rère : parère ; infinitif -roir ; futur -rrai
rire :ferîre, * mortre, * gwarîre ; infinitif -rir ; futur -rrai^,
5. cère : jacère * ; infinitif -gésir ; futur *jaisrai, gerrai,
cire, gire : exire, * escire ; infinitif -issir ; futur -israi, istrai ; ftigîre, infinitif \fuïr ; futur — fidrai [=zftiyrai) *.
Il n'existe pas de verbes en ire correspondant aux verbes en père, hère, vère ; * sapère, dehère, movère, pluvère, * sluvère (esfovoir).
Jusqu'ici la parité est complète ; le traitement de î est identique à celui de è, La parité cesse dans les verbes mentir, sentir, partir, sortir, servir, dormir, vestir, offrir souffrir (offerire), ovrir covrir, mots dans lesquels la terminaison latine rire est précédée des groupes nt, rt, rv, rm, st, fr, vr. Mentrai, sentrai, partrai, sorfrai, servrai, dormrai, offrrai, ovrrai, étaient trop durs ; si nt-c se réduit à ne dans monticel- Ivm, monceau, rt-c à rc ôslus par ticella, parcelle, rm-t A rt dans dormiforium, dortoir, il n*en est pas de même pour les groupes nt-r, rt-r, rv-r, rm-r, st^,fr-r, vr-r, où la troisième consonne est une liquide, qui n'entraîne pas, comme le ferait une muette, la chute de la consonne précédente, L*eupbonie a donc exigé le maintien d'une voyelle intermédiaire, tout comme dans suspicionem sospeçon, nutritionem norreçon, et cette voyelle, qui primitivement a dû être un e, est redevenue i sous l'infiuence de Tinfinitif. La langue de nos jours a le sentiment très
1 Je ne connais pas d'exemples en ancien français du futur de bouillir,
* Manere a toutefois donné un infinitif maindre d'où peut ôtre sorti le futur.
s 11 se peut que pour la série rère rire, la chute de Ve et de Vi au futur soit due a la présence des deux r : cf« comparer, comparerai eomparrai, etc.
* Quoique les verbes rapprochés dans ce n*» 5 ne traitent pas de la même manière les groupes de consonnes, ils s'accordent à faire tomber V9 et 1'?, et cela suffit pour légitimer notre rapprochement.
^ Fugire donne régulièrement fu-lr ; de leur côté, {je) fui (en une syllabe] de fugio^ (je) fuirai [en deux syllabes] de fug{i]ràbeo sont tout aussi réguliers.
T. II. g
net de la parenté du futur avec Tinfînitif ^ ; à plus forte raison la langue primitive. Yoiià comment il se fait que de la foule des verbes en ire^ un petit nombre seulement a pu se soumettre à la loi de la chute do la protonique longue ».
Les futurs en tra/ représentent la double influence des g^roupes et de Tanalogie. Dans le^ diverses exceptions que nous allons examiner, lanalogie seule agit. Dans les substantifs ou adjectifs tels que amiable^ félonie felenie felenesse, charbonnier^ doloros^ amoros^ vertuos^ langoros^ etc., la protonique a dû sa conservation à Taction de la tonique de ami^ felon^ charbon, dolor, etc. Non pas que doloros par exemple doive être considéré comme un dérivé de création française : car il est invraisemblable de faire de ce mot, non la transformation du latin dolorosus, mais une forme nouvelle, originale, tirée de doîor. Les chosei se sont passées autrement. A l'époque du latin populaire où la protonique brève ou longue, avant de tomber, s'était réduite au son do e féminin, à Tépoque où Ton disait dolerôso, pour dolôrésum, les populations romanes, reconnaissant la parenté de ce mot avec dolàre [= do^ lôrem). Tout soustrait à l'action des lois phonétiques qui eu devaient faire doïroSy doidros. C'est ce qui explique ppurquoi, dans les formes dérivées do ce genre, on voit le plus souvent un e féminin, doleros, ameroSy langueros^ felenie, etc. La langue pouvait à chaque instant rapprocher les dérivés des simples ; elle les sentait et par suite les maintenait parents.
Même action dans les verbes dérivés de noms ou d'adjectifs : coro^ ner, deviner^ deviser^ enchaener, honoi'er honerer*, jeûner juner^^ marier^ me7idier*, moneei\ oblier^^ etc. La présence des simples comme corone, devin, devis ^ devise, cJiaeine, honor, jeun jun, mari, menais , moneie, obli, elc, agissait, dès l'époque latine, et à tous les moments de Texistence de ces mots, pour protéger la tonique. A cette action
> On entend souvent dans le peuple : jt trouverai, je changerai^ par suite d^une action de Tinflniiif en er sur le futur.
* Le recueil des inscriptious de TAlgérie de M. L. Renier porte au n» 3974 le nom Honoratus^ Honoratai» M. Louis Havet, qui a collationné le texte de celte inscription sur loriginal déposé au Louvre, m'assure qu'il faut lire HONËRA.TUS HONKliÂTAl. C'est un exemple à ajouter aux trois exemples cités par Schuchardt [VokalismuSf II, 214] d'après des inscriptions italiennes. Si l'e de ces formes nVst pas long, on peut rattacher honos-oris à onus ëris. eu vieux iAdix honus-honëi is (L. Ilavet). Cf. les deux signiûcations du mot français charge, La forme honërare rendrait compte des formes italieuues, espagnoles, provençales honrare^ honrar, hondrar; (outefuis elle no peut valoir pour le frunçais honorer ou honerer qui repose sur honôrâre,
> De jéjunum on a tiré, par chute de la première syllabe, jun ; par chute du j médiai^jtUn; de même jpour juner, jeûner,
* Mendier n'est pas même un dérivé de tnendicare, conservé sous Tiniluence de mendié^ de mendicus. Mendier dérive de mendis par l'intermédiaire du suffixe (care, • Ne nuz suiens eunduiz a hendkikr ■, lit-on d%us leMoland (v. 46).
* Dans oblier a pu se faire sentir encore Taclion du groupe bL
s'ajoutait d'ailleurs celle des formes verbales ayant l'accent sur le radical verbal, je corom, je devine, je devise, etc.*. Que Ton comparo mémorial mémoire et memordre^ memhrer à corôna corone et coroftare eoroner, on reconnaîtra Tinfluence puissante do l'analogie qui maintient parents corone et son dérivé verbal, mais refuse d'agir sur memoria et memôrare parce que radical et dérivé sont déjà quelque peu éloignés l'un de l'autre, que mémoire ne rappelle pas directement memerer, qui peut dès lors devenir memrer, memhrer^,
4^ M. Storm avait reconnu cette influence des mots simples sur leurs dérivés, comme aussi l'action des groupes ; mais il l'a appuyée sur des exemples inexacts : avarice^ mot savant, et sentiment (ou plutôt sentement) qui présente une autre particularité qu'il nous faut maintenant étudier.
La protoniquo latine è, î, parait se maintenir sous forme d'é féminin dans des mots tels que sentement, par tement, tellement, etc., mots qui semblent appartenir à la première formation de la langue et remonter à des dérivés du latin vulgaire senttmentum, partîmejitum, tenèmeii^ tum, etc. Ici on est dupe des apparences, et Ton ne tient pas compte d'une action générale qui a modifié la dérivation française. Les suffixes mentum, torem, itira, iiciiis, hilis, se sont attachés dans la période française, dès Tépoque primitive, au thème du gérondif ou du participe présent. Or, au participe présent et au gérondif, la première conjugaison a exercé une action si forte sur les autres conjugaisons qu'elle leur a donné ses formes propres : chantant de cantantem; de même Jforiss* antt part-ani, vend-ant. Il en a été de même pour les formes dérivées en menty or, ure, iz. Me; c'est à-dire que les suffixes amentum, atoreni, attira, aticiiis, abiîis, à l'époque sans doute où ils étaient affaiblis en ement^ edor, ediz, edure, ahle (ou en quelque autre forme plus ou moins archaïque), se sent généralisés, et sont devenus les types de suffixes pouvant s'adapter à toutes les conjugaisons.
Suffixe msnt : noisement (Raschi), esjoïssement (Psautier d'Oxford, p. 241), frémissement (id., p. 248), de^fendement (Aliscans, 1238, 5737), rajo7îissement (id., 5709), conoissemant (Amis, 1299), mescroiement (id., 1318), et tous les dérivés populaires en issement, nous reportent
* Pourquoi la langue se décident elle i conserver la protonique dans tels mots (coroner, honorer, elc), alors qu'elle la fait tomber dans tels autres qui se présentent dans les mêmes conditions, ce semble [raisnier à côté de raison] ? Cette question dans l'état actuel nous paraît insoluble ; c'est un problème de psychologie du langage. Comment arriver à pénétrer dans les conceptions les plus délicates d'un idiome comme le latin populaire, que la science ne reconstruit qu'à force d'indue^ tions ?
* D'ailleurs la diOerence de signification {memôrare tendant à prendre un sens impersonnel) et les formes comme mémorai, qui ne peut donner que membre, ont aidé à la dÎTergence dos deux mots.
incontestablement à un type amentum. Pavimentum, vestîmentum, et les analogues sont donc devenus dans le latin populaire quelque chose comme pavamentum, vestamenium, ou plutôt comme pavemeyiio, vestemento, C'est ce que confirme encore la forme paver qui a été tirée du substantif. De là le suffixe ement qu*on retrouve dans garnement, marrement, hardement et autres mots d'origine non latine * .
Suffixe orem. Que Ton compare les mots lierres et ravissieres ou doneors et preneors dans les vers suivants :
Parfois si g'esloie orc lierres
Ou trais Ires ou ravissieres (Rose, 1517-8).
Dons doDCDt loz as doneors
Et empirent les preneors (Ibid., 8278-79),
Ton saisira sur-le-champ le vrai caractère des suffixes. Lierres est Idtro ; ravissieres est * rapisc-dtar, de * rapisc-antem. Doneors et preneors supposent tous deux donedors et prenedors, c'est-à-dire donatores de donantem ei*prenatores {*prendatores), de *prenanfem [*prendantem) De même pour les formes comme conoissiere conoisseor, faisière (= *facidtor) faiseor, et les dérivés populaires en isseur, qui s'appuient sur les formes en i8sa}it = isc-antem*.
Suffixe ura. Raschi dans ses glosses a les mots hatedure, premedure qui ne peuvent s'expliquer que par le sutfixe atura [baiiatura, prematura), étendu à ces verbes d'après l'analogie qu'on reconnaît dans hâtant = hattantmh pour batueniem, premant = premantem pour prementent. Le vieux français vesfeiire (Amis, 19*78) remonte également à vestedure vestatura et vient confirmer lorigine de vestement. Même origine encore pour les dérivés populaires en issure (isseure issadura) = isc-atura d'après isc-antem.
Suffixe icîws. Les dérivés batediz (Raschi), abatéiz, feréiz, etc., ne peuvent également être rapportés à des tj^pes batiuticius y feriticius ; il faut 7 voir une extension analogique du suffixe alicius que contiennent ploréiz, sondz, coléïz, levëiz, tornéiz, etc.
Suffixe abilis. Même extension dans les exemples comme credable (Psautier d'Oxford, xcir, 7) d'où croyable, qui tranche nettement avec le latin credibilis, metable (Ruteb., dans Littré) et les adjectifs populaires en issable: aparissable, de apar isc-antem.
Ces diverses formes montrent la puissante action exercée par la
> Peut-être est-ce là qu'il faut chercher rexplicalion de Vempedement (empedimentum^ * empedamentum) de la Cantilèoe de sainte Eulalie. Toutefois rabsence d'ua mot romaa itnpedter, impedantem rend cette explication douteuse. D'ailleurs ou ne peut guère séparer ce mot des diverses formes, si obscures encore, de empechier (voir plus haut, p. 105).
* Ce que nous disons de or doit évidemment s'appUquer à oir sa edoir, atorium.
dérivation de la première conjugaison sur celle des autres conjugaisons. A part un certain nombre de dérivés en ura, or^ icius^ etc., tirés de supins ou participes forts latins qui vivaient comme adjectifs ou comme substantifs dès le latin populaire, et qui ont pu prolonger leur existence à travers l'époque romane et môme jusqu'à nos jours, sans recevoir Tatteinte de ces vastes actions analogiques', la plupart des verbes de la seconde et de la troisième conjugaison ont vu leurs dérivés se soumettre à ces formes de suffixes qu'a fournies la première conjugaison. De la sorte, pour en revenir à l'objet môme de notre étude, Ve que renferme ces suffixes ne représente ni un ^, ni un * bref ou long primitif, mais un à'.
Résumons ce chapitre m : è^ f, ô, tombent ; protégés par un groupe, ils sont généralement représentés par un e féminin. Cette loi phonétique est contrariée par l'action analogique des mots simples sur les mots dérivés, et l'action analogique des dérivés de la première conju«* gaison sur ceux des deux autres.