Gunt., Ligur., Vlil
commençait à travailler, non sans succès, au rachat de ses libertés. Elle devait donc accueillir Arnauld favorablement; c'était un auxiliaire éloquent qui venait l'aider à marcher dans cette voie. Quant aux nobles, les gens d'épée, comme les appelle saint Bernard {milites), ils avaient intérêt, eux aussi, à la réforme d'Arnauld. Elle faisait espérer aux uns (à ceux que les progrès de la bourgeoisie n'effrayaient pas encore) qu'ils seraient bientôt les seuls représentants du pouvoir civil; aux autres (à ceux qui végétaient avec une fortune médiocre dans quelque misérable fief) qu'ils allaient s'enrichir enfin, grâce aux trésors du clergé, sur lesquels le réformateur jetait l'anathème. Pour le peuple, à mesure que grandissaient la fortune et l'influence de la bourgeoisie, il en ressentait le naturel contre-coup ; son bien-être et sa moralisation suivaient lentement; et il devait être reçu comme un libérateur, celui qui ne dédaignait ni les pauvres ni les déshérités. Puis il régnait à Zurich, comme dans toutes les villes ouvertes à de larges communications, un esprit moins étroit qu'ailleurs ' ; les transactions commerciales y amenant beaucoup d'étrangers, ceuxci pouvaient apporter d'Italie les idées progressistes qui y fermentaient alors -.
Il n'y avait peut-être pas pour Arnauld de rési-
1. Les historiens les plus judicieux ont admis ce long' séjour d'Arnauld à Zurich; et malgré notre habitude de ne nous appuyer que sur les contemporains, nous ne pouvons ici récuser entièrement leur autorité. Elle prouve au moins que notre opinion n'est pas dénuée de vraisemblance. (V, Tschudi, fiibbon, MuUer, Sismondi, César Cantu, H. Francke. etc ..)
2. « Ce fut de Zurich et de la Lombardie que les idées de liberté et de confédération se propagèrent dans toutes les villes riveraines du Rhin, la plus belle partie de l'empire d'Allemaj,'iio » (J. de Millier. I/istuh-e de la Suisse. Tome 1, page 391.)
dence semblable ni de champ meilleur où semer sa doctrine. Si tant d'autres villes, fermées par la rancune des partis, lui eussent été ouvertes, il nous semble qu'il aurait encore de préférence choisi celle-ci, au moins pendant quelques années.
Le meilleur témoignage que nous ayons de ce fait est celui du moine Gunther, qui écrivait trente ans environ' après le séjour d'Arnauld à Zurich, connaissait cette ville', et y avait peut-être constaté lui-même les conséquences qu'il rapporte : «Cette nation, dit-il, corrompue depuis longtemps par le poison, conserve encore le goût de la grappe paternelle. » Si Gunther, à qui ne manquaient pas les moyens ^ de savoir la vérité, avait voulu laisser plus souvent la prose de l'évêque de Freisingen qu'il a calquée si fidèlement ^, il aurait éclairci bien des faits importants qui sont restés dans l'ombre.
Est-ce après avoir accueilli sur Arnauld le récit de la tradition qu'il écrit dans un accès de franchise involontaire? « Bien des vérités, il faut le dire, dont notre siècle eût profité, s'il ne repoussait pas les sincères avis, venaient se mêler à de fausses paroles. » On serait tenté de le croire; mais bientôt s'effaçant de nouveau et laissant là les réflexions pour copier Othon, il
i. Gunther mourut, d'après ïschudi, en 1198. Guilliman le regarde comiTie le premier poète de son \emps {sui temjjovis poeta pmicep'i).