‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 76 sur 176 · Voy. la lettre des Romains h Conrad, conservée par Othon · texte numérisé non relu

Voy. la lettre des Romains h Conrad, conservée par Othon

3. A entendre les Romains toujours tanfarons, on croirait qu'ils n'i>iit rencontré aucune résistance.

ment placer sur votre tête royale la couronne d'Empereur. Mais nous, quoique aflligés d'une foule de maux, conmie aucun effort ne coule à qui sait aimer, pour l'amour de vous et pour votre honneur, nous souffrons avec joie '. » — Il paraît, d'après cette lettre, que les Romains ne purent vaincre d'abord les Frangipani et les autres alliés du Pape. Ils se dédommagèrent en démolissant les forteresses d'ennemis plus faibles.

Lucius, craignant chaque jour de nouveaux excès, ainsi que la défaite de son parti, essaya, comme dernière ressource, d'écrire à l'Empereur d'Allemagne, Conrad 111 ", et de lui raconter la persécution dont il était l'objet. « Vers la même époque (nous dit l'évêque de Freisingenj, le Pape Lucius, homme digne des fonctions sacerdotales par sa douceur et son humilité, ayant souffert des Romains, ses sujets, une grande persécution, écrivit au roi Conrad une humble lettre, qui contenait, avec la nouvelle de son oppression, des remercîments à Dieu pour la santé et la prospérité du Prince, ainsi qu'une invitation à défendre l'Église romaine ^ »

Conrad, occupé à combattre les Saxons et les Guelfes qui n'avaient pas encore reconnu son élection, ne se souciait pas trop en ce moment du titre de Roi des Romains : il fit sans doute aussi peu d'attention à la

i.\. Marlène et Durand. Epist. -21 i.

2. Sacré Knipereur à Aix-la-GhapeJle depuis le ti mars H38, Conrad lil représentait en Allemagne la maison Gibeline ou de Hohenstautlen.

3. Kn voici la teneur : r L'évêque Lucius, serviteur des serviteurs de Dieu, à son très-cher Jils Conrad, illustre Roi des Romains, salut et bénédiction Apostolique. Que tes meilleurs souhaits soient accomplis... » On

ne sait pourquoi Othon s'arrête tout-;Vcoup : cette lettre aurait peut-être éclairci quelques faits obscurs.

lettre de Lucius ' qu'à l'ambassade et au long discours que les Romains lui envoyèrent vers le même temps.

Ceux-ci commençaient à sentir que Roger était un eimemi redoutable ; peut-être aussi le parti du Pape avait repris courage depuis l'alliance avec ce prince. Quoi qu'il en soit, les Romains, voulant se faire un prolecteur de Conrad, ne négligent aucun moyen de le flatter : ils essayent de lui persuader que c'est seulement pour lui qu'ils travaillent, et qu'ils n'ont qu'un but, en luttant contre le Sicilien et le Pape : placer sur sa tête la couronne de roi des Romains. Cette lettre est un chef-d'œuvre d'inconséquence, de vanité et d'ignorance. Il est bon de la citer tout entière, puisque Othon - nous a conservé ce précieux document :

(( Le Sénat et le Peuple romain au très-excellent et illustre maître de Rome et du monde entier, à Conrad, par la grâce de Dieu roi des Romains toujours Auguste, salut et gouvernement prospère et glorieux de l'Empire romain.

1. Tout en recevant ses eniplovt5s avec cette politesse diplomatique qui n'engas:e à rien.

2. Othon dit avant de citer la lettre des Romains à Conrad : « En ces jours un certain Arnauld ... entra dans Rome, et, voulant restaurer la dignitô sénatoriale et l'ordre équestre k l'instar des anciens, souleva presque toute la ville et surtout le peuple contre son Pontife. Leur témérité ou plutôt leur folie est confirmée par cet écrit adressé au Roi. »

Othon, selon son habitude de ne pas se soucier des dates, pourrait faire croire que cette lettre a été écrite sous le pontilicat d'Eugène, pendant qu'Arnauld était à Rome. Cependant elle a été adressée à Conrad par les Romains sous Lucius H. On peut s'en convaincre en rapprochant la lettre de Lucius à Pierre le Vénérable de celle des Romains En etVet le Pape lui parle de son traité avec Roger, et les Romains citent de leur côté « la convention faite entre le Sicilien et le Pape ». 11 est donc évident que le Pape dont il est question dans la lettre des Romains est bien Lucius U. Enlîn l'ambassade des Romains arriva à peu près eu même temps que celle du Pape. La date de l'une nous donne la date de l'autre (lUi).

(' Déjà, dans beaucoup d'écrits, nous avons scrupuleusement exposé à Votre Excellence Royale nos faits et gestes, notre persévérance dans la foi jurée, et nos luttes journalières pour élever et fortifier de toutes façons votre couronne impériale. Votre Royale Majesté n'a pas daigné répondre à nos pressantes lettres, et c'est là ce qui nous étonne de la part d'un père et d'un maître, nous vos fils et fidèles sujets. Car nous ne faisons rien qui ne témoigne d'un sentiment d'obéissance et de respect. Nous désirons, en effet, relever et agrandir l'Empire romain, dont Dieu vous a confié la direction, et le rétablir dans l'état où il était au temps des Constantin et des Justinien, qui, par la vigueur du Sénat et du Peuple romain, tinrent sous leur pouvoir l'univers entier. Dans ce dessein, le Sénat fut, grâce à Dieu, rétabli par nous. Par nous aussi les rebelles qui, toujours indociles à vos ordres, avaient dépouillé d'une telle gloire l'Empire romain, ont été pour la plupart écrasés ; en un mot, pour qu'on vous rende tout ce qui est dû à César et à l'Empire, nous faisons d'énergiques et unanimes efforts ; et, pour le succès de cette entreprise^ nos commencements sont d'heureux présage. Nous observons paix et justice envers ceux qui les désirent. Quant aux forteresses, je veux dire les tours et les demeures des puissants de Rome, qui s'apprêtaient à repousser votre empire de concert avec le Sicilien et le Pape, nous les avons prises. Nous en gardons une partie sous votre obéissance : d'autres, détruites de nos mains, gisent sur le sol. Mais, en haine de ce que nous faisons par attachement pour vous, le Pape, les Frangipani, les fils de Pierre de Léon, et les amis du SiciUen (excepté notre

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♦ lioidaiio, votre dértMiseur et porlc-enselgnc dévoué), Tolomtpus même et bien d'autres encore nous assaillent de toutes parts, pour que nous ne puissions librement placer sur votre tête royale la couronne d'Empereur. Mais nous, quoique affligés d'une foule de maux, comme aucun effort ne coûte à qui sait aimer, pour l'amour de vous et pour votre honneur, nous souffrons avec joie; car nous savons qu'à l'exemple de votre père vous nous accorderez une digne récompense, et punirez dans nos ennemis les ennemis de l'Empire. Puis donc que notre dévouement pour votre personne est si grand, que pour elle nous supportons de si rudes épreuves, nous demandons à ne pas être déçus dans notre espérance, à ce que votre Dignité Royale ne dédaigne pas vos fils et fidèles sujets. Que si quelque mauvais bruit sur le Sénat et sur nous s'est fait entendre à vos royales oreilles, nous vous prions de n'y prêter aucune attention : car ceux qui disent du mal de nous à Votre Altesse, et se réjouissent de notre mésintelligence (que Dieu nous en garde!), veulent, selon leur coutume, nous perdre tous deux par de secrètes menées. Pour en empêcher le succès, que votre Prudence Royale se tienne, comme il convient, toujours en éveil et sur le qui-vive ; que Votre Majesté se rappelle la foule des maux terribles dont la Curie Papale et les hommes, jadis nos concitoyens, ont accablé les empereurs vos prédécesseurs; qu'elle se rappelle les maux pires encore qu'ils ont essayé de vous causer, de concert avec le Sicilien. Mais nous, par la grâce du Christ, dévoués à vos intérêts, nous leur résistons avec bravoure, et nous avons chassé de Iiome un grand nombre de ceux-ci, connue enne-

mis acharnés de l'Empire. Que votre Impériale Majesté vienne donc vers nous, puisqu'à Rome vous pourrez réaliser tous vos vœux.

« Pour tout dire en un mot, vous pourrez habiter Rome , la capitale du monde, et, tout obstacle de la part du clergé disparaissant et pour Tltalie entière et pour le royaume Teutonique, fonder avec moins de peine que tous vos prédécesseurs une domination mieux assise. Venez donc sans retard, je vous en prie, et daignez nous informer de votre situation, que nous désirons voir toujours bonne et prospère, ainsi que du résultat de ces lettres et messages : car nous sommes prêts à faire votre volonté en toutes choses. Sachez, en outre, que nous réparons à grand'peine le pont Milvius, situé hors de Rome, qu'on avait presque détruit depuis bien des années pour arrêter les empereurs : par ce moyen, votre armée pourra traverser le Tibre, et les Pierre de Léon seront incapables de vous nuire du haut du château Saint-Ange, comme ils en étaient convenus avec le Pape et le Sicilien ; et dans un court espace de temps, avec l'aide de Dieu, le pont sera fortifié par une muraille très-solide et des pierres de silex. — Voici, dit-on, la convention faite entre le Sicilien et le Pape. Le Pape a concédé au Sicilien la baguette, l'anneau, la dalmatique, la mitre et les sandales, et s'est engagé à n'envoyer dans les contrées du Sicilien que les légats demandés par lui-même. Le Sicilien, de son côté, a donné au Pape une grande somme d'argent à votre détriment et à celui de l'Empire romain, qui est vôtre, par la grâce de Dieu. Que votre Prudence, excellent roi, veille à tout cela avec sollicitude.

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Que le roi soit puissant, qu'il gagne sur ses ennemis ce qu'il

désire.

Qu'il ait l'Empire, siège à Rome, régisse l'Univers,

En prince «le la terre, comme fit Justinien.

Que César reçoive ce qui est à César, et le Pontife ce qui est au

Pontife,

Pierre payant tribut, comme le Christ l'a ordonné.

<( Nous vous prions du reste de faire un bienveillant accueil à nos députés, de croire à leurs paroles; car une lettre ne saurait tout dire; ce sont des hommes distingués, le sénateur Guido. Jacob, iils du procurateur Sixtus, et Nicolaus leur compagnon.

« Le prince très-chrétien, ajoute Othon, refusa de prêter l'oreille à ces paroles ou plutôt à ces niaiseries. Bien plus, il fit une brillante réception aux hommes illustres et distingués qui venaient à lui de la part de l'Église romaine, dont l'un, Guido de Pise, était cardinal et chancelier de la même Curie, et qui sollicitaient le rétablissement de leurs anciens privilèges; puis il les congédia en les comblant d'honneurs '. »

On se demande, en lisant cette lettre, si les Romains savaient ce qu'étaient Constantin et Justinien, et si quelqu'un parmi eux avait jamais lu l'histoire de la première République. Constantin, un des empereurs qui de Rome gouvernaient l'univers par la vigueur du Sénat et du Peuple romain ! Mais rien n'étonne d'eux quand on a lu le récit qui précède.

L'infortuné Lucius mourut rannée même de son élection. « Pour lui, dit Othon, tourmenté par des souffrances journalières et dégoûté de la vie. il mou-

1. Ce n'est pas toujours ce qui arriva aux onvoyt^s du l'a()t\ d'apn^s la lettre d'F^ugène ;\ Wibald. (V. aux Pircci Justifirative!,:)

rut dans le cours de l'année '. » — L'évèqiie de Freisingen n'en dit pas davantage. Sigonius - nous a conservé une version, qui n'est pas dénuée de vraisemblance, mais que ne confirment pas les documents contemporains. Selon lui, le pape Lucius, voyant qu'il ne pouvait compter sur la protection de Conrad, forma le dessein de se défendre lui-même : il réunit les amis du roi de Sicile, ainsi que les seigneurs qui tenaient encore à son parti, et les conduisit lui-même à l'assaut du Capitole, dont il voulait chasser le sénat. Le peuple, surpris d'abord par cet appareil guerrier delà troupe sacrée, les laissa s'avancer jusqu'à une certaine distance du Capitole; mais, ayant discerné l'intention, il prit les armes, conduit et encouragé par son Patrice Giordano, et fît pleuvoir soudain une grêle de pierres sur le Pape et sur son cortège. Lucius reçut une si grave blessure, qu'il mourut cinq jours après.

Sigonius ne cite pas ses sources. On pourrait s'étonner que les Romains aient laissé Lucius mourir tranquillement dans son lit. Cependant le caractère du Pape ne le portait pas à employer des moyens violents. Et puis il fut presque toujours malade pendant son pontificat ^

On peut bien croire qu'il mourut autant de chagrin

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