L[atin) : t = Turpin ; c = Carmen de prodiciono Guenonis
Cette notation prëcenlo le défuut d'alTecter les capitales simples à un double emploi, désignation des mss. (O, V, B, M, P, C, L, F) et désignation des genres ou groupes
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dumi. (b Châtcauroux ou du ms. tb Voiiiso qui no sjut pas représentés dans Tautre texte. Los nîot3 absents diiui le nis. do Venise qui manquent dans des vers prcsoiits sont indipiés par dei tirets. 'J out cela forme un système plus compliqué en apparence qu'en réalité, et dont on se rend maître aiscz vite.
Cependant, il eût été préférable que M. Foorstor, au lieu do donner
la collation de V, eût reproduit exactement le texte comme il fait pour
C. Le relevé des variantes d un ms. par rapport à un autre ne va pas
sans de nombreuses erreurs que ne comporte paj la simple reproduction
diplomatique du texte ; car ce dernier travail n'exi^^c qu'une attention
ifimple et continue, qui permet facilement d'arriver à une grande
rigueur do copie. L'autre travail au contraire impose à l'e^piit de se
partager entre deux efforts d'attention diflorcnts ; de là des chances
sérieuses et beaucoup plus grandes d'erreur. M. Foerster a fiiit réviser
ses épreuves sur le ms. par le bibliothécaire de la Marciana, M. le
comte Soranzo ; jusqu'à quel point est-il sûr de la justesse et de Texac-
titudc do la révision ?
Nous no pouvons guère résoudre cette question, n'ayant pas les manuscrits sous les yeux. Nous connaissons la compétence de M. Foerster et le soin avec lequel il a l'habitude de travailler, et nous voyons là dos garanties sérieuses d'exactitude et de rigueur. Toutefois, en comparant çâ et là quelques passages de ses textes avec des fragments des mss. do V et de C, publiés par d'autres savants avant lui, par exemple, par fou Th. Millier dans son édition de la Chanson de Roland et par M. Paul Meyer dans son Recueil d'anciens lexles français^ nous constatons quelques divergences dans les leçons :
Th. Millier, p. 93, en bas, et Foerster, stro^)ho lxxxvi (dans V) % p. 69. Millier : Monlnègre — sur — ot — Li icrt lien -^ iwryoieni — • qiii — )ie porront — od, els — corenl.
Foerster : Mont Nègre — sor — oit — U veit len — por oient — j* — nenporont — o els — corrcnt.
Paul Meyer, Recueil, p. 226 (folio 03 et suiv. du ms. do Chàteau-
dc mss. (F, D, N, II, E, L). Au moins faudruit-il que ces dcru.èrcs capildlcs gc disUoguassent par un caraclèro propre, puisqu'elles ont une Fi^niGcalion commune, quelles fussent eu italiques par exemple. Dû plus, quelques-unes de ces lettres n*ont de sens que parce qu'elles sont initiales de mots allemands (D = dcutschc; E ==« cnglischcs ; V= vlaemisches) ; or, c'est un principe de nomenclature en pareils ca?, que ces letlrc^, si elles sont significative.^, soient indépendantes d.s ianj^ucs, cl représentent des faits propres aux manuscrits. Il fout chercher ailleurs. Pourquoi ne pas prendra simplement les lettres djns Turdro alphabéliquo A = ms. d'Oxford ; B = ms. do Venise IV; G = ms. do Chilcauroux i etc.? 11 suilit do s'entendre une fois pour toutes Eur l'ordre des mss.
' M. Foerster numérote les vers des strophes, et non les vers du poèmo. : il ne pouTait pas faire autrement ; cependant, pour faciliter la comparaison, il aurait dû renvoyer pour chaque s'.ropho aux strophes correspondantes du m?. d*Oxford*
rouXy et Foorster, st. ccxliii, de C (v. 206). Les numéros des vers cités se rapportent au texte de M. P. Mejer.
Vera 1 : meins (Majer) ; mains (Foerster). — V. IBpom (M.) ;poin (F.). — V. 25 : fems (M.) ; iens (F.). — V. 26 : mors (M.); mort (F.). V. 31 : irespassement (M.) ; irepassement (F.). — V. 42 : conquiramment (M.) ; conquirazmeni (F.). — V. 41 : cons (M.) ; cors (F.). — etc. Qui des deux a raison ? C*ost aux mss. à décider.
Ces menues observations n*empéchent pas que nous ne soyons fort reconnaissants à M. Foerster de son utile publication, et nous souhaitons vivement que, fidèle à sa promeise, il donne prochainement le texte des autres manuscrits. Nous serons ainsi en possession de tous les documents français nécessaires pour la reconstitution du texte primitif.
III. Le traité de l'orthographe fraiiçaise. (Orthographia gallica, aeltester Trahtat ueber franzœsische Aussprache und Orthographie, nach vie r Iland^ ichiften zum erslen Mal herausgegeben von J. Slûrziager, Ilcilbronn, 1884 ; un vol. in-12 de xlvi et 52 pages. — Volume VIII de la collecUon.
Il est curieux que les plus anciens traités grammaticaux dont notre langue ait été Tobjet soient dus à des étrangers, à des Anglais. Si la chose surprend à première vue, on s*en rend cependant facilement compte en songeant que ce sont avant tout les étrangers qui ont besoin de pareils ouvrages. La langue maternelle au moyen &ge s'apprend par Tusage. La situation politique de TAngleterre, les caractères de sa littérature, en grande partie françaiio, ses rapports nombreux et divers avec la France, rendaient particulièrement utile aux Anglais la connaissance do notre langue. Voici ce que disait un Anglais de Chester, dans la préface d'un Donat français qu'il composait au xiv« siècle pour « brièvement introduire les Ângloii en le droit language de Paris et du païs d*allentour » :
« Pour ceo que les bones gens du Roiaume d'Engleterre sont » cnbrasez a scavoir lire et escrire, entendre et parler droit François, 9 aûn qu'ils puissent entrecomuner bonement ové leur voisins, c'est a » dire les bones gens du roiaume de France, et (xinsipotir ce que hs Jeys » d'EngJeterre pour le graigneur partie et aussi beaucoup de bones choses » sont misez en François, et aussi bien prez touz les seigneurs et toutes » les dames en mesme roiaume de Engleterre volontiers s'entrescrient » en romance, — très nécessaire je cuide e^tre aus Engleis de scavoir D la droite nature de françois. d
Cette littérature grammaticale s'étend de la fin du xui^ siècle au xvi°. Elle commence avec des gloses latino ou anglo-françaises, acquiert un développement original au xiv® siècle, semble s'arrêter au xv« pour prendre un nouvel essor au xvi^ siècle.
De la littérature antérieure au xW siècle, qui fut sans doute fort
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étenduo, il ne resto quo des débris, assez notables toutefois, qui appartiennent spécialement au xiv\
La plupart de ces documents ont dc^jà été publiés ou analjséi ; citons, on particulier, le travail important de M. Stengel dont nous donnons le titre au bas de cette page *, et Tédition que M. Mejer a donnée dans ce recueil mémo (1870, t. II, p. 373 408} du curieux ouvrage intitulé Manières de langage, et qui est un recueil de phrases françaises à Tusage de TAriglais voyageant en Franco.
Parmi ces documents, se trouve un petit traité de prononciation fran* çaise connu sous le nom do Document de Londres ou de la Tovr de Londres, publié jadis par M. Th. Wright. Ce document doit être rapproché de trois autres textes analogues beaucoup plus étendus, en partie inédits, que fournissent les bibliothèques de Cambridge, d'Oxford et du British Muséum ; c'est le texte critique ou plutôt comparatif de ces quatre textes que publie en les accompagnant d'un commentaire M. Stûrzinger.
L'auteur commence par une étude bibliographique sur cette littérature grammaticale, où il a réuni d'après Tordre des matières (1<* prononciation et orthographe ; 2® théorie des formes ; 3<* syntaxe et composition), les divers mss. connus, publié?, analysés ou simplement indiqués, qui contiennent des documents sur la langue française : étude soigneuse, méthodique, mais d'une exposition confuse et quelque peu pénible. Pour être tout à fait complet, l'auteur aurait dû commencer par rappeler, sinon les gloses d'Alexandre Neckham et de Jean de Garlande, qui regardent plutôt l'enseignement du latin que celui du français, du moins le traité de Gautier de Biblesworth, que Th. Wright avait jadis publié dans son Recueil de Vocabidaires (voir p. 142-174) -. Il aurait pu également, en note, signaler la curieuse grammaire hébraïque-française que nous avons publiée en 1877 ', et qui donne peut être les plus anciens paradigmes de la conjugaison et de la déclinaison fran< çaises que l'on possède.
Dans la seconde partie de son introduction, M. Stiirzinger, avec le môme soin et le même scrupule, étudie V Orthographia gaîliea. Il décrit les quatre mss. dont nous avons parlé : 1® le document de Londres (T) publié par Wright ; 2** un ms. Harléien du British Muséum, signalé plusieurs fois déjà, mais resté inédit (H : ce ms. offre cette curieuse particularité que les règles latines sont souvent accompagnées de com-
' Voir Slen^el, Die aelusfen AnUitung8Sc\riften tur Erîcrnung der frauzeii^chen Sfrcehe, dans la Zeitsekrift fur ntufransesische Sprache vnd Litteratur^ t, 1 (1879), p. 25. — Rappelé par M. Stûrzinger, p. xxiii.
s Voir également le Recueil d'ancienê tfwtet français do M. Paul Meyer.
* Gloses et glouaires hébreux- français, Paris, Viewcg, 1872 (réimprimé dans le volume précédent, p. 1C5-195).
jnentaires explicatifs à pou près contemporains, rédigés en français); 3^ un ras. de Cambridge (C), inédit ; enfin, 4® un ms. d'Oxford (0), dont Ellis avait publié des fragments dan» son traité Chi Early English rrononciaiion (p. 836-7). M. Sturzinger montre que ces quatre mss. se divisent en deux familles : la première représentée par T, c'est le texte le plus ancien, le plus voisin de l'original ; l'autre famille représentée par les mss. HCO qui dérivent, à des degrés inégaux, d'un ras. perdu, sorti avec T d'un même original. Il démontre ensuite facilement que l'auteur de VOrihogra^hia gailim était anglais, ainsi que les remanieurs de Tœuvre primitive. Il place enfin 1 1 composition du livre, — sans donner de preuves bien fortes, mais avec vraisemblance »— aux environs de 1300.
L'édition du texte est excellente : elle est disposée en trois colonnes, à gauche T, au milieu H, à droite CO (les deux mss. sont assez voisins l'un de l'autre pour rendre possible la fusion des deux rédactions en une seule). D'habiles dispositions typographiques placent les trois versions de chaque règle en regard l'un de Tautre.
Viennent ensuite des variantes ou des leçons de manuscrit que l'éJiteur a corrigées dans son texte, puis une série d'observations où il cherche à dégager do toutes ces règles latines, plus ou moins confuses et plus ou moins obscures, quelques résultats qui intéressent l'histoire de la prononciation française. Tout cela est fait avec intelligence et soin et porte la marque d'un esprit méthodique et consciencieux.
[Revtie critlqut^ 1884, n« 35 )
Les Vers français et leur prosodie, par F. de Grammont. Paris, Ilclzel (1876). Dibliothëquo d'éducation cl de récrôalion ; 1 vol. in-12 ; ix-337 pages.
Ce traité de versification française est d'une lecture atirajante. Il a la rigueur d'un traité didactique sans en avoir la sécheresse. C'est Tœuvro d'un critique, qui est poète à ses heures, et il est intéressant de voir l'auteur des Chants du passé donner les régies d'un art qu'il a cultivé avec amour.
Son livre se divise en trois parties. Dans la première (p. 1-166), l'auteur traite du vers français et de ses différentes formes, du nombre des syllabes, des assemblages de voyelles dont le compte est douteux, du rôle de Ye muet à la fin des mots, des règles de l'hiatus, do l'enjambement, do l'inversion ; et il donne enfin des exemples des diverses sortes de vers, depuis douze syllabes jusqu'à deux ou une. Dans la deuxième partie (p. 167-246), il examine les divers groupements do vers, le distique, le tercet, le quatrain, le quintain, et toutes les variétés do la strophe. La troisième (p. 241-331) est consacrée à quelques formes curieuses de l'ancienne poésie et de la nouvelle, le sonnet, le rondeau, la ballade, le chant royal, etc., le panioum, la sextine, et aux jeux de rimes à la mode au xvi« siècle, les rimes batelées, brisées, couronnées, etc. Un glossaire des mots de l'ancienne langue et une table des auteurs cités terminent l'ouvrage.
L'auteur ne se borne pas à exposer les lois actuelles de notre versification. Il remonte dans le passé auquel il demande l'explication de diverses règles. Il fait preuve d'une connaissance assez approfondie de la poésie du xvi» siècle; mais quand il s'aventure dans le moyen âge, il marche avec moins d'assurance et parfois s'égare, comme par exemple au ch. x qui traite de ralternance des rimes masculines et féminines.
Nou3 sommes d'accord avec l'auteur sur la plupart des points ; Ton ne saurait qu'approuver sa critique sage, modérée, sans esprit de parti ni d'école. Ses conclusions sur diverses questions controversées, l'hiatus, Tonjambement, etc., sont pleines de bon sens et de goût. Sur quelques points assez importants, nous professons un autre avis.
Au sujet des e muets qui finissent des mots sans être élidés et qui comptent dans la mesure du vers, M. do Grammont pense qu'en les lisant « on doit les pronon<:er nettement et non les esquiver comme on Iç fait le plus souvent dans le langage courant. Ainsi ce vers
BcUc vierge, sans doute enfant d'une déesse
(A. Chénier, le Mendiant.)
devra être prononcé presque de cette façon :
Belleu vierçeUt sans doute enfant d'uneu déesse.
tandis qu'en prose il se lirait ainsi :
Bell* v'erg* sans doul' enfant d'un* déesse.
ce qui en détruirait complètement la mesure.
Il en est de même lorsque 1'^ muet est suivi des consonnes s ou »/, comme dans ces vers :
Sur de molles toisons, on un calme sommeil. . . Souvent marchent ensemble indigence et vertu...
(Id., ibid,)
qui devront être lus ainsi qu'il suit :
Sur de molleu toisons, en un ealmeu sommeil. . . Souvent marcheu t'cnsembl' Indigène* et vertu.
Il est bien entendu d'ailleurs qu'on ne devra appuyer sur ces e muets que tout juste autant qu'il faut pour faire sentir la syllabe et maintenir la mesure du vers, mais non de façon à transporter sur eux l'accent qui appartient à la syllabe qui précède » (p. 89).
Cette théorie ne nous semble exacte que dans un cas. C'est quand le mot se termine par un groupe do consonnes, la seconde étant généralement un l ou un r ; alors 1'^ muet qui suit ce groupe se prononce dans le langage soutenu, lorsque le mot suivant commence par une consonne, par cette raison qu'il est impossible d'émettre le groupe sans la voyelle d'appui. La pauYV'Q fille ; mais lepauw enfant. Le langage populaire, plus radical, réduit le groupe dans le premier cas, en supprimant la seconde des deux consonnes avec son e muet final : la paiiv' fille; mais lepauvr enfant. Cette loi est générale.
En faut- il conclure que les vers renfermant des e muets à la fin des