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FONTAINES MIRACULEUSES

La Bretagne fut toujours le pa}\s des poètes, parce qu’elle est le pays de Tindépendance. JM. Yves Berthou a suivi cette loi commune à ceux de sa race, et il a chanté dans ses Fontaines Miraculeuses ce renouveau incessant que la poésie trouve dans les traditions locales d'un pays, dans ces légendes perj^étuées par le rêve sous un ciel où tout est solitude et contemplation. Le sentiment religieux dans toute ses manifestations extérieures est . une des sources qui alimentent cette prodigieuse fécondité d’imagination, en s’alliant au sentiment de la nature toujours changeante et toujours recueillie. La terre de Chateaubriand n’est

(i) Alphonse Lemerre, éditeur.

pas près de voir s’éteindre la lumière mystérieuse des grands imaginatifs, et du haut de son tombeau rustique, battu par les flots de la tempête et par ceux non moins redoutables des sceptiques envahisseurs de la vieille Armorique, le moderne héritier des bardes fera jaillir encore bien d’autres éclairs. C’est en effet de cette double source religieuse et naturelle qu’est fait le génie breton. Par là ses fontaines en sont toujours miraculeuses. Le génie est-il d’ailleurs autre chose qu’une manifestation surnaturelle dans l’ordre naturel? En Bretagne plus qu’ailleurs l’esprit plane sur la matière et en tire de mélodieux accents. La solitude est la reine qui met l’univers sous les pieds du penseur.

C’est bien en effet une inspiration bretonne que l’invocation par laquelle JM. Yves Berthou commence son poème:

Sources qui jaillissez de nos temples rustiques

Sous les yeux paternels de nos Saints bienveillants,

Où burent dans leurs mains riches et mendiants.

Sources qui guérissez tous les paralytiques 1

Un peu plus loin le poète s’écrie :

Je sais dans l’infini des Fontaines encor!... sources, jaillissez, ruisselez sur les âmes !

Dans cet intarissable pays des légendes, M. Yves Berthou a su dégager de l’imagi nation populaire une pensée fière qui se dresse au seuil du mystère et semble en défendre l’accès :

Si nul ne te ressemble et ne voit comme toi,

A quoi bon écouter les critiques humaines !

Va donc, isole-toi loin des énergumenes,

Fort de ta seule force et riche de ta foi.

L’imagination fait le poète mais le caractère fait l’homme, et c'est par la persistance de ce caractère que le breton s’élève parfois au-dessus des autres hommes de toute sa stature.

JMais cet orgueil suprême qu’il manifeste à certaines heures est fait de son humilité de chaque jour devant la nature et devant le Créateur. C’est après s’être agenouillé qu’il se relève invincible contre tout ce qui n’est pas sa foi.

Aussi quels hymnes pieux montent de toute sa poésie et semblent vouloir unir dans un même édifice mystérieux le ciel et la terre î C’est pour réveiller cet esprit des ancêtres et évoquer de nouvelles gloires que M. Yves Berthou a pris sa lyre. De tous côtés des fontaines miraculeuses d’harmonie lui disaient

l’éternité de la foi bretonne. Il s'en est emparé dans une prophétique vision de l’avenir. 11 se complaît dans ce paradis de la foi retrouvée et de l’amour pur conservé au milieu du débordement de la corruption moderne.

Il en énumère les splendeurs :

Et l’on verra fleurir des lys d’or dans les cieux,

Et des roses incomparables sur la terre,

Et l’art chrétien naissant au fond du monastère,

Ce pour l’enchantement des âmes et des yeux.

Peut-être après la renaissance venue d’Italie verrons-nous un jour la renaissance venue de Bretagne. Tout est permis au poète et quelque vieux druide du fond des cavernes a peut-être déjà prédit cette destinée de l’x\rmorique. Cette terre réfractaire garde sans doute pour l’avenir de mystérieuses éclosions. En attendant cet avenir que le recueillement prépare, le poète dit à sa Muse :

Ma douce, allons prier Notre-Dame-des-Bois.

C’est sur une idylle et sur une prière que se termine ce recueil poétique plein d’une saveur ingénue et touchante.

Pour qui n’est pas Breton, il semble que ce soit là un amusement de poète, mais la sincérité la plus émue vit dans toutes ces pages qui

ART ET C'UTIOüE

furent recueillies une à une et dont la plupart furent adressées à des amis ou dédiées à des poètes célèbres, tel par exemple le sonnet à Fauteur de Paiica P and s.

Poète plein de grâce et de sérénité.

Aussi nous cro^^ons volontiers c^ue la pensée 1 a emporté sur le souci de la forme dans l’œuvre poétique de M. Yves Berthou, et cependant le langage élevé, châtié, souvent académique, de cette versification aux sonorités rares mais toujours justes nous revèle un artiste littéraire très délicat, très délié, autant qu un barde au prophétique vol. Ba perle du mot et de la rime transparaît du fond du clair ruisseau dont sa fraîche imagination a fait les Fontaines miracnleuses.

{Octobre iHq6.)

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