‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 33 sur 176 · Epist · texte numérisé non relu

Epist

Ions saint Bernard : avec quelle élo([uence il fustige les mœurs du temps, oubliant toutefois d'indiquer le remède, le devinant peut-être et le craignant!

(( Ce n'est ni par la magnificence de vos habits, ni par la beauté de vos chevaux, ni par l'étendue de vos édifices, mais uniquement par -la parure de vos mœurs, par des exercices religieux et par de bonnes œuvres que vous vous honorerez. Que de clercs agissent autrement! On voit chez bien des prêtres un grand luxe de vêtements: pour le luxe des vertus il est nul ou presque nul. Si je leur rappelle cette parole de l'Évangile : « Ce n'est pas dans un vêtement pré- « cieux... » , ils vont peut-être s'indigner de voir qu'on leur applique la sentence portée contre un sexe et une classe d'êtres vraiment méprisable; comme si les médecins n'employaient pas le même fer pour opérer les rois et les hommes du peuple; comme si l'on faisait injure à la tête en employant, pour tailler la chevelure trop longue, les mêmes ciseaux qui ont servi à couper les ongles. Eh bien, qu'ils se révoltent d'être assimilés à des femmes et frappés de la même sentence, non par moi, mais par l'apôtre; qu'ils se révoltent donc à l'idée de commettre les mêmes fautes. Qu'ils dédaignent les riches tissus ou les pelisses, et se glorifient jdutôt de leurs propres œuvres. Qu'ils aient horreur d'envelopper dans des fourrures de souris teintes en rouge, qu'on appelle gueules, leurs mains sacrées qui consacrent des mystères redoutables; qu'ils renoncent à placer ces fourrures sur leurs poitrines qu'ornerait avec plus d'éclat la perle de la sagesse : qu'ils rougissent d'en entourer leur cou, qui se montrerait plus gracieux et plus beau en se sou-

mettant au joug du Christ. Ce ne sont point là les marques du Christ, qu'ils devraient porter sur leur corps à l'exemple des martyrs. On les reconnaît plutôt pour ces insignes de femmes, qu'elles se procurent à grands frais et à force de soins, ne songeant, ô futihté mondaine, qu'à plaire aux hommes!...

«Mais ceux qui sont nus, ceux qui ont faim,

crient, se plaignent et disent : « Répondez, pontifes, « pourquoi cet or sur ce frein? Cet or éloigne-t-il « de nous la faim ou la soif? Tandis que nous, mal- « heureux, nous sommes en proie aux rigueurs du « froid et de la faim, à quoi servent tant d'habits de « rechange, étendus sur des perches ou plies dans des « valises? C'est notre bien que vous prodiguez , que « vous nous enlevez cruellement pour le dissiper en « folles dépenses. Et nous aussi, nous sommes lescréa- (( lures de Dieu, nous aussi avons été rachetés par (( le sang du Christ ! Nous sommes vos frères ^..! »

Voilà ce qu'il écrit aux évoques. Écoutons-le dans ses sermons adressés à tous :

« Les dignités ecclésiastiques se changent en trafics honteux et en œuvres des ténèbres. Voilà pourquoi on reçoit la tonsure, voilà pourquoi l'on fréquente les églises, l'on célèbre la messe et chante les psaumes. Aujourd'hui on ne rougit pas de briguer la dignité d'évêque ou d'archidiacre pour dissiper en folles dépenses de vanité les revenus ecclésiastiques. Il n'a plus qu'à se montrer, l'homme du péché, le fils de la perdition, le démon du jour et même de l'heure de midi, qui non-seulement se transfigure en

1. s. Bern., Tract, ad Henr. Senon. Archiep.de moribus et otficiis episc. op., tome I. (V. aux Pièces justif.)

ange de la luniitTe, mais s'élève au-dessus de ce (ju'on appelle Dieu ou est honoré comme tel *. » Kl ailleurs : — « Ce sont les ministres du Christ, et ils servent l'Antéchrist. Ils marchent honorés des biens du Seigneur, et n'honorent point le Seigneur. De là, cet éclat de courtisane, ce costume d'histrion, celte pompe royale. De là l'or qui pare freins, selles et éperons ; et les éperons brillent plus que les autels ! De là des festins splendides et par les mets et par les coupes ; de là des orgies nocturnes aux flambeaux ; et la cithare, et la lyre, et la flûte. De là des pressoirs redondants, des garde-manger remplis jusqu'au bord. De là enfin des tonneaux de parfums et des bourses bien garnies. Voilà pourquoi ils veulent être et sont doyens, archidiacres, évêques , archevêques^. »

Lequel des deux parle ainsi ? Arnauld ou saint Bernard?— Nous qui avons si souvent regretté les discours oubliés du réformateur, nous croyons entendre les paroles éloquentes qu'il adressait aux cardinaux de Rome.

A tous les moyens d'influence énumérés plus haut, Arnauld devait-il ajouter le titre de moine, et entra-t-il en effet dans un ordre religieux? ISous ne le

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