‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 153 sur 176 · Philipp. I, 23. — Reg. XIX · texte numérisé non relu

Philipp. I, 23. — Reg. XIX

meilleure, tandis que moi, les scandales et les chagrins me poussent à quitter la terre. L'Apôtre dit finalement : «11 vaut beaucoup mieux se dégager des liens du corps et vivre avec Jésus-Christ'. » C'est pourquoi le désir domine chez le saint, et chez moi le sentiment du mal : nous ne pouvons, dans cette misérable vie, lui, posséder le bien qu'il souhaite, ni moi, éviter la douleur que j'endure. Pour ce motif nous formons tous deux le même vœu, celui de sortir du monde, mais dans des intentions bien différentes.

«Insensé! je me promettais depuis longtemps le repos, puisque la rage Léonine s'était calmée et que l'Église avait recouvré la paix. Oui, l'Église est en repos; mais moi, c'est le contraire. Je savais que j'étais dans une vallée de larmes, ou plutôt j'avais oublié que j'habite la terre de l'oubli. Je ne prenais pas garde que sur la terre où j'habite poussaient pour moi des épines et des tribules, qu'aux premières coupées en succédaient de nouvelles, et qu'après celles-ci d'autres croissaient sans cesse et sans fin. Je l'avais entendu dire, mais le tourment que j'éprouve aujourd'hui me fait mieux comprendre ce qu'on m'avait dit. Ma douleur, loin d'être bannie, est ravivée; les larmes m'inondent, parce que les maux ont grandi, et qu'après avoir enduré les frimas, la neige tombe plus serrée sur nous. Qui pourrait, par un pareil froid, demeurer insensible? Un tel froid refroidit la charité et fait fructifier l'iniquité. Nous avons échappé au Lion, mais nous sommes tombés sur le Dragon, qui, posté dans une embuscade, ne fera peut-être pas moins de mal. Plaise à Dieu que ses feuilles empoisonnées fussent encore dans leur écrm, et n'eussent point des lecteurs dans les carrefours! Ses livres circulent; et ceux qui haïssent la lumière, parce qu'ils sont méchants, les font accepter comme la lumière; car ils prennent les ténèbres pour la lumière. Au lieu de la lumière, les villes et les châteaux reçoivent les ténèbres : ç:\ et là on verse à tous du poison au lieu de miel ou plutôt dans le miel. Ces livres ont passé de nation en nation, de royaume à royaume.

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