V. Ampère, Emp. rom. à Rome, il, 407 et suiv
quatre-vingts glandes statues d'or des dieux, soixantesix statues d'ivoire des dieux, dix-sept mille quatrevingt-dix-sept palais, treize mille cinquante-deux fontaines, trois mille sept cent quatre-vingt-cinq statues des empereurs et des autres généraux, vingt-deux grands chevaux en bronze (statues équestres), trente et un théâtres et onze amphithéâtres, neufmille vingt-six bains', deux mille quatre-vingt-onze prisons, etc/^. — On ne peut s'empêcher de sourire, et les belles descriptions des Mirabilia sont à peine comparables à cette curieuse statistique. Ampère cite quelques passages de Procope à l'appui de son opinion. Pourtant cet écrivain, malgré ses hyperboles, ne sort pas des limites du vraisemblable. Rien ne m'empêche d'admettre qu'il restait à Rome une assez grande quantité de statues, et qu'une des célèbres vaches de Myron décorait encore le Forum romain , où il y en avait eu quatre. Sans doute les colosses, presque impossibles à transporter, étaient restés debout. Les groupes difficiles à manier, les bustes de marbre, qui ne pouvaient tenter la cupidité des Barbares ou des Romains '\ les lourdes statues équestres, ou bien celles qu'on avait scellées sur leurs socles autour des monuments, échappèrent à la destruction. — Les Barbares paraissent avoir dédaigné particulièrement les reproductions d'animaux si nombieuses à Rome, et dont plusieurs étaient des chefs-d'œuvre.
1. Ampère dit naïvement à ce propos que, lorsqu'il vint à Rome en 1824, il n'y avait qu'un seul établissement de bains, et dans cette maison qu'nne seule baijfnoire.
2. Le tout en bon état et rempli de conlortable (commoditatcs).
3. Je dis des Romains; car il parait que depuis Constantin les riches particuliers avaient la manie des collections.
Le témoignage des contemporaius nous apprend encore que les toits de bronze des temples, des basiliques et d'un grand nombre de monuments, étaient dorés : ce qui donnait à la ville un aspect extraordinaire, fait pour étonner les étrangers et provoquer la rhétorique des poètes. Cette décoration résista longtemps, je veux bien le croire, aux injures de l'air, Gotlîs et Vandales ne pouvaient la faire disparaître qu'avec le monument lui-même ^ Enfin je ne dirai pas, moi qui resterais en contemplation devant une vieille colonne brisée, je ne dirai pas que Rome n'était pas digne d'être admirée au sixième siècle. Si elle avait perdu en magnificence et en régularité, elle avait même gagné en pittoresque : les fleurs sauvages vont bien au front d'un attique démantelé; mais le pittoresque, il faut l'avouer, est une forme de la ruine, et je ne puis croire à la fantastique description de Zacharia '.
A partir du sixième siècle, Rome n'eut donc d'autres défenseurs que les Papes. Ils furent en réalité les chefs de la République, comme on l'appelait encore. Pauvres chefs d'un pauvre petit État! Le clergé catholique renonça bientôt à construire toutes les Églises qui lui manquaient ; et la transformation des temples prit à cette époque une grande extension ^ Le Panthéon était déjà une église catholique*. Il avait été oublié dans les pillages de Rome.
1, Je crois aussi que le Forum de Trajan avait encore à cette époque un aspect grandiose. Tout cela ne détruit pas des considérations générales.
2. 11 est probable que cet écrivain n'était jamais venu à Rome.
;i. Mais il était trop tard pour les sauver. Ils n'eurent souvent que des ruines informes à utiliser. Au douzième siècle, il y en avait bien peu qui n'eussent été défigurés ainsi, de manière à ce qu'on ne pût les désigner par leurs anciens noms.