Gvmt., Ligur., MK
4. Francke (p. 128) nous apprend que sa constitution tétait très-libérale à cette époque.
5. H. Francke, p. 133. — Ce changement de nom ne seraii-il pas la suite
séjour en Suisse. Mais (va-t-on dire), comment faire accorder ces deux versions contradictoires: Arnauld, professeur dans une chaire publique, et se cachant sous le nom de Leemann? Certes, s'il avait enseigné ouvertement, les émissaires de saint Bernard l'auraient reconnu, sous quelque nom ou quelque déguisement qu'il se fiit caché. Au contraire, saint Bernard cesse la guerre tout à coup, renonce à ses missives éloquentes, à ses anathèmes et à la douce espérance de le faire enfin lier. N'oublions pas le caractère de saint Bernard et le genre de puissance dont il disposait. — Peut-être sa lettre à Hermann et sa lettre au Légat étaient restées sans réponse, ou bien celles qu'il avait reçues marquaient peu d'empressement à exécuter ses ordres. Redoutant d'un côté près du Pape la faveur grandissante de Guido, voyant de l'autre la force d'inertie que lui opposait l'évêque Hermann *, apprenant qu' Arnauld était protégé par les nobles ^ aimé de la bourgeoisie, et qu'il avait changé de nom pour éviter le scandale, saint Bernard comprit qu'il aurait peine à sortir glorieusement de cette campagne ^ : il se dit que
de quelque convention entre le Légat son ami et l'évêque Hermann effrayé de la célébrité de mauvais aloi du nom d' Arnauld?
1. « Mais il faut s'étonner que, maintenant qu'il est sous votre main, vous ne le reconnaissiez pas, ne le saisissiez pas et ne l'empêchiez pas d'emporter vos dépouilles...» (S. Bern., e/)^5^ 195.)
2. « ... Enfin, lorsqu'il sera sans crainte, après avoir capté leur bienveillance et leur familiarité, vous verrez l'homme s'insurger ouvertement con* tre le clergé, fort de la tyrannie des gens âêpée... » (S. Bern., epist, 1D5.)
3. Saint Bernard le craignait déjà au moment où il écrivit au Légat î « Qui soupçonnerait en effet que quelque mal pût venir du côté du sel" gneur Pape, et lors même qu'il tient ouvertement un langage pervers, qui oserait s'opposer avec quelque espoir de succès à celui qu'abritent vos côtés'? » — Et ailleurs : « Prenez garde qu'à l'aide de votre autorité il ne nuise encore plus. » (S. Bern., ejàst. 19G.)
sa responsabilité était sauvée. Le nom d'Arnauld n'irritant plus les oreilles de personne, qui penserait à soup(;onner le zèle de l'abbé de Clairvaux? Il pouvait jouer l'ignorance sans perdre sa dignité. — Comment se fait-il qu'Arnauld disparaisse ainsi tout à coup du récit des contemporains, et qu'on ignore absolument ce qu'il a fait pendant cinq ans? — Un changement de nom est sans doute la clef de cette énigme. Il vécut longtemps en Suisse, cela est prouvé ; il y enseigna, on le sait avec certitude'. Qu'y aurait-il- d'incroyable à penser qu'il le lit officiellement, si l'on peut ainsi parler? A cette époque de moins savants que lui ouvraient des écoles, autour desquelles se groupaient pourtant de nombreux élèves. Les titres ne lui manquaient, ni l'éloquence.
Quoi qu'il en soit, ce n'est, il faut l'avouer, qu'une conjecture ; elle ne servirait qu'à expliquer avec vraisemblance le calme inopiné de saint Bernard. Car Aruauld n'avait pas besoin de dissimuler son nom pour obtenir l'appui des Zurichois, comme il avait déjà obtenu celui de Guido. — On peut conclure que, sous un nom ou sous un autre, il se conduisit avec modération, entourant de mystère la propagande républicaine qu'il ne pouvait faire au grand jour; et que, prêchant en public la morale de l'Évangile et la réforme des mœurs, il s'abstint d'attaquer le pouvoir de l'évêque. — Les circonstances le retinrent cinq années encore à Zurich, la ville qui de toutes façons lui convenait le mieux, le terrain y étant fertile et sa vie enliu à l'abri des persécutions.