il y était déjà venu en
crimes pour (lu'un profond mépris entourât leurs personnes, quand la chaire de saint Pierre et les cérémonies de l'Église étaient encore l'objet du respect de tous. C'est une distinction que n'ont pas faite les biographes du Saint-Siège, et qui frappe cependant, quand on considère d'abord les traitements sans nom que le peuple infligea à plusieurs papes et ensuite l'effet prodigieux de l'interdit lancé sur Rome par Adrien IV. Il n'est donc pas tout à fait vrai de dire avec Gibbon que les Romains avaient dès le onzième siècle perdu tout respect du pape, pendant qu'il était vénéré ailleurs *. Ce qui est irréfutable, c'est la longue suite de Pontifes sans religion et sans mœurs qui souillèrent Rome. Nous ne pouvons ici entrer dans les détails, et d'ailleurs quelle chose triste que de voir Rome tombée si bas, tant de papes avides rançonnant leurs vassaux plus lourdement que les propriétaires laïques; la simonie passée dans les mœurs, la chaire de saint Pierre donnée aux favoris des femmes, aux créatures des princes étrangers, ou disputée par trois ou quatre compétiteurs; les schismes perpétuels, et les émeutes sanglantes où le peuple excédé renversait un pape odieux pour en élire bientôt un autre plus dépravé! Ou bien c'étaient les barons romains qui prodiguaient l'or et achetaient ainsi des suffrages pour un des leurs. — L'ambition des prédécesseurs de Grégoire VII augmenta la confusion et prépara de nouveaux malheurs. Elle commença la guerre des investitures, que le moine illustre, devenu Pape, devait
1. C'est ce vieux respect enracint' qui donnait aux Romuins la palienoe (le supporter les crimes de leurs Puntil'es-Rois.
pousser sans merci. Il avait autant d'orgueil pour concevoir que d'énergie pour exécuter ses plans tyranniques '. C'était cependant l'intérêt des Romains de l'aider à abaisser l'Allemagne; mais il les opprima si bien, qu'ils abandonnèrent sa cause. Et Rome désolée', que Grégoire par son implacable égoïsme venail de changer en champ de bataille de l'Italie, fut encore meurtrie dans une guerre barbare. Cet homme remarquable mourut dans l'exil, et les papes, qui vinrent piendre après lui la tiare tant briguée, furent presque tous victimes des partis.
La paix de Worms (1J22) mit fin à la querelle des investitures; mais il y avait malheureusement trop de sujets de luttes pour que les Romains pussent enfin se relever et se reconnaître ^ Ils devaient voir encore plus d'une fois les soldats allemands. Pauvre Rome! et pauvre peuple, dont la prodigieuse mobilité et l'inconséquence sans égale trouvent pourtant un commentaire dans les faits que nous venons de retracer! En quoi pouvait-il mettre son espérance ? Quelle révolution aurait pu le sauver, l'aider à briser le cercle de fer dans lequel il tournait? 11 y avait des républiques florissantes : le commerce se développait ailleurs; les
1. 11 est curieux de remarquer que les réformes de Grégoire VU avaient fait surgir en Italie un nouveau parti presque tout entier clérical : les défenseurs des anciennes liljertés religieuses. Les grandes réformes de ce Pape sont trop connues pour que nous nous y arrêtions.
2. « Robert Guiscard brûla Rome depuis Saint-Jean de Latran jusqu'au Colisée, et réduisit en esclavage un grand nombre de ses citoyens. C'est depuis ce sac de Rome par les Normands que l'ancienne ville est demeurée presque déserte, et que la population s'est transportée tout entière au-delà du Capitole, dans ce qui formait autrefois le champ de Mars. » (Sismondi, 1, 148.)
.3. Nous sonunes obligé de passer sous silence l'histoire du schisme d'Anaclet et mille autres détails que notre cadre ne peut contenir,
communes s'aiïiauchissaient successivement, et Rome voyait tout cela d'un œil impuissant, avec d'autant plus de regret qu'elle savait combien elle avait été grande et combien elle était déchue ! La réforme d'Arnauld devait être aussi vaine que celle de Cresceutius, et, le réformateur une fois oublié, l'enchaînement des faits reprendre son cours impitoyable. Que pouvaient les Romains quand ils s'aliénaient en même temps le Pape, l'empereur et une partie de la noblesse? Leur tentative paraît d'abord insensée. Mais que faire encore une fois? que tenter? — Et maintenant faut-il se montrer sévère pour un peuple élevé à pareille école, école de superstition, de meurtre, de sang et de servitude? Peut-on lui reprocher de n'avoir pas su se gouverner lui-même, quand il le tenta (chose si difficile aux nations déjà civilisées)? Non certes, les faits ont donné ce que promettaient les causes : et ces hommes ont été ce qu'ils pouvaient être. Il ne reste qu'à les plaindre.
Citons ici le curieux portrait que saint Bernard nous a laissé d'eux : en tenant compte de l'esprit de parti, de l'indignation et de la couleur mystique, il faut reconnaître qu'il est aussi exact que sévère; trop sévère pourtant en ceci qu'il nous montre les Romains tels qu'ils sont, mais non pas pourquoi ils étaient ainsi. 11 ne s'en rendait pas compte lui-même, et manquait trop de sens pratique pour approfondir les causes. Il regardait le présent, et ne pouvait que le maudire.
Voici ce passage : saint Bernard s'adresse au Pape Eugène' : « Que dirai-je du peuple? c'est le peuple