Ott, Fris., de gest. Frid. II
Ce (jii'Othoii, r.unthor et saint Bernard n'ont pas avoué, et ce que l'on peut conjecturer avec raison, c'est qu'Arnauld eut aussi de nombreux partisans dans le bas clergé, qui a toujours été plus ou moins opprimé par les hauts princes de FÉglise, dont il ne partage pas du reste les dignités et les bénéfices.
L'Église s'émut bientôt à la voix du réformateur. 11 fallait à tout prix imposer silence à Thomme dangereux, qui soulevait tous les voiles et montrait à nu les plaies qu'il voulait guérir. L'évêque Manfred voyait avec terreur sa faction débordée, Arnauld gagnant chaque jour de nouveaux partisans. Seul, il ne pouvait tenir tête à ce flot d'idées nouvelles, et ses prédicateurs n'avaient rien à répondre au mot à mot de rÉvangile, oii ils lisaient eux-mêmes leur propre condamnation.
Sur ces entrefaites et fort à propos pour tirer Manfred d'embarras, le pape Innocent assembla à Rome le grand concile de Latran. L'évêque conçut dès lors l'idée d'accuser Arnauld au concile, d'obtenir sa condamnation, peut-être même de le faire excommunier, et mettre ainsi hors d'état de nuire : il exécuta son projet.
Alors commença pour Arnauld cette longue suite de persécutions qui devaient le suivre partout jusqu'à sa mort; il lui fallut une grande foi dans sa réforme et un robuste courage pour braver tous les dangers et les foudres pontificales, vraiment redoutables, à cette époque, par l'elfet qu'elles })ro(Uiisaient sur la multitude. Certes, s'il avait sondé le terrain trenddaul sur lequel il marchait, s'il avait bien pesé à quels hommes il avait affaire , et comme il lui serait impossible
de créer quelque chose à la place de ce qu'il voulait détruire, dès cette première entrave il aurait abandonné sa vie aventureuse pour la paix des livres et de la solitude. Mais il semble que ce soit la mission de quelques hommes d'élite d'avancer ainsi en éclaireurs de l'humanité, présages lointains des idées et des faits que l'avenir voit écloie , quand sonne enfin l'heure marquée. Un journaliste ' comparait certaines institutions qui tombent d'elles-mêmes, après mille efforts impuissants, à une vieille tour en raines dont les pierres longtemps unies s'écroulent enfin tout à coup. Au douzième siècle , la tour était encore inébranlable, et les coups du réformateur en déchiraient à peine les pierres, comme aurait pu faire la main d'un enfant. — Arnauld cependant poursuivit son but; mais n'anticipons pas.
L'évêque de Brescia, soutenu par ses abbés et quelques nobles dévoués, porta sa plainte dans le concile de Rome, à la fois accusateur, témoin et partie^. « Dans le grand concile de Rome tenu sous Innocent, dit Othon, il est accusé par l'évêque de Brescia et par les hommes religieux; aussi le Pontife romain, pour empêcher le dogme pernicieux de se répandre davantage, fait un décret pour réduire Arnauld au silence; et ce décret fut réalisée »
.Malheureusement tous les passages de cet adversaire, intéressé à taire ou à dénaturer les faits, manquent de bonne foi, et l'on a grand'peine à démêler la vérité : il semble dire que l'accusation fut portée au