‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 64 sur 176 · Guntherne répèle i^s l'erreur d'Olhon · texte numérisé non relu

Guntherne répèle i^s l'erreur d'Olhon

à Zurich en quittant sa patrie. Évidemment encore (saint Bernard est notre autorité) il était au concile de Sens avec Abélard. Donc il vint une première fois à Zurich en 11 39 ; puis, après la condamnation de son maître, y retourna naturellement, et y séjourna jusqu'à son départ pour Rome. Cette phrase : « Il sema en quelques jours le dogme pernicieux, » s'applique probablement à l'accueil que lui firent les Zurichois à son apparition dans leur ville. Elle n'implique pas (nous Tavons déjà dit) qu'il y resta peu de temps, mais seulement que le succès de sa prédication fut rapide.

H. Francke* nous dit d'Arnauld que son influence s'étendit de Zurich sur tous les cantons suisses, et de là en Allemagne. Trouve-t-on dans les chroniqueurs et dans les historiens quelques preuves de ce fait? Nous allons nous aider ici du biographe allemand, et examiner* la valeur de celles qu'il propose.

H. Francke, d'après un document apocryphe^, cite une preuve pourtant vraie et fort importante de l'influence d'Arnauld à Zurich et aux environs. « La chevalerie deSouabe, dit-il, de Suisse et de Bavière décida à la diète d'Ulm (1153) que l'excommunication

1. Manquant de documents pour constater l'influence d'Arnauld sur les cantons suisses, nous avons cru devoir examiner cette partie du travail de Francke.

2. Francke (v. p. 127) s'est servi d'une contrefaçon des annales de Corbie attribuées au moine Henri, secrétaire de Wibald (Fasti Corbeienses Henrici monachi), par Haremberg. Cet Harembei-g a donné non-seulement plusieurs lettres de Wibald complètement apocryphes, mais il a encore avancé une foule de faits dont on ne trouve nulle part la confirmation. Nous avons eu entre les mains la véritable édition des Annales de Corbie, réunies par Pertz à d'autres documents pour servir à l'histoire d'Allemagne, il n'y est pas fait mention de la diète d'Ulm, et par conséquent de la date : 1153. Il est incontestable cependant que cette diète a eu lieu soit en 1152, soit avant, mais non plus tard, la lettre d'Eugène ayant été écrite en 1152. (Voir aux Pièces justificatives un passage de Pertz sur Haremberg.)

n'aurait plus d'eiret temporel; que ceux qui seraient excommuniés pour vol ou incendie des biens de l'Église devaient recevoir ledit jugement confirmé par un tribunal laïque, pour qu'il fût valable, parce qu'autrement les intrigues du clergé bouleverseraient l'Empire. Elle décida enfin que ceux qui seraient frappés d'excommunication par l'Église pourraient néanmoins rester citoyens et chevaliers honoraires, attendu que le Royaume du Christ n'est pas dans ce monde. »

Notre autorité à nous est la lettre d'Eugène III à Wibald, écrite le 19 septembre 1152. D'après cette lettre, les membres de la diète d'Ulm (assemblée probablement pour traiter des intérêts de l'Église) auraient frappé d'incapacité l'exconnnunicatiou : «...Or ce qui a été récemment introduit par les laïques dans des vues perfides, à la diète d'Ulm, pour la destruction des Églises, ne crois pas que cela doive être passé sous silence. Ceux-ci ne vouent à l'excommunication d'abord prononcée par l'Église ceux qui se sont rendus coupables d'avoir pillé ou incendié des biens ecclésiastiques, qu'après une nouvelle sentence portée par un tribunal laïque. Que si vous et nos frères les évoques croyez devoir soutenii* ce point, il en résultera sans nul doute qu'en ces contréas-là aucun évêque ne pourra user contre l'auteur d'un forfait quel qu'il soit de la discipline ecclésiastique. Si la discipline périt, c'en est fait de la religion chrétienne '... » C'est vrai-

1. V. la lettre tout entière dans la deuxième partie, et le texte aux Pièces justificatives.

Quoique Eugène ne parle pas de cette décision de la diète (que l'excommunicalion n'aurait plus d'eflet temporel), on peut très- bien admettre co lait connue une conséquence du premier.

ment une chose extraordinaire que ce mépris où tombait l'excommunication en plein moyen âge, et conforme aux projets d'Arnauld, qui (ayant vu souvent les Papes changer l'excommunication en vengeance politique) désirait en cela, comme en toute chose, séparer complètement le spirituel du temporel.

Francke raconte ensuite* sur l'autorité de Beck', qui n'a pas indiqué ses sources, l'histoire suivante : ((L'an 1206, le baron Lutold de Regensburg fonda à Ruti, dans le district de Zurich, un couvent de prémontrés; mais la seigneurie de Grunigen, appartenant au comte de Regensburg, était tout entière dévouée à l'Arnoldisme. Les Arnoldistes, ayant à leur tète un cordonnier, brûlèrent le nouveau cloître et persécutèreut les moines. »

Nous ne voyons pas bien comment Francke a pu reconnaître l'influence d'Arnauld dans cet acte de vandalisme : brûler, piller et persécuter, ce n'était certes pas la doctrine de l'ami du pape Célestin. Il savait trop, lui dont les paroles étaient douces comme l'huile^ que l'on obtient bien plus par la persuasion que par la force, et qu'il faut avant tout respecter le droit des gens : à moins cependant que là, comme à Rome, quelques Arnaudistes mutins et ignorants ne se soient laissé aller à cette barbare interprétation des doctrines d'Arnauld, sous prétexte d'une tentative de réforme. Ces sortes d'excès ne convertissent personne, et ne font que ternir la mémoire de celui qui les a provoqués même involontairement. On ne nie pas au reste qu'il

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