‹ Arnauld de VilleneuveChapitre 16 sur 23 · TOME XXVIII · texte numérisé non relu

TOME XXVIII

circonstances favorables à la conjecture. Les anciens faussaires ne prenaient pas ordinairement tant de précautions pour tromper les gens.

Quant à la traduction espagnole, elle est intitulée : Libro de medicinci llamado Tesoro de los pobres, y un regimento de scinidad; Séville, 1 5 4 3 , in-fol. N’en connaissant que le titre, nous ne pouvons dire sur quel texte elle a été faite; c’est peut-être tout simplement sur le français de l’année i5oy. Signalons, en passant, l’erreur commise par le P. Niceron, qui a vu dans le Trésor des pauvres une version du Regimen sanitatis restitué ci-dessus au Milanais Magnino.

Il existe un autre Thésaurus pauperum, qui est de Pierre d’Espagne. Il ne faut pas confondre ces deux ouvrages. Antonio les a confondus ; ce qui l’a conduit à contester l’existence du Trésor des pauvres attribué par divers catalogues à maître Arnauld de Villeneuve. L’erreur n’est pas dans ces catalogues; elle est dans le sien.

Catab man. Angl.

etHib., t.I, part. 1, n° 817, et part. 3, n° 97*-

Huet (D.), De Claris interpret. ,

p. i36, i4o, i4 i. , Leclerc , Hist. de la méd. arabe, t. II,

LXXVII. Liber Avicennæ de viribus cordis, a mag. Arnaldo de Villanova translatas de arabico in lalinum. Les exemplaires manuscrits de cette traduction sont assez nombreux. Nous la trouvons notamment dans les nos 6949 (fol. 88) et 7 1 3 1 (fol. 85) de la Bibliothèque nationale, 4 1 4 de Laon et 363 de Munich. Les Catalogues d’Angleterre et d’Irlande en signalent aussi deux copies, dans la bibliothèque de Guill. Laud et dans celle du collège Caius et Gonville. Elle est, en outre, imprimée dans les Œuvres d’Avicenne, t. IV de l’édition de Venise, i520, in-8°. Daniel Huet, qui l’a connue, en parle avantageusement dans son traité De claris interpretibus. Elle est encore citée par M. le docteur Leclerc.

LXXVIII. Coliocutio Friderici, regis Siciliœ , et mag. Arnoldi de Villanova; commençant par : Quia Iota sériés meœ narra tionis essenlialiter pertinet ad evangelicani vcritatem. . . Antonio, qui n’a pas connu le texte de cet écrit, l’intitule, d’après Du Boulay, Dialogus de rebus ecclesiasticis cum Frederico et Jacobo, regibus Aragoniœ et Siciliœ. Les deux titres con-

XIV* SIÈCLE

viennent également. De ce colloque nous avons déjà tiré tout ce qu’il contient sur la vie d’ Arnauld. Le reste n’a pas moins d’intérêt. Les témoins ne manquent pas pour nous apprendre quel était le trouble des âmes au commencement du xive siècle ; mais il n’y en a pas de plus sincères que le roi de Sicile et son interlocuteur.

Frédéric parle le premier. 11 a eu un songe, et, dans ce songe, il a vu sa mère qui lui disait : « Mon fils, je te donne « ma bénédiction, en exprimant le vœu que lu te consacres « tout entier au service de la vérité. » Ayant donc réfléchi sur ces paroles, il avait voulu d’abord, pour remplir le vœu de sa tendre mère , déposer sa couronne et prendre l’habit des clercs. Mais de nouvelles réflexions l’avaient détourné de ce dessein. Est-ce, en effet, parmi les clercs qu’il faut aller chercher les zélateurs de la vérité? C’est peut-être, en fait, ce qui les occupe le moins. Séculiers ou réguliers, ils n’ont vraiment souci que de leurs affaires temporelles; ils doivent l’exemple des bonnes œuvres, et ils donnent celui de tous les vices; l’habit respectable qu’ils portent leur assurant une entière impunité, il n’y a pas d’infidélités, de fraudes, de larcins qu’ils ne se permettent. Hélas ! il est trop évident qu’on ne peut rien contre eux, surtout contre les religieux et les moines. Si les évêques croient devoir leur adresser quelques réprimandes, ils en rient, protégés par leurs exemptions. Ils e'coutent encore moins les princes et les rois, déclarant n’être pas leurs sujets. Et, ce qui rend le mal plus grave, la cour de Rome, qui devrait avoir à cœur de réprimer ces grands désordres, les contemple avec indifférence. En cet état des choses, j’ai résolu, dit Frédéric, de ne pas entrer dans l’Eglise. Mais il y a plus : de méditation en méditation, j’en suis venu, je le confesse, à me demander si la doctrine évangélique est vraiment d’institution divine : Utrum esset humana inventio, vel divina Iraditio.

Arnauld , lui répondant, commence par discourir assez longuement sur l’opportunité des songes et sur les dangers qu’on peut courir pour en avoir dédaigné les utiles avertissements. Il raconte ensuite comment il a satisfait au désir

Ve SIÈCLE.

du roi Jacques en interprétant un autre songe, également significatif. Nous avons cité plus haut ce passage curieux, où l’on a pu voir avec quelle liberté, à l’occasion d’un songe quelconque, Arnauld donnait aux rois des leçons de morale. 11 s’explique enfin sur les conclusions que Frédéric a tirées du sien. Ces conclusions sont, dit-il , absolument fausses. Le Messie longtemps promis est venu; Jésus, fils de Dieu, Dieu lui-même, est descendu sur la terre pour sauver le monde en l’éclairant, et le livre où nous lisons sa doctrine ne contient rien qui ne soit la pure vérité. Ce sont là des choses qui ne peuvent être la matière d’aucune controverse; il n’est pas permis, il n’est pas possible d’avoir des doutes sur les principes fondamentaux de la religion, quels que soient les dérèglements, quelle que soit l’infidélité des hommes qui s’en disent les ministres. Ces désordres ont, d’ailleurs, été prévus; Dieu lui-même et ses hérauts ont annoncé la future corruption de l’Eglise, et, dans ces derniers temps, les papes Boniface VIII et Benoît XI ont reçu d’une personne divinement inspirée l’avis des grandes catastrophes qui doivent succéder à cet universel relâchement. Dans un écrit mis sous les yeux de ces deux papes étaient particulièrement dénoncés, comme étant les pires fléaux de l’Eglise, les Prêcheurs, qui travaillent de toute manière à ruiner l’autorité des évêques; les inquisiteurs, qui, sous de faux prétextes, poursuivent, dans quelques provinces désolées, les meilleurs des chrétiens , pour confisquer et s’attribuer leurs richesses; enfin les Mineurs, insurgés contre les lois dictées par le saint fondateur de leur ordre, qui, pour goûter en paix toutes les délices de la possession personnelle, exilent, emprisonnent ceux de leurs confrères qui les blâment. Mais cet avertissement n’a pas été écouté. L’un des deux papes a même injurieusement repoussé le dénonciateur, le prophète, en lui disant : « Mêle-toi de médecine « et non de théologie, je ferai cas de tes conseils. » Ainsi ce prophète qu’Arnauld ne nomme pas, c’était lui-même. Ce qu’ayant clairement indiqué, il poursuit à peu près en ces termes : Je vous ai dit ces choses, seigneur roi, pour vous

prouver que l’indulgence répréhensible de la cour romaine ne doit pas vous amener à douter de l’Evangile. Soyez, au contraire, d’autant plus ferme dans votre foi, que l’exemple d’une imperturbable constance vous est donné par celui qui fut le messager de Dieu vers ces papes oublieux de leurs devoirs. On l’a méprisé, conspué, emprisonné; on a dit de lui : C’est un fou, un séducteur, un possédé,- un hypocrite, un hérétique. Eh bien ! on n’a pas un instant ébranlé sa confiance dans les vérités révélées. Tout au contraire, de plus en plus convaincu qu’il parle au nom du Dieu qui ne se trompe et ne trompe jamais, il annonce hautement que, si l’Eglise ne vient pas à résipiscence, il y aura bientôt, avant que trois années soient accomplies, de terribles jugements, par lesquels, de l’orient à l’occident, tout sera consterné. — Je vous entends et je vous crois, réplique Frédéric; par vous Dieu vient de m’éclairer. Je resterai donc sur mon trône, en la condition que Dieu m’a faite, et j’y observerai fidèlement les prescriptions de la loi qu’il nous a donnée.

Arnauld le félicite d’avoir pris cette sage résolution; puis il lui dit : Si vous vouliez bien en faire part à votre frère, vers qui j’ai promis de retourner au plus tôt, je lui porterais volontiers votre lettre.

Ici finit le dialogue, que suivent deux lettres : l’une de Frédéric à son frère Jacques, l’autre de Jacques à Frédéric, l’une et l’autre également intéressantes. Les deux rois avaient été détournés de la bonne voie par des causes différentes : Jacques par son goût pour le faste et les plaisirs, Frédéric par sa philosophie. Les conseils d’Arnauld les avaient décidés tour à tour, l’un et l’autre, à redevenir humblement et simplement chrétiens.

Nous ne connaissons aucun manuscrit de ce dialogue. Francowitz l’ayant publié dans son Catalogus testium veritatis, p. 356-376, J. Wolf l’a donné de nouveau dans ses Lectiones, t. I, p. 565. Il fut communiqué, dit-on, au saint-siège, c’est-à-dire à Clément Y, la seconde des deux lettres étant datée de l’année i 309. Clément V n’avait pas l’humeur rigide; il permettait à chacun de lui parler très librement. Il est donc

Xiv' SIÈCLE.

possible qu’Arnauld ait osé mettre cet écrit sous ses yeux. On peut néanmoins douterd’un fait qui n’est pas certifié parun témoignage plus ancien que celui de Francowitz.

Nous croyons avoir achevé la nomenclature des écrits de toute sorte qui ont été imprimés, à tort ou à raison, sous le nom d’Arnauîd. Le nombre en est considérable; mais, pour la plupart, ils sont très courts. S’ils étaient tous réunis, ils n’occuperaient pas plus d’un fort volume in-folio, et ce volume serait bien réduit si l’on en séparait les œuvres manifestement apocryphes. Il nous reste à parler des traités que les manuscrits nous ont seuls conservés sous son nom, et de plusieurs autres qui, cités par les historiens ou les bibliographes, n’ont pas encore été retrouvés.

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