s. 13ern., cpist. 1!)j
Hermann s'était peut-être laissé intimider par la puissance de saint Bernard. Peut-être tremblait-il déjà pour son évêché, ses honneurs, ses bénéfices et sa réputation que l'abbé tenait certainement dans sa main *, et qu'il exposait aussi en gardant Arnauld dans son diocèse. Peut-être allait-il trouver quelqu'un pour faire le bien. Arnauld avait encore une fois devant lui la cruelle menace d'une séquestration. C'est alors que le légat Guido de Castello arriva en Suisse, ouvrit hardiment sa maison au persécuté et partagea sa table avec lui^.
A peine (tant manquent les documents sur l'histoire de l'époque) sait-on quelque chose sur ce Guido, qui pourtant devint Pape ^ C'était un des esprits les plus cultivés du douzième siècle, et l'on peut le placer sans crainte à côté du meilleur latiniste du temps, Jean de Salisbury, cet autre élève d'Abélard; du savant abbé de Cluny, qui resta toujours son ami ^, d'Abélard son maître, et enfin d'Arnauld, qu'il protégea contre la fureur de saint Bernard. Élevé au milieu des idées de l'école d'Abélard ^ sur la liberté de penser, il en garda toujours l'empreinte, et montra dans ses relations avec Arnauld ^ un rare esprit de tolérance. En effet,
!. Du moins il pouvait le craindre.
2. « ... Au surplus l'avoir pour intime et l'admettre fréquemment à ses entretiens, pour ne pas dire à ses repas... » (S. Bern., epist., 194.)
.3. Les centuriateurs de Magdebourg ne disent qu'un mot sur lui, et Baronius ne donne que d'insignifiants drtails.
4. « Car j'ai toute bonne volonté d'aller vers vous et de visiter mon nouveau père et mon vieil ami, que j'aime et honore...» « Habeo enim omnimodam voluntalem veniendi ad vos, et novum quidem patrem, sed antiquum amicum amoreet honore debito visitandi.» {Epist. Pet. Clun., lib. V ep. n.)
5. «Ce serait vous faire injure que de croire que vous aimez quelqu'un au point d'aimer également ses erreurs. » (S. Yiavn., epist. 192.)
G. Il l'avait eu certainement pour condisciple. Quand on a des opinions
la doctrine de celui-ci, condamnant le pouvoir temporel, s'attaquait à Guido; car il avait été gouverneur de Bénévont ' avant d'être légat. On ne voit pas qu'il s'en soit jamais offensé et que leurs bonnes relations en aient été interrompues. Quoi qu'il en soit, c'était un personnage fort respecté et fort compté dans l'Église. Saint Bernard même ne lui parlait qu'avec mille précautions oratoires, changeant pour lui en prières affables les ordres qu'il était habitué de donner à tous'. A l'époque où nous sommes arrivés, il était légat, c'est incontestable ^; mais les critiques ne sont pas d'accord sur le lieu où il remplissait sa mission. Les uns veulent que ce soit en Germanie, et beaucoup d'autres en France, d'après Baronius et Métbillon. Cette dernière hypothèse est vraisemblable. On sait comment en ce temps-là (comme aujourd'hui du reste) les places, les honneurs et les bénéfices s'obtenaient par protection. Quand le mérite pouvait s'y joindre, certes la situation n'en valait que mieux : la faveur du Pape ni le mérite ne lui manquaient. 11 parait donc assez probable que Guido, élevé à l'école d'Abélard, ayant des amis en France et connaissant la langue romane, rechercha quelque mission dans ce
aussi opposées, il n'y a qu'une amitié de jeunesse qui puisse expliquer de pareils services.