‹ Arsène Darmesteter: Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 22 sur 41 · EN ROMAN · texte numérisé non relu

EN ROMAN

Dans les études romanes, quand on se trouve en présence de formes obscures, susceptibles d*explications diverses^ il y a une tendance à faire prédominer la dérivation phonétique sur la dérivation analogique, tendance du reste fort légitime et qui prouve en faveur des méthodes rigoureuses que les romanistes mettent en usage. Si d*une forme donnée, on n*a à présenter que des explications simplement vraisemblables, rhypothèse qui la rattachera à un type antérieur d'après les lois inflexibles de la phonétique aura certainement un caractère de sûreté qu*on ne pourrait reconnaitre à celle qui fait appel aux actions, toujours un peu flottantes et libres, de Tanalogie.

Voici un cas où il faut décidément abandonner Tétymologie phonétique. Les efforts des romanistes ont porté, — et en vain, — sur cet énigmatique liii^ illui qui jusqu'ici a échappé à toute dérivation directe d'un type latin. M. Tobler, avec la sûreté habituelle de son coup d'œil, a vu que c'était une erreur de méthode que de ramener à une étymologie quelconque cette forme irréductible, et a affirmé que lui est dû à l'action analogique de cui.

Après avoir vigoureusement réfuté les étymologies de Schuchardt qui ramène iUui à ilUus^ et d'autres qui le ramènent à iUum-hiCy iïUhuiCt etc., il déclare que dans les formes pronominales en -t/i, il faut voir uniquement un transport de forme « du pronom interrogatif cwi aux > pronoms qui y répondent. Il était certainement facile d'arriver à )> faire convenir à la forme du mot interrogatif la forme de la réponse

Dans la péninsule ibérique, les choses se passaient aùtrenoent. L*usage d*un adjectif ciâus cuia cuitan^ conservé uniquement dans cette province, oublié dans tout le reste du domaine roman, avait rendu inutile le datif m*, lequel naturellement disparut. Le relatif fut donc représenté uniquement par deux cas, le sujet accentué quiet le régime direct quem^ qui, accentué, devint en espagnol quien^ en portugais quem, et atone, devint que dans les deux langues. De là le relatif archaïque de Tespagnol et du portugais. Les textes anciens en effet connaissent un pronom sujet accentué qui^ employé absolument ou interrogativement. Qui buen mandadero enhia, ial deve sperar^ Poema del Cid, v. 1458. — Demas qui lo cohris non auria pavor, Alex., str. 92. — Todos los sus miraglos, qui los podia coniar^ S. Dom. de Sil., str. 384. — Qui samrlos quisiesse busqué escrividores, id, 386. — Como qui su négocia a tan bien recabdado^ id. 396. — Qui !a vida quisiere de San Millan saber. . . , S, Mill., str. 1. — Demandons qui eran. . ., S. Oria, str. 31.

Ce pronom qui a disparu dans la langue moderne, et c'est quien^ quem, et que, les deux formes, accentuée et atone, de Taccusatif, qui en ont pris la place.

Ainsi le latin populaire d'Espagne avait réduit sa déclinaison aux doux cas suivants :

Formes accentuébs. Forme atonb.

Sujet gui —

Régime guem que{fn)

Arrivons au pronom ilJe. Ici aussi nous avons une double division : d*un côté, en Espagne, deux cas ; de Tautre, dans le reste du domaine roman, trois cas, avec un accusatif accentué emprunté d'un datif tonique.

Page 1