‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 30 sur 176 · Guadagnini, Fed. Odorici · texte numérisé non relu

Guadagnini, Fed. Odorici

2. D'après Malvezzi, Brescia aurait joui d'une grande prospérité sous les Othons, ;\ la lin du dixième ot au conuiiencement du onzième siècle. « Grâce au glaive de la justice imp(!'riale, dit-il, la ville de Brescia, au sein « d'une profonde paix, eut tous les biens en [partage, d'ahundantes riches- « ses, une milice nombreuse et renommée, quantité de citoyens remar- « quables et une immense population. Elle ne subissait pas alors le joug « d'un indigne souverain, mais rendait à César et au Pontife romain « l'obéissance qui leur est due. Des consuls administraient les affaires de « la république, et celte situation prospère fut de longue durée. Notre mi- « lice d'ailleurs était brillante, le peuple vivait heureux, et les laboureurs, « en pleine sécurité, se livraient ;\ la culture des champs. » (Jacobi Malvecii chronicon. Muratori Rer. Ital. script., t. XIV.— Milan, 1729.)

Brescia eut aussi ses calamités, incendie, tremblement de terre, famine et inondation. — Deux vers, cités par Malvezzi, rappellent les incendies de 1098 et de 1144 :

(1098) Exursit valiUis hoc tenipore Bri.xia llamiuis. (1144) Plangitur iuimoilicis auccensa Brixia tlaaimi.s.

cain qu'il ne pouvait plus arrêter, mais à la condition expresse que l'évêque serait toujours chef et seigneur de Brescia, supérieur au conseil de Credenza et aux consuls. Quelles que soient les sources invoquées par Guadagnini et la valeur des noms propres cités par lui, ce fait paraît très-vraisemblable, et nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ici les paroles mêmes de cet écrivain. Si les détails qu'il donne ne sont pas absolument exacts, personne ne peut nier que ce ne soit bien l'esprit de la lutte dans la plupart des villes lombardes : c Le gouvernement temporel des évêques ne pouvait qu'être funeste à l'État et à l'Église : à l'Église, parce que, tout en altérant l'idéal de l'épiscopat, il distrayait les prélats des occupations pastorales, et avilissait le ministère spirituel entièrement abandonné au clergé inférieur comme un emploi servile, et digne à peine d'un plébéien; il répandait dans le clergé, particulièrement dans le clergé noble, un esprit de grandeur mondaine, et autorisait le luxe, les soins séculiers, et le mauvais usage des revenus ecclésiastiques. Ce qu'il y a de plus grave encore, c'est que les intérêts du pouvoir étaient presque toujours en opposition avec ceux de l'Église, l'évêquesouverain étant souvent amené à provoquer non la concorde , mais la désunion , non la paix, mais la guerre, non la réforme des désordres, mais la tolérance et l'augmentation des mêmes désordres. L'immense prodigalité des dîmes et des différentes régales de la raense épiscopale de Brescia provint de semblables évêques, qui, pour établir leur grandeur temporelle, les partagèrent comme fiefs entre les puissants de la cité et du territoire : par là ceux-ci furent cons-

titués vassaux de l'évèquc, cl forcés de })i'eiidre le^ armes pour sa défense'. » El plus loin : a Aussi le gouvernement d'Ahrimann fut-il funeste à notre cilé, et le peuple commença-t-il à désirer la possession entière du pouvoir, et à diminuer l'autorité tempolelle de l'évêque -. » — Ahrimann, qui avait résolu de la conserver, fomenta dans le peuple des discordes qui dégénérèrent en guerres civiles. Nous n'entrerons pas dans les détails de l'histoire de Brescia; mais cet état de choses fut longtemps encore la source de querelles intestines. Plusieurs évêques furent déposés. En 1132, Innocent, étant venu à Brescia, chassa l'évêque Villanus ^ et mit à sa place Manfred, son coadjuteur. Innocent ordonna à Manfred. en quittant la ville, de réunir un synode pour relever la discipline tombée dans le diocèse de Brescia. L'évêque parut d'abord dans l'intention de faire du zèle et de réformer les abus : il réunit l'assemblée ^. « Mais bientôt, dit Guadagnini, il ne songea, comme ses prédécesseurs, qu'à défendre l'édifice attaqué du pouvoir temporel des évoques. )) Cependant le peuple, sentant la nécessité d'une réforme des mœurs, fit solliciter l'évêque par ses consuls de mettre à exécution les décrets du synode. Manfred, tremblant de se perdre en s'aliénant le peuple elles consuls, entreprit d'appliquer ces décrets. 11

1. Guathtgiiini. Vita d'Anuihlo, page 14 et 15. (Voir aux pièces justificatives.)

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