Arnold von Brescia (pag. 64 et suiv
5. Voir les Réformateurs du douzième siècle. — Arnaldo de Brescia, chap. VI.
6. Voir aux Pièces justificatives ce que Léger dit A' Arnauld de Brescia.
Léonistes, Bolu'Mnions. Pour la seconde : Pf^trobrusiens, Henriciens, Arnaudistes, Espéronistes, Joséphisles, Lollai'ds; etenlin, d'après ces Vaudois (habilaiits des vallées) que leui- destinée avait dispersés par toute la terre, exclusivement : Yaudois*. »
On sait maintenant ce qu'il faut penser de cette étymologie du nom «Vaudois-». Grâce à l'érudition anglaise, à ses patientes recherches et surtout à l'heureuse découverte de M. H. Bradshaw^, les protestants ont du renoncer à défendre l'antique origine des Vaudois. La confusion qu'ils avaient introduite dans l'histoire religieuse du douzième siècle disparaît enfin; Pierre et Henri reprennent leur véritable figure, que l'esprit de parti avait dénaturée. Quant à Arnauld, il n'est pas le continuateur des traditions Vaudoises, mais le prédécesseur de Pierre Valdo. Cette découverte prouve une fois de plus que la critique historique ne peut jamais s'éloigner des textes contemporains, sans risquer de se perdre. Pierre le Vénérable et saint Bernard n'ont jamais dit un mot de ces prétendus Vaudois; aucun concile ne les a excommuniés
1. H. Franche, p. 39. — Les centuriateurs de Magdebourg (M, p. 548) prétendent avoir extrait d'un ancien livre manuscrit la doctrine des Vau dois, dont je donne la traduction aux pièces justificatives. Cette pièce a dû être rèditjée sous l'influence des idées de la réforme du seizième siècle.
-2. Ce nom de « Vaudois » vient de Pierre Valdo, d'après Pierre de Vaux-Cernai, excellente autorité, puisqu'il vivait au commencement du treizième siècle.
3, V. la Reçue critique d'Histoire et de Littérature, n» du 20 janvier 1866. On sait aujourd'hui que la « Nob/a Leijczon, » le plus ancien des écrits vaudois (la traduction de la Bible, mise à part), loin de remonter à ran 1100, ne date que des premières années du quinzième siècle. — En 1862 M. Bradshaw a fait à Cambridge la découverte des manuscrits que Morland y avait déposés vers 1655. — L'intéressant article de M. P. Meyer expose clairement l'histoire de la controverse à laquelle ont donné lieu les écrits vaudois.
avant l'année 1160: on n'a pas souvenir jnsque-là, et longtemps après, qu'il ait été ordonné un autofla-fé de leurs livres devenus si célèbres. Il fallait, pour retrouver leurs traces, descendre jusqu'à Pierre de Vaux-Cernai, qui vivait dans la première partie du treizième siècle, peu après Pierre de Valdo. Ce singulier silence des contemporains s'explique enfin.
Est-il besoin de réfuter plus longuement l'opinion des écrivains protestants, qui ont écrit qu'Arnauld avait été le disciple de Pierre de Bruis, le compagnon de Henri, et que tous les trois étaient des chefs et des pasteurs Vaudois? Cela semble complètement inutile, ces réformateurs étant morts avant l'apparition de Pierre Valdo.
S'il est bien établi que les Manichéens, les Pétrobrusiens et les Henriciens n'ont eu aucune influence sur l'esprit d'Arnauld, celui-ci n'a-t-il puisé nulle part sa première pensée de réforme? Cette pensée, au contraire, fermentait partout autour de lui; depuis saint Bernard jusqu'au dernier Manichéen, les réformateurs demandaient à grands cris la régénération des mœurs, et tonnaient ensemble contre les excès du clergé catholique. Ce n'est pas ici le lieu de discuter la valeur des movens qu'ils proposaient. La plupart voulaient ramener la religion à sa simplicité primitive. On citait partout l'humilité et la pauvreté des premiers chrétiens; et le concile de Reims condamna en H48 une secte nommée « Apostolique», qui n'était accusée d'aucune autre hérésie. Ils annonçaient l'intention de ramener l'Église à la simplicité des apôtres. On les chargeait des crimes reprochés aux Manichéens ; mais cela ne fut jamais prouvé, et le concile
n'en fait pas mention. Quant à saint (Bernard, qui en a parlé longuement, il se contredit d'une façon étrange, et avoue lui-même qu'il était mal informé grâce au mystère dont s'entouraient les Apostoliques. Dans le sermon LXV, il fait d'eux le portrait suivant: «Pour les dogmes ils s'entendent de tous points avec les catholiques. Rien de plus chrétien en apparence, si vous interrogez leur foi; si leur conversation, rien de plus irréprochable; ce qu'ils disent, ils le prouvent par des faits : vous verrez un homme, en témoignage de sa foi, fréquenter l'église, honorer les prêtres, faire son offrande, se confesser, prendre part aux sacrements. Quoi de plus fidèle? — Pour ce qui est de leur vie et de leurs mœurs^ ils n'attaquent personne, ne circonviennent personne, ne foulent personne aux pieds. Leur visage est pâli par le jeûne. Ils ne mangent pas de pain qu'ils ne l'aient gagné, et travaillent des mains pour soutenir leur vie'... Enfin, au nom de l'Évangile, ils se glorifient d'être pauvres et fils de pères rustiques". » — Et ailleurs : « Ils ne veulent jamais faire de serments» — Mais ce beau tableau est ironique apparemment. Car il dit encore : « Ils ne se contentent pas d'être hérétiques, ils sont hypocrites, ce sont des
1. Sanct. Bern. in cant. serm. LXV... —Si fidem interroges, nihil christianias: si conversationem, nihil irreprehensibilius : et quif loquitur factis probat. Videas hominem in testimoniuni suie lidei f'requentare ecclesiam, honorarc presbyteros, olïerre munus suum,confessionen) facere, sacramentis communicare. Quid lîdelius? Jam quod ad vitam moresque spectat, nemincm circunivenit, neminem supergredilur, neniinem concutit. l'allent insnper ora jejuniis, paneni non toniedit otiosu?, operatnr manibus unde vitani sustentât.
2. ... Ut se jircnilos esse parentilinsrnsticanis glorienlur. (8. Uern. in cant. serm. LXVI.)
3. ... Ne tenuiter (luidem jnraro uliateniis acquiescunt proptor ilhid de livangolio : « Nolitc jurare, etc. (//</</., serm. 1-XV.)
loups avec l'apparence des brebis*.» — Et ailleurs: (( Ils attaquent la hiérarchie... Ils n'ont pas de chef... Tandis que l'œuvre se montre, l'auteur n'apparaît pas". » Ceci prouve seulement qu'ils avaient su s'entourer du plus grand secret, et que leur chef n'était pas connu : il devait en être ainsi de leurs croyances. On ne voit pas qu'aucun de ces hérétiques ait été pris et brûlé avant ou après l'année 1 148.
Saint Bernard, dans un autre sermon, cherche à les faire passer pour Manichéens. S'ils se font remarquer par le voçu de continence, ce n'est suivant lui que par des principes Manichéens; c'est ainsi qu'ils s'abstiennent de viande. Enfin il leur reproche des crimes que la calomnie leur imputait. Chose singulière, à ce propos, il fait lui-même l'apologie du mariage : « Ceuxci, dit-il en parlant des Apostohques, sont assez grossiers pour ne pas remarquer combien on lâche les rênes à toute impudicité en condamnant le mariage ^ ! » L'illustre moine avait fini par comprendre, dans les dernières années de sa vie, que la continence à laquelle il aurait voulu d'abord condamner le monde était un rêve dangereux et immoral. Quand il s'aperçut que les Manichéens pouvaient lui dire : «Vous donnez l'exemple, et vous nous condamnez, » il douta un moment de l'excellence de ses principes : Au
1. ... Hi oves sunt habita, astu vulpes, actu et crudelitate Lupi. (S. Bern. in cant., serm. LXVI.)
2. ... Quumque pateat opus, non apparet auctor. {Und., serm. LXV.)
3. S. Bern. in cant., serm. LXV et LXVl. Dans le soixante-sixième sermon, il dit : ... Adeo bestiales snnt, ut non advertant, qualiter omni immunditiœ laxat habenas, qui nuptias damnât... — Il s'écrie un peu plus loin : « Toile de Ecclesia honorabile connubium et thorum immaculatum ; nonne reples eam concubinariis, incestuosis, et omni denique génère immundorura? »
rosle, il avait vu dans le cours do sa longue el laborieuse carrière que les hommes ne sont pas des anges. Que ce soit au nom de l'Évangile ou d'après les idées de Manès^ ou une suite enfin de la terreur de l'an 1000, il est certain qu'au moyen Age le célibat était regardé comme un état beaucoup plus parfait. Grégoire VII l'avait prescrit aux prêtres qui se mariaient presque tous jusque-là : des fondateurs illustres couvraient le monde de monastères, et les réformateurs, protestants ou catholiques, ayant deux moyens de moraliser le clergé (ou lui permettre des femmes légitimes, ou le condamner au vœu de virginité), choisissaient toujours le dernier. Ce n'est que beaucoup plus tard que l'on commença à douter de son efficacité.
Quoi qu'il en soit, il nous paraît qu'Arnauld a dû connaître les Apostoliques^ si même il n'a eu avec eux quelques rapports secrets. Ce n'étaient pas des Manichéens, bien que saint Bernard ait voulu le faire entendre, et que Baronius ait consacré beaucoup d'érudition aie prouver. Saint Bernard a dit d'eux, comme il aurait pu dire d'Arnauld : « Un faux catholique nuit beaucoup plus qu'un véritable hérétique '. » Cette phrase échappée de sa plume dans un moment de franchise prouve clairement que les Apostoliques étaient une secte indépendante du Manichéisme, gardant les croyances de l'Église romaine, tout en cherchant à lui rendre sa pureté primitive. Comme tous les réformateurs du douzième siècle, ils reprochaient au clergé catholique, en paroles et par le contraste de leur vie frugale, son luxe et ses débauches.
1. (Juia loiifïe plus nocet talsus catholiciis, i|iiain si veriis appaivrot lu-ereticus. (Serm. in cant. LXV.)
C'est de cette réaction, qui devait enfanter la réforme que sont sorties toutes les protestations contre l'Église romaine depuis Arnauld jusqu'à Luther. Tous s'accordaient (nous l'avons dit ailleurs), et quand Arnauld vint soulever cette idée féconde avec plus d'autorité et de talent que ses prédécesseurs, le mouvement des esprits était tel, la réaction politique et religieuse marchait d'un pas tant irrésistible, que l'on aurait pu prédire d'abord le succès qui le maintint dix ans à Rome, si les révolutions ne paraissaient pas toujours inattendues.