C. XLV
celles qui sont propres aux autres parties du corps, le troisième des maladies des femmes , le quatrième des fièvres. Il a conservé longtemps l’estime des praticiens. On en connaît cinq éditions séparées. La première fut publiée à Milan, en 1 483 , in-fol. , parles soins de Christophe de Ratisbonne. Les deux suivantes sont de Venise, 1 49 4 , 1 497 , également in-fol. On en cite enfin une autre de Lyon, 1 532, publiée par Jacques Myt. Arnauld a, dit-il, composé cet ouvrage loin des cours et des villes tumultueuses, dans une retraite tout à fait propice au travail de l’esprit, un monastère cistercien, qu’il appelle en latin Domus nova (lib. II, c. xxvi). N’est-ce pas Casanova, au diocèse de Turin? Tiraboschi souscrit sans hésitation à cette conjecture.
Tout n’est pas grave dans ce Bréviaire. Voici, par exemple, le récit d’une guérison par un procédé bizarre. « Un prêtre, «dit Arnauld, me guérit aux mains plus de cent verrues « de la manière que je vais dire. Quand je l’allai trouver, il « commença par toucher de ses mains mes verrues et à faire « sur elles le signe de la croix; puis il me dit : « Va, tu seras «bientôt guéri. » Ensuite il se dirigea vers une pariétaire, «et, s’étant agenouillé devant elle, il récita toute l’oraison «dominicale; mais, au lieu de la terminer par : « Délivre- « nous du mal, » il dit : «Délivre maître Arnauld des poi- « reaux et verrues qu’il a aux mains. » 11 cueillit ajDrès cela les «cimes de trois tiges de la pariétaire, en disant trois Pater « noster, et plaça ces trois cimes à terre dans un lieu humide «et retiré; et, quand elles commencèrent à ,se flétrir, mes « verrues commencèrent à se guérir. Ainsi j’en fus totalement « débarrassé dans l’espace de dix jours. » Rabelais doit avoir lu les œuvres d’ Arnauld lorsqu’il étudiait la médecine à l’école de Montpellier. On s’étonne donc, s’il est bien l’auteur du livre V de Pantagruel, qu’il n’en ait pas tiré cette recette pour guérir les verrues; elle vaut, en effet, tous les spécifiques cités au chapitre xxi, comme employés avec un égal succès par les officiers de la reine de la Quinte-essence. On trouve encore dans le même Bréviaire : Oratio bona contra squinaritiam : Domine Jesu Christe, vere Deus noster, per
Ibid., lib. Il, c.i.
XIVe SIÈCLE.
virtutem nominis lui Jesu et per orationem servi lui Blasii liberare digneris A.,famulum tuum. . . Nous citons ces passages pour montrer quel était, en ce temps, le désaccord des idées, même dans les meilleurs esprits. Assurément Arnauld de Villeneuve était un homme relativement éclairé, qui, zélé pour la' vérité , pour la science, faisait profession de dédaigner les superstitions populaires; et pourtant il croyait à l’efficacité de telles recettes, l’ayant, dit-il, éprouvée.
D’autres remarques sont à faire à l’occasion de ce traité.
La première phrase, dont nous avons reproduit quelques mots, est ainsi conçue : Post obitum bonæ memoriæ magistri Johannis Calamidœ, medicinalis scientiæ professons reverendissimi, domini mei et magistri specialis, ego quoddam opus ui practica medicinæ compilare proposui. Quel est ce Jean Calamida?
En quelle ville enseignait ce professeur de médecine, autre- Sprengei, Hist
fois illustre, comme il paraît, et maintenant tout à fait in- pG 4 3 Ho êf er
connu , dont Manget lui-même ne parle pas ? Quelques-uns Biogr. gén.. t. in
le placent à Montpellier, M. Hoëfer à Barcelone, mais par c°‘279'
conjecture. Or c’est toujours à Naples que le Bréviaire nous
le montre traitant ses malades. Nous lisons au livre II,
chap. xli ; Memini me vidisse Neapoli plures asciticos guos ma-
gister meus curabat temporibus meis , quando cum eo sludebam;
un peu plus bas, dans le même chapitre : Magister meus
mittebat liydropicos ad sudatorium prope Neapolim; enfin, au