foi catholique, il n'interrompait presque jamais ce saint ministère. En un mot, son esprit, sa langue, ses travaux ne méditaient, n'enseignaient, ne professaient que des choses relatives à Dieu, à la philosoptiie, à l'érudition. Ainsi vécut au milieu de nous cet homme simple et droit, craignant Dieu... Tel il vécut quelque temps, consacrant à Dieu seul ses derniers jours. Pour lui donner du repos (car il était vraiment tourmenté par la gale et par d'autres infirmités), je l'envoyai à Cabilon. Gomme cet endroit, situé près d'une ville, mais baigné par la Saône, par son délicieux climat l'emporte sur presque toutes les parties de notre Bourgogne, j'ai vu qu'il lui conviendrait. Là, selon que ses souff'rances le lui permettaient, revenant à ses anciennes études, il s'appliquait toujours à ses livres: et, comme nous l'avons vu au sujet de Grégoire le Grand, il ne laissait passer aucun moment sans prier, lire, écrire ou dicter. Au milieu de ces pieux exercices, le visiteur évangélique vint le trouver, et il ne le trouva point dormant comme le vulgaire, mais

éveillé. Il le trouva vraiment éveillé, et l'invita aux noces de l'éternilé non comme une folle^ mais comme une sage jeune fille. Et il apporta son flambeau rempli d'huile, c'est à-dire la conscience pleine du témoignage d'une sainte vie. Avant de payer la dette commune, il fut saisi d'une maladie : celle-ci faisant de rapides progrès, il fut bientôt à l'e.xtrémité. Avec quelle sainteté, quelle ferveur vraiment chrétienne, il fit alors la confession de sa foi, puis de ses péchés ! Avec quelle avidité il reçut le corps du Seigneur notre Rédempteur ! Avec quelle expansion il recommanda son âme à Dieu et pour ce monde et pour l'éternité ! Nos religieux frères l'attestent, ainsi que le couvent tout entier, où repose le corps du saint martyr Marcellus. C'est ainsi que maître Pierre a terminé ses jours; et ce maître, d'une science extraordinaire, d'une immense renommée, connu par l'univers presque entier, ne cessant de se montrer doux et humble parmi ses disciples, à l'exemple de celui qui dit : «Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur, » alla, comme on doit le penser, prendre place auprès du Seigneur, a

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