‹ Arnauld de VilleneuveChapitre 2 sur 23 · TOME XXVIII · texte numérisé non relu

TOME XXVIII

Xiv' SIÈCLE.

Çurita (G.), Anales, t. I, p. 298.

Abarca(P.),Los reyesdeArag.,t. I, p. 32 2 v°.

Germain , Hist.

de la coDim. de Montp., t. III, p. 2.

Calai. man.Angl.

et Hibern., t. III, n° ioo5. — Baluze, Vitæ pap. Aven. , t. I, col. i44o.

Baluze, Vit. pap.

d’Avicenne et de Rasés ; il ne cite guère Hippocrate et Galien sans citer en même temps leurs interprètes, et, quand il parut dans une chaire française, il fut le propagateur le plus applaudi des traditions de la science arabe. Ainsi l’on ne peut hésiter à croire qu’il acheva ses études médicales dans sa patrie, où l’on nous signale, après la «conquête aragonaise, beaucoup de musulmans convertis, ou feignant de l’être pour vivre en paix avec les vainqueurs dans un pays si riche, sous un ciel si clément.

Arnauld était, en l’année 1 2 85, un médecin de grand renom, quand il fut appelé près de Pierre III, roi d’Aragon, très gravement malade à Villafranca. Le messager envoyé près de lui le trouva dans la ville de Barcelone. C’est là, du moins, ce que rapporte l’historien Jérôme Çurita : Y allifue de Barcelona el maestro Arnaldo de Vilanova, que era nno de los mas famosos medicos que huvo en sus tiempos. Le P. Abarca, de la compagnie de Jésus, raconte le même fait à peu près dans les mêmes termes. Arnauld eut le regret de ne pouvoir sauver le roi.

Il est constant qu’il vint ensuite habiter Montpellier, peut-être en l’année 1289, quand fut instituée funiversité de cette ville. U11 assez grand nombre de documents prouvent même qu’il y fit un long séjour. Nous lisons dans un manuscrit de Paris qu’il y composa l’un des plus estimés de ses écrits, les Paraboles. Thomas James et Baluze ajoutent, d’après un manuscrit d’Oxford, qu’il publia dans la même ville son Regimen sanitatis, dédié au roi d’Aragon. Hésite-t-011 à se fier au témoignage des copistes ? Dans un appel qu’il fit au pape, en l’année i3oo, Arnauld prend la qualité à'habitator Montispessulanus. Nous sommes encore informés par lui-même qu’il exerçait dans cette ville la profession de médecin. Il raconte, en effet, dans son Bréviaire de médecine pratique (livre I, chap. xxxvm), que, soignant à Montpellier un homme mis en péril de mort par une hémorragie continue, il le vit subitement guérir par une bonne femme qui avait un secret. Enfin, suivant les termes d’une bulle de Clément V, citée par Baluze £t par Astruc, non seulement

XIV* «ifcci.E.

Arnauld pratiqua la médecine à Montpellier, mais il l’enseigna, et l’enseigna longtemps, diu. Riolan dit, il est vrai, que cette bulle est fausse. C’est lui qui s’est efforcé de tromper les gens , par esprit de dénigrement contre une école rivale de la sienne. La bulle qu’il rejette est très authentique, et, dans une autre bulle du même pape et du même jour, Arnauld et son confrère Jean d’Alais sont mentionnés tout à fait dans les mêmes termes : Qui diu olim rexerunt. . . in studio prœlibato , c’est-à-dire in studio Monspeliensi. La ville de Montpellier a d’ailleurs pieusement conservé, durant une longue suite d’années, le souvenir de cet hôte illustre. On montrait encore, au temps d’Astruc, dans la rue du Campnau, en face du couvent des Capucins, la maison où, disait-on, il avait demeuré. C’était une maison ornée de figures sculptées, où l’on croyait voir des emblèmes magiques. Mais il n’a point été, comme l’assure Vignier, chancelier de l’université naissante de Montpellier. On ne s’explique même pas comment Vignier a pu donner quelque crédit à cette erreur. Assurément Arnauld était, selon le langage du temps, un clerc, puisque tout maître faisait partie d’un corps clérical; mais il n’était pas, comme nous disons, homme d’Église, clerc gradué, prêtre ou diacre, et ne pouvait en conséquence avoir mandat du pape pour conférer la licence ou le droit d’enseigner. On sait que les chanceliers étaient ordinairement pris parmi les chanoines.

Arnauld de Villeneuve se trouvait à Paris en l’année 1 299. Il y était venu chargé de quelque message pa le fils aîné de Pierre III, Jacques II, roi d’Aragon. Si nous ignorons l’objet de ce message, nous ne pouvons douter du fait; dans une lettre au roi Philippe, dont nous ferons tout à l’heure connaître l’objet, Arnauld se dit lui-même : Ego magister A., dictus de Villa Nova, non ut Arnaldus, sed ut nanlins inclyti principis et illustris consanguine i vestri, regis Aragomæ. Ayant rempli sa mission près du roi de France, Arnauld avait pris congé de lui. Il n'allait pas retourner immédiatement à Montpellier; un ordre du roi d’Aragon l’envoyait

Aven., t. Il . p. 1 65.

— Aslrur, Milm. .

Germain, Ilisl.

lu la comm. (le Montp. , I. III.

Astruc , Ment. .

Vignier, Biblioi.

Iiist., t. III , p. 443.

maintenant vers l’archevêque de Toulouse. Il se disposait donc à partir pour la ville capitale du Languedoc, à la fin de décembre, le samedi venant après la fête de saint Thomas, quand, la veille de ce jour, vers le soir, il fut mandé par l’official de Paris, qui désirait, disait-il, l’entretenir un instant. Une telle invitation pouvait sembler inquiétante. Arnaukl hésita d’abord à suivre le clerc envoyé par l’official ; mais ce clerc insista si poliment et si vivement, qu’enfin Arnauld le suivit. Il aurait dû persévérer dans sa méfiance. Doué d’un esprit libre, novateur et conséquemment rebelle au frein de l’Église, Arnauld s’était fait des ennemis, non seulement parmi les religieux, que, pour sa part, il n’aimait guère, mais encore parmi les clercs séculiers, auxquels il n’avait pas l’habitude de témoigner une suffisante déférence. Sa présence à Paris ayant donc causé de l’émoi parmi les théologiens , quelquesuns d’entre eu'x avaient résolu de ne pas négliger cette occasion de lui faire un mauvais parti. A peine introduit chez l’official, il fut arrêté.

L’affaire était grave. Quatre ou cinq maîtres en théologie étaient venus à l’officialité dénoncer l’envoyé^du roi d’Aragon comme auteur d’un écrit où se trouvaient, disaientils, les prophéties les plus effrayantes pour les fidèles et les plus outrageantes pour l’Église. Interprétant à sa manière le livre de Daniel et quelques dits non moins obscurs de la sibylle d’Érythres, il avait entendu prouver que l’Antéchrist devait apparaître vers le milieu du nouveau siècle, pour mettre à néant l’établissement de Jésus, des "apôtres et des papes. C’est pourquoi l’official l’arrêtait, comme prévenu d’erreur, d’impiété, de blasphème, crimes définis par les lois ecclésiastiques. Chauffepié conteste qu’Arnauld ait jamais fait des prédictions quelconques touchant la venue de l’Antéchrist. Nous voudrions que Chauffepié, rarement exact, le fût en ce cas. Mais de ces prédictions, plusieurs fois reproduites, il existe au moins un texte authentique. Ayant eu la bonne fortune de le rencontrer, nous montrerons qu’il contient à peu près ce que les maîtres en

il Ve .SIÈCLE.

théologie prétendaient y avoir lu. Arnauld s’avouait, d’ailleurs, l’auteur de l’écrit qu’ils mettaient à son compte, mais il s’en excusait en disant qu’il n’avait pas tenté le premier de résoudre le grand problème de la fin des temps. On l’appelait faux prophète. Il n’a pas manqué de faux prophètes contre qui l’Église n’a pas invoqué les rigueurs de la loi. Pourquoi donc lui faire un crime de ce qu’on a permis à tant d’autres ?

Arnauld comptait ou, du moins, croyait pouvoir compter parmi ses amis Gilles Aycelin, archevêque de Narbonne, alors présent à Paris. Il l’informe, la nuit venue, de son arrestation, et celui-ci fait prier l’official de relâcher son prisonnier. Mais ce fut une vaine prière. Le lendemain, Arnauld réclame l’intervention de quelques autres personnages. A son appel se rendent le vicomte Aimeri de Narbonne, G. de Nogaret et maître Alfino de Narni, légiste1, clerc du roiî qui s’étonnent de le voir soupçonné d’un méfait quelconque et sollicitent sa mise en liberté. L’official l’accorde enfin, mais sous caution. La caution sera de trois mille livres. Si forte quelle soit, les personnages cités garantissent quelle sera fournie.

On instruit le procès avec la lenteur ordinaire, et, quelques mois après, l’accusé comparaît devant l’évêque de Paris et tout le collège des maîtres en théologie, étant présents comme témoins l’archevêque de Narbonne, maître Richard Leneveu, archidiacre d’Auge en l’église de Lisieux, le vicomte Aimeri, les sieurs G. de Nogaret et Simon de Marçay, chevaliers , avtec une foule de clercs, plus ou moins passionnés contre l’accusé. Les accusateurs ayant extrait quelques passages de l’écrit par eux dénoncé, le chancelier de l’église de Paris remet entre les mains d’ Arnauld une cédule contenant ces passages, et lui donne l’ordre d’en faire la lecture à haute voix. Arnauld proteste, alléguant qu’on ne peut juger un livre sur des phrases tronquées. Ce que lui fait dire la cédule n’est pas ce qu’il a dit; il fallait l’appeler

' Un titre de l’église de Narbonne qui se trouve dans la collection de Doat, à la Bibl. nat. t. LI, fol. 98, lui donne le titre de Jurisperitus.

Hibt. litt. de la France, t. XXVI, p. 539.

XIVe SIÈCLE.

Antonini Chr.

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