‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 20 sur 176 · V. Cousin etc. Jourdain · texte numérisé non relu

V. Cousin etc. Jourdain

3. Voir le i);issage du Scito te ijision où il veut rendre les moines irresponsables de leurs pensées impures et de leurs tentations, quand il a fait ailleurs un tableau si coloré et si énergique de leur dépravation.

>'ous avons suivi assez long-temps Abélard dans la voie obscure où il s'égarait lui-même. Résumons-nous. En théologie, Arnauld reste plus près de saint Anselme que d'Abélard; mais en morale il accepte sans restriction le principe du libre examen, et le transporte du domaine de l'esprit dans le domaine des faits.

Quant aux réticences dont la dialectique était encore embarrassée, qu'il en ait conscience ou non, Arnauld les repousse ou du moins n'y arrête pas sa pensée. — Ajoutons que l'on retrouvait dans leur caractère la même différence que dans leur esprit. Abélard doutait de lui facilement et de la sagesse de ses meilleures opinions, toujours prêt à dire : j'adoucirai ceci, je retrancherai cela, quitte à reprendre bientôt la défense des vérités qu'au fond de son âme il sentait irréfutables.

Peut-être faut-il lui donner cette excuse qu'il avait été le premier à les proclamer et qu'il n'avait aucune autorité pour s'appuyer. Dans ses moments de défaillance il ne pouvait porter seul le poids de son génie. De là une apparente contradiction qui le conduisait parfois si près du ridicule.

Autant le maître était pusillanime, autant Arnauld avait d'énergie, décidé à défendre les convictions qu'il croyait bonnes, à les propager, quoi qu'il arrive. 11 ajouta ce principe aux théories d'Abélard, que l'on ne doit jamais renier la vérité ou ce qu'on croit être la vérité '. En cela il est vraiment supérieur à son maître ^

1. « Faut-il renier la vérité comme Galilée, ou mourir pour elle comme Jésus? répondez. » (A. Dumas fils).

2. Les hardiesses non défendues d'Abélard elles nouveautés qu'Arnauld propageait au péril de sa vie eurent le même sort, un succès .éphémère. Il fallah des siècles pour mûrir leur pensée.

Que sa réforme ait élé prématurée ou non, qu'il n'ait eu pour la commencer que des éléments incomplets, qu'il aitm anqué ou non le but de ses efforts, et c'est ce que nous examinerons plus loin', il a toujours eu le rare mérite de ne s'élre laissé décourager par aucune opposition, même quand cette opposition mettait sa vie en danger ^ Se dévouant tout à son idée, il avait fait d'avance le sacrifice de lui-même. Combien il aurait donné pour voir à son maître la même énergie et le môme courage, c'est ce que l'on devine en le voyant se substituer à lui au concile de Sens, lui servir de bouclier pour ainsi dire et ne rien négliger pour l'empêcher de faiblir. Arnauld complète Abélard : « L'écaille est unie à l'écaillée »

Et maintenant faut-il accepter l'opinion des biographes qui affirment qu'il a partagé toutes les erreurs d'Abélard sur la Trinité? D'après le récit de saint Bernard on pourrait le penser au premier abord; mais, après avoir étudié la vie et la doctrine d'Arnauld et surtout le souvenir que l'une et l'autre ont laissé dans l'esprit des chroniqueurs, on en revient toujours à dire qu'il est resté fort indifférent aux subtilités de cette dispute sur la Trinité. Ce n'étaient pas les arguments de son maître qu'il était venu défendre au péril de sa liberté, avec un dévouement incomparable; c'était Abélard lui-même, Abélard malheureux, accablé de vieillesse, découragé, et qui, sentant le besoin d'être soutenu, avait appelé Arnauld en France; Abélard, qui regrettait ses hardiesses, tout en voulant prouver qu'elles

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