‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 26 sur 176 · Prubablcmenl apociyplie · texte numérisé non relu

Prubablcmenl apociyplie

3. Pierre le ViMu'rable dit que c'était un prêtre de Tnulnuse, auquel on avait retiré sa cure, et que de rage il se mit à prêcher contre TÉglise.

testants iiousdonnenl comme un saint ', beaucoup plus de détails. Il naquit, suivant les uns, en Lombardie; les autres disent seulement que c'était un ancien moine de Cluny. Ce qui paraît à peu près certain, c'est qu'il se présenta au Mans comme un prédicateur extraordinaire, voyageant de ville en ville, et qu'après avoir capté la confiance de l'évêque, il jeta le masque et répandit autour de lui les doctrines de Pierre de Bruis -. Il prêchait l'Évangile à la main, et commença par éblouir le peuple en lui montrant combien loin était l'Église de sa pureté primitive. — Tous les réformateurs s'accordaient sur ce point. Mais bientôt on reconnut évidemment dans sa doctrine l'esprit et l'inspiration Manichéenne de son maître, a Écoute maintenant quel homme c'est que cet Henri, » écrit saint Bernard au comte de Toulouse : « c'est un apostat; après avoir quitté l'habit religieux (car il a été moine), il est retourné à l'impureté de la chair et du monde, comme le chien à son vomissement. N'osant point par honte habiter parmi ses proches et ses amis, ou plutôt n'en ayant point la permission à cause de l'énormité de son crime, il a ceint ses reins et s'est mis en route sans savoir où aller^ s'étant fait vagabond et fugitif sur la terre. Ayant commencé à mendier, il a trafiqué de l'Évangile (car il était lettré), et, distribuant à prix d'argent la parole de Dieu, il le dépensait au

i . Voir particulièrement H. Frnncke dans son chapitre intitulé : « Henri ami et maître d'Arnauld de Brescia, » (pp. 00 et suiv.). — On y lit cette phrase : « Heureuse s'estimait la maison oîi le saint passait la nuit; et le lendemain, la foule, enthousiasmée par sa pieuse éloquence, le conduisait plus loin... »

2. On ne sait pas même quand et comment Henri avait connu Pierre de Bruis.

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jeu de dés ou pour des usages plus honteux encore. Souvent, après avoir le jour recueilli les applaudissements de la foule, on l'a trouvé la nuit suivante chez des courtisanes , quelquefois même chez des femmes mariées, ce prédicateur insigne! — Demande donc, je t'en prie, noble comte, comment il' a quitté Lausanne, la ville des Cénomans, Poitiers, Bordeaux : il ne peut retourner nulle part; pour lui tout est fermé, tant il a laissé partout d'abominables traces! Et toi, tu espérais de bons fruits d'un pareil arbre ' ! »

Henri, quoiqu'il en soit, se fil dans le .Midi une foule de partisans. Saint Bernard vint alors en personne suivre avec le légat du pape les traces de l'hérétique et détruire son ouvrage. « Les deux partis, » dit Henri Martin, « se combattaient à coups de miracles-. »

Saint Bernard ne manqua pas |de trouver quelqu'un pour se saisir de Henri. H fut trahi, arrêté, chargé de chaînes et condamné à une prison perpétuelle ^ oii il mourut.

Si les accusations de saint Bernard ne sont pas des calomnies, et rien ne nous porte à le croire, sa vie aurait été fort désordonnée.

Henri a-t-il rencontré Arnauld dans ses nombreux voyages, ou était-il vraiment son compatriote, c'est ce que l'on ne peut affirmer*. Mais ce qui nous paraît évident, c'est qu'il n'a jamais été le condisciple d'Arnauld, pas plus (jue Pierre de Bruis n"a été son maître.

1. s. Bernard! oper.^ éd. Mal»illon. Epist. JU. (Voir les pièces justificatives.)

•2. 11. .Martin. Histoire de France, III, page 4o6.

.(. Aiuoiuile tie Reims (1148).

4. Les anirinations des écrivains protestants ne reposent sur aucun lundenient.

Arnauld était alors auprès d'Abélard tout occupé d'études philosopliiques, et bien loin d'applaudir aux nouveautés de Pierre de Bruis', qu'il ne connut sans doute jamais personnellement. Les biographes ennemis n'auraient pas manqué d'ajouter ce trait à son acte d'accusation. A la vérité, Otbon a écrit de lui: « On dit qu'il ne pensait pas bien sur le baptême des enfants et sur l'Eucharistie '. » Mais ce sont les paroles d'un homme qui est en peine d'accusations précises et ne sait qu'inventer. D'ailleurs, pour juger cette accusation, il faut se transporter un moment en imagination au douzième siècle. Il n'y avait pas, comme aujourd'hui, neuf cents ans que cette croyance était transformée en dogme; une cinquantaine d'années à peine séparait Arnauld et ses contemporains du concile de Rome (1079), où la présence réelle^ avait été admise définitivement par l'Église. C'était une opinion tellement controversée, et ceux qui la rejetaient s'appuyaient sur des autorités si respectables^ que l'Église osa bien excommunier Bérenger^ qui l'attaqua, mais non pas l'exterminer^ comme elle avait déjà coutume de faire

1 . Son maître réprouvait les doctrines de cet hérétique. « J'en viens aux hérétiques, dit Abélard, qui sont d'autant plus dangereux qu'ils sont davantage de la maison [domesticiores), et ne cessent de troubler l'Église par des guerres civiles. Et, pour en venir à notre temps, la religion est en telle détresse, qu'on ne reconnaît plus aucun fondement à la Foi ! Non, jamais les hérétiques ne se sont portés à d'aussi grandes extravagances que nos contemporains, le laïque Tanquelin... et le prêtre Pierre de Bruis... Ce dernier avait tellement altéré tous les rites sacrés de la discipline ecclésiastique, qu'il contraignit bien d'^s gens à se faire rebaptiser (rebaptizare), rejeta le signe vénérable de la croix du Seigneur, et prescrivit de ne plus célébrer le sacrement de l'autel. » {Oper. Abicl., p. lOfJti. )

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