‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 40 sur 176 · Ott. Fris,, de gest. Frid. II · texte numérisé non relu

Ott. Fris,, de gest. Frid. II

concile même, tandis que saint Bernard n'avance rien de semblable. Les paroles d'Otbon font croire que l'accusation ', d'abord portée au concile et trouvée par lui peu fondée, fut renvoyée au Pape et réduite à une simple affaire que devaient terminer entre eux Innocent et Manfred. En effet, saint Bernard, mieux informé à cause de ses relations avec le clergé de l'Europe entière , du rôle important qu'il jouait dans l'Église et de sa prodigieuse activité , dit qu'il fut accusé devant le Pape. « Accusé devant le seigneur pape du plus réprébensible des schismes, il fut chassé du sol natal, et même forcé de renoncer au retour, si ce n'est avec la permission de son évêque. » — Comment faire accorder ces deux témoignages contradictoires? Presque tous les historiens modernes-, trompés par l'affirmation d'Olhon, ont écrit qu'Arnauld fut condamné au concile par le vingt-troisième canon. Cela est, selon nous, de toute invraisemblance. Voici ce vingt-troisième canon très-élastique, et que les sectaires, dans leur fanatisme, peuvent appliquer" à bien des gens : « Ceux qui sous un faux zèle religieux condamnent le sacrement de l'Eucharistie, le baptême des enfants, le sacerdoce et les autres ordres ecclésiastiques, entin les mariages légitimes, nous les

1. Accusation de schisme et d'hérésie. Othon dit d'Arnauld : « Aimanj la sinfïularité, désireux de nouveauté ; de ces hommes dont le génie est prompt à créer des hérésies et des schismes... » II, 20.

2. Sismondi (Répub. ital., \, p. 314). — Cli. de Rénuisat {Abélunl, 1, note de la page 195). — Zellor {Histoire d'Italie, p. KiO.) — N. Peyrat {tes Heformateurs du xil« siècle, p. 312). « Le concile excommunia Roger, roi de Sicile, protecteur d'Anaclct et défenseur du schisme, et Arnaldo de Brcs cia, schismatique, hérétique et tribun répulilicain. « — Le chroniqueur suisse Tschudi avait écrit ces mots au seizième siècle : « Allda (au concile de Latran) wurd Arnoldus fur ein Ketzer verdampt.' >»

chassons de l'Église de Dieu et les condamnons; nous ordonnons qu'ils soient réprimés par les puissances séculières. Nous frappons du même arrêt ceux qui prennent leur défense '. » — Voilà, je pense, de belles et bonnes hérésies : rien n'y manque ; elles sont de la pire espèce, de celles que Pierre le Vénérable et saint Bernard ont tant de fois anathématisées ; et rien ne s'éloigne davantage de la doctrine d'Arnauld. D'ailleurs saint Bernard dit lui-même : « Accusé du plus répréhensible des schismes ^. » Plus tard, il est vrai, quand il vit avec terreur l'hérésie politique d'Arnauld prendre une extension dont on ne prévoyait pas les limites, emporté par sa colère, il put l'appeler hérétique. Mais nous en sommes à l'année 1139; il s'agit de savoir si ce vingt-troisième canon s'applique à lui : il nous est impossible de l'admettre. Ce canon condamnait collectivement les Cathares, les Pétrobrusiens, etc., et leurs défenseurs. Arnauld n'était ni Cathare ni Pétrobrusien : nous avons essayé de le prouver.

On peut lire saint Bernard avec la plus grande attention , étudier les passages qui font allusion au décret porté contre Arnauld, et l'on n'en trouvera pas

1. Eos autem qui religiositatis speciem sipnulanles Domini corporis et sanguinis sacraraentum, baptisma puerorum, sacerdotium, et ceteros ecclesiasticos ordines, et legitimarum damnant fœdera nuptiarum, tanquam hsereticos ab Ecclesia Dei pellimus, etdamnamus, et per potestates exteras coërceri pr;ecipimus. Defensores quoque ipsorum ejusdem damnationis vinculo innodamus. {Concil., tome XXYII, p. 131. Paris, 164't.)

2. Dans saint Bernard le mot « schisme » n'a pas un sens bien déterminé. Lorsqu'il appelle Arnauld « insigne schismatique », il veut dire seulement que celui-ci ne reconnaissait pas la suprématie temporelle du Pape. Les mots « schismatique » et « hérétique » ont aujourd'hui, dans le vocabulaire de la Théologie, une signification précise.

un seul où il parle de concile, d'hérésie, d'excommunication. — Voyons encore une autre citation postérieure h l'année M 39 : « Ce n'est pas sans motif que la vigueur Apostolique a forcé cet homme , originaire d'Italie, h passer les Alpes, et ne souffre pas qu'il rentre en sa patrie '. » La vigueur Apostolique! est-ce là la dénomination que l'on donne à un grand concile général ? Non certes ; cette vigueur Apostolique, nous la connaissons , c'est celle de saint Bernard, qui faisait faire au Pape, par ses énergiques conseils ou même par son pouvoir occulte et la crainte de ses remontrances, des décrets de bannissement -, nonseulement contre les hérétiques, mais encore contre les suspects ; nous la verrons encore s'exercer mille fois, la vigueur Apostolique, en dépit des mains tremblantes du Saint-Père.

On nous opposerait à fort l'autorité de Pagi et de plusieurs autres critiques. Dans un ouvrage aussi important que « les remarques sur Baronius » , Pagi ^ a dû négliger quelques détails, que notre sujet nous a conduit à approfondir. Ce qui a confirmé cette erreur, c'est qu'Othon a ajouté malicieusement : «On dit, en

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