CHAPITRE V
Arnaiild à Brescia. — Exposition de sa doctrine. — Était-il prêtre ou moine ? — Ce qu'il faut penser du vingt-troisième canon du concile de Latran (H39). — Arnauld quitte l'Italie.
Pendant qu'en France Arnauld de Brescia prolongeait au-delà du terme ordinaire ses études philosophiques et partageait les fortunes diverses d'Abélard, l'Italie s'affermissait dans la voie libérale oii elle était entrée.
Les cités avaient commencé sous les Othons l'ébauche de leur constitution municipale ', et travaillé sans bruit à l'extension de leurs libertés.
Quelques empereurs avaient compris qu'il était de leur intérêt de fortifier la bourgeoisie en face des grands vassaux, et d'aider l'une à abaisser les autres. Cela fut la source des premiers privilèges accordés aux villes -.
Bientôt les luttes du Saint-Siège avec les empereurs d'Allemagne obligèrent ceux-ci à se faire des partisans dans les villes d'Italie. Ue là (luebjues nouveaux privilèges. Ajoutons (ce qui peut-être valait mieux eu-
1. V. pour les l'ails aiiUVieiirs, Sisinoiidi, Histoire des républiques ituliennes, tuine I.
2. D'abord le droit de s'entourer de murailles, tpii devait tant coutribuer à la force et ;\ l'agraiidisseiueut des cités, ainsi qu'à la lormatiou du gouvernenieut unuiicipal; puis le droit d'organiser des milices et de se détendre elles-ui^nies. [Sisinondi, t. I, ch. vj.)
core pour elles) les querelles des empereurs d'AUemague avec les grands vassaux, qui leur laissaient à peine le temps de s'occuper des villes lointaines, dont ils étaient rois plutôt de nom que de fait, et l'on comprendra comment, depuis le neuvième siècle jusqu'au douzième, les communes s'étaient agrandies peu à peu, et enfin organisées successivement sur le modèle de la république romaine ou de ses colonies ^
A la tête de leur administration les villes placèrent d'abord deux consuls annuels élus par les suffrages du peuple, et cumulant les fonctions de juges et de généraux : ils présidaient aussi les conseils de la république. Ces conseils étaient au nombre de trois : le conseil de Gredenza, chargé des finances, de la surveillance des consuls, et des affaires étrangères; puis un conseil de cent membres^ appelé Sénat dans quelques villeSj, et enfin l'assemblée générale du peuple (ou parlement), convoquée sur la place publique.
L'assemblée du peuple était souveraine; mais dans la plupart des villes la loi ne permettait pas qu'on y portât une délibération, sans qu'elle eût été approuvée parle Sénat et le conseil de Gredenza -.
Sismondi remarque que les nobles, d'abord rebelles aux institutions municipales, s'y étaient ralliés peu à peu et avaient accepté des emplois importants dans les villes. Il ne faut pas oublier de faire une large part à l'évoque dans ces petits gouvernements. Il était presque toujours le premier par la fortune et souvent le
1. « Autant qu'elles pouvaient y réussir d'après leur connaissance imparfaite de l'histoire. » (Sismondi.)
2. Les villes se divisaient en quartiers. C'était une division civile et militaire. Chaque quartier devait défendre la porte la plus voisine. (V. Sismondi pour tout ce qui précède.)
premier par rinnuence. Prince temporel , il primait les nobles, parmi lesquels il complaît d'ordinaire de dévoués [)artisans. Grand propiiétaire terrien, il avait des vassaux obligés de le défendre. Sa faction s'augmentait encore des abbés de son diocèse et de tous les intéressés à tenir sa cour. Quant à ses rapports avec le peuple, ils vaiiaient suivant l'intérêt des partis, et selon que les passions du moment le rendaient odieux ou respectable.
Telle était, en général, l'organisation des premières républiques italiennes du onzième et du douzième siècle.
Au moment où Arnauld revint dans sa patrie, Brescia avait depuis longtemps une constitution municipale, si l'on en croit les écrivains' qui se sont occupés de l'histoire particulière de cette ville-.
D'après le récit de Guadagnini, dans les premières années du douzième siècle, à Brescia, l'évêque légat Ahrimann se mit à la tête du gouvernement républi-