Millier. Histoire de la Suisse, tome 1, pajje
2. Cela est pr(ibal)lo; car saint Heriianl lui |iaile lomiiii' i\ iiii hommo ([n'il est sur tie l'aire plier.
s'il y ajoute votre faveur, il aura un triple lien, que l'on rompt difficilement, destiné (je le crains bien!) à nuire outre mesure. Et je ne vois que deux suppositions (si toutefois il est vrai que vous ayez cet homme auprès de vous); c'est ou qu'il vous est mal connu, ou bien que (ce qui est plus croyable) vous avez foi en sa conversion. Et plaise à Dieu que vous ne vous trompiez point ! Qui nous donnera de faire de cette pierre un fils d'Abraham? Quel agréable présent ce serait pour notre mère l'Église de recevoir de vos mains ce vase en son honneur, qu'elle a souffert si longtemps comme un outrage! il est permis de le tenter; mais un homme prudent se gardera bien de dépasser le nombre fixé d'avance par l'apôtre qui dit : « Évite « l'hérétique après une et deux réprimandes, » sachant que l'homme de cette espèce est perdu, et pour sa faute condamné justement de son aveu même. Au surplus, l'avoir pour intime et l'admettre fréquemment à ses entretiens, pour ne pas dire à ses repas, c'est prendre sur soi le soupçon qu'on le favorise, et donner à cet ennemi une puissante armure. Il prêchera en toute sécurité et persuadera ce qu'il voudra, le familier et le commensal du légat du siège apostolique. Qui soupçonnerait, en effet, que quelque mal peut venir du côté du seigneur Pape ? Et lors même qu'il tient ouvertement un langage pervers, qui oserait s'opposer de gaieté de cœur à celui qu'abriteut vos côtés?
« Et puis ne voyez-vous pas quelles traces il a laissées derrière lui, partout où il a séjourné? Ce n'est pas sans motif que la vigueur apostolique a forcé cet homme originaire d'Italie à passer les Alpes, et ne
souffre pas qu'il rentre en sa patrie. Qui parmi les étrangers, chez lesquels il a été rejeté, ne désirerait le rendre aux siens, de quelque façon que ce fût? Et lui certes se conduit de telle sorte chez tous, que tous le prennent en haine : c'est là une adhésion à l'arrêt qui le suit; et qu'on ne dise pas qu'il a été soustrait au seigneur Pape. Comment qualifier l'outrage fait à la sentence du Souverain Pontife, à celte sentence dont la justice, lors même que la langue se tairait, est proclamée par la vie même de celui contre lequel elle a été portée? Ainsi le favoriser, c'est être en opposition avec le seigneur Pape, et même avec le seigneur Dieu. En effet, une juste sentence, quel que soit celui qui la rend, procède assurément de celui qui dit chez le prophète: «Ego qui loçuorjifstifiam.'» — Pour moi. j'espère que, grâce à vos lumières et à votre honnêteté, instruit de la vérité par cette lettre, vous n'aurez désormais sur cette affaire que des sentiments qui vous conviennent et soient utiles à l'Église de Dieu, pour laquelle vous remplissez les fonctions de légat. Nous vous chérissons et sommes tout prêts à vous servir *. »
On le voit, saint Bernard se dispense dans cette lettre de faire l'histoire d'Arnauld. Guido le connaît assez. Mais il commence par l'accabler d'injures bibliques, qui ne flatteront pas agréablement l'oreille de son ami : aussi comme il est habile à pallier les premiers mots arrachés à sa colère : « Je ne vois que deux suppositions, si toutefois - (dit-il en une insi-