‹ Arsène Darmesteter: Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 27 sur 41 · ILLB ET QUI EN ROMAN ITS · texte numérisé non relu

ILLB ET QUI EN ROMAN ITS

le ment, une idée de masculin. Qui n'a donc pu agir que sur le masculin. De là la déclinaison romane de illa. L'italo-gallo-roman a un caj nominatif-accusatif tV/a et un cas indirect illœius ou i'im^ pour les formes accentuées, un datif [iljli et un accusatif [il;la[m) pour les formes atones. De là l'italien ella et Ui, le provençal elha et lieis^ le français elle et lie lei li pour les formes accentuées *, et l'italien li gti la, le provençal îi ilh ill, la, le français K, la pour les formes atones. L'espagnol et le portugais, qui n'avaient point de datif accentué dans la déclinaison masculine ille (parce qu'ils n'en avaient pas non plus dans celle de qui)^ n'en ont pas eu dans la déclinaison féminine illa, et la forme éZ/a a servi au sujet comme au régimo direct et au régime ^prépositionnel. Seules les formes atones illi et illa ont dû se maintenir -et en effet se sont maintenues : li [le) la ; Ihi [Ihe) a.

3^ Observations analogues pour le pluriel. L'italo-gallo-roman, sans plus s'inquiéter de qui^ qui avait ijerdu son pluriel, disait ///*, illorum, illos, sous l'accent, et atones illorum, illos. Pourquoi illorum et non mis? Parce que, ayant depuis longtemps perdu Tusage syntactique de possessif de la pluralité que poisédait suus, aua^ suum, il avait remplacé ici son adjectif possessif par le génitif du démonstratif tllorum ; il était dès lors inutile de garder illis à côté de illorum, et celui-ci en prit la place. De là le français i7, lor, eh eux, le provençal ilh, lor, elhs. Quant à l'italien qui dit egliijio), loro, a loro, il n'a pas de forme correspondante à illos parce que illos eût donné egli qui se serait confondu avec le sujet (gli^. Hors l'accent, illorum et illos se maintiennent partout : français et provençal lor, los les, italien loro, gli li. — Au fémi-

1 Nous adoploDS ici Téiymologie de M. Thomas illae + ^* pour l'ital. et le fr., illa -\- iu8 pour le prov. Il est a remarquer en eOet que le géailif laiin illius = illi -fius et le datif latin illi = illo -4- ei ne sont etymologiquement que des masculius. Le latin classique, ayant, dans celte combinaison, perdu le sens d'un masculin primitif, à étendu celte forme au féminia, alors que la langue vulgaire, plus logique et plus conservatrice, aura dit régulièrement illa -f- <f^ ellèius (conservé par le provençal) et illa + fi ^H^i (retenu par l'italien et le français). M. Thomas cite le ipseius du C /. L., 111, 287. On peut y ajouter le illae d*une inscription de Pompéie, C 7. L,, IV, 182, qui montre le maintien du datif iéminin primitif correspondant à l'archaïque masculin illo^ et le illei et le ipsti du Corpus, 1, 1194 et 20 j, qui, ce semble, confirment le illei déjà signalé par M. Paul Meyer [Romania, Xl, 163] dans une inscription du premier siècle conservée à Poitiers (v. BuUet, des Antiq» de France^ 1873, p. 82 et suiv.).

— Le maintien du datif atone masculin et féminin illi, dans le français masculin et féminin li atone, et la réduction de Ui tonique à un /» féminin tonique, donnent donc une seule et mÔme forme li qui, masculine, est toujours atone, et féminine est tantôt atone, tantôt accentuée. Ainsi ce n'est pas le même ^t qu'on trouve dans les deux phrases : li parle [=3 à elle) ti je parle à li (»: à elle). Dans tous les vers du vieux français qui ont un li à l'accent rythmique (fin du premier hémistiche ou du vers), ce li est invariablement un féminin, et représente par suite illèi illae -f- ^**

* Le provençal olTre un moyen terme entre le fr. et Tilal., car il dit aussi bien lor, de lor, a lor que elhs, de elhs, à elhs : il y a eu confusion entre les deux formes et assimilation comme au singulier [voir plus haut). En vieux français, dans des textes

nin illaa (siget et rëgime) et illorum^ substitut de illarxm^ donnent de même à l'accent elJe[7io], loro ; eîles^ leur ; elhas^ îor^ et atones, fe, loro ; fea, îor] las^ lorK

Dans la péninsule ibérique, le maintien de smis sua auum comme possessif de la pluralité rendît inutile illorum qui disparut sans laisser de trace. Dans les formes toniques, par suite, le nominatif se confondant avec l'accusatif, on n*eut plus que illos illas comme pronom unique qui rendit à lui seul les fonctions diverses que le français exprime par i7, îeur^ eux ou elles, leur et que Titalien rend par egli, elle et loro. Dans les formes atones, illis reparut naturellement, comme au singulier, à côté de illos^ illas : lis les, Ihis Ihes, los las»

Ainsi s*expliquent, par le jeu libre d'un développement que ne gênait pas l'action de qui, les formes diverses, et en apparence irréguliéres, du pluriel il H et illas.

4^ Il va sans dire que qui a agi soit directement, soit par l'intermédiaire de ille illi, sur eccille eccilli = icil et sur iste et son composé eccisle eccisli=i€ist, d'où le datif masculin en -m (et féminin en -«*, ce qui semble indiquer l'action indirecte de illa). Pour l'accusatif, le départ des formes accentuées et atones offre trop de complications pour affirmer dès Tabord qu'elles suivent le sort de quem cui et de illum illui.

5^ L'article dans le vieux français indique un primitif tV/i : on avait proposé pour rendre compte de cet illi un type illïc^ et M. Foerster a signalé ' les impossibilités phonétiques de cette forme. Lui-même n'a pas cru pouvoir rendre compte de ce li autrement qu'en admettant une réaction du nominatif pluriel sur le nominatif singulier. Toutes ces difficultés seront désormais écartées ; et il résulte en même temps du fait la preuve matérielle que la formation de l'article est postérieure À l'action analogique exercée par qui sur ille ; ce qui n'a rien de surprenant du reste, car le changement de ille est latin et l'article est de formation romane.

[Mélangée Renier, Î887, 146-157.)

bourguignons, on trouve des traces de cette confusion : contre lor, in illos ; en eoMt0 /otrr, in eis (Èomaniat Vil, 226).

1 Si on français illoi'um atone est représenté par leur et non /dur, il faut y voir une influence de illorum au sens possessif qui était habituellement accentué [la leur ehoi^ et l'est encore comme pronom possessif : le leur,

* Zeit$ehrift fur romaniaeU Philologie, 111, p. 493.

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