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LA VASSALE

Un état de libre anarchie, où chacun agirait suivant sa conscience, serait évidemment supérieur à toutes nos conceptions sociales. Nous serions en outre délivrés de cette éternelle question du mariage, qui n’est en somme qu’un compromis pour essa}*er de pacifier la lutte des sexes. JMais s'il n’est pas bon que l’homme soit seul, — je veux dire anarchiste, — il n’est pas bon non plus que le théâtre soit privé de son élément de bataille.

La paix des sexes n’est que provisoire^ intermittente, ne se maintient qu’en vertu d’un altruisme et décevant^ et quand les

deux combattants, — à armes inégales, —

(i) Comédie-Française.

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las de se regarder l’un l’autre, se retournent vers le monde, ils sont la risée de la société. Tels Mars et Vénus exposés dans un filet à la risée des dieux.

Le rire cependant a pour but la paix, et le théâtre lui-même ne saurait, pour notre amusement, perpétuer les éléments de discorde. Le mot de sacrifice y est prononcé et vient rappeler aux deux adversaires c^u’en renonçant à l’union libre ils ont accepté la société comme médiatrice.

La paix des sexes a été fondée, non sur Légalité, mais sur la soumission de la femme.

Les armes d’ailleurs n’étaient pas égales. Dès l’instant que les sexes n’ont pu vivre dans l’indifférence anarchique à l’égard l’un de l’autre, il faut que la femme soit vassale. Désormais nous ne pouvons plus sortir de ce dilemme : monarchie ou anarchie.

La question, prise à ce point de vue, acquiert aussitôt le plus haut intérêt. Aussi croyons-nous que la pièce en quatre actes, en prose, dexM. Jules Case, intitulée La Vassale^ mérite de fixer notre attention comme étant une manifestation de la lutte qui vient de s’engager depuis quelques années pour ou contre le féminisme.

Nous en négligerons la conclusion anar-

chique, puisque c’est le retour pur et simple à la liberté réciproque, et nous verrons comment se comporte dans l’état actuel des choses ce monarque qu’est l’homme.

Posons d’abord en principe qu’ayant la royauté il a la responsabilité, et qu.’une femme est ce qu’on la fait.

Quel étrange caractère apparaît alors dans cette femme moderne, dont la Comédie Française nous a esquissé le type, quelle révolte du miroir contre l’image du roi !... Quelle idée nous donne de l’homme moderne ce miroir qui se brise plutôt que d’en réfléter les traits !...

Le tyran n’a-t-il pas abusé de sa supériorité naturelle et de la force que lui donnait la loi ? Quel monstre d’orgueil est-il dans son intellectualité souveraine pour que la femme, qui n’entend les choses qu’à demi, élève tête contre tête, drapeau contre drapeau, et réclame l’égalité dans le mal, ne pouvant le convaincre de son égalité dans le bien ?

Cet homme évidemment s’est vanté, il n’était qu’un nain et il a voulu paraître un titan. Il est puni de son orgueil par la perte du ciel. Sa chute a précédé la chute de la femme. Il ne peut plus aimer sans invoquer Satan !...

Au fond de ce malentendu il y a l’incom-

ART l'T CRITIQUK

])atiljilité absolue entre le inéditaüt, qui est cloul)le, et la femme, qui est simple ; entre rintellectualité, qui est toute spéculative, et l’intelligence, qui est toute pratique, ; entre la royauté^ qui ne se partage pas, et le vasselage, (pii se soumet ou se démet. ].a yiiéce de M. Jules Case se termine par une démission. C’est le triom])he du féminisme et de la fausse -égalité des sexes.

Nous eussions préféré la soumission au nom de la société médiatrice, dont les deux combattants s’arrachaient les lambeaux. Si Henri Deschamps est un pur méditatif, incapable de se partager, — un anarchiste, : — il n’avait (pi’à ne pas se marier. Sinon (pi’il laisse à la société, — troisième larron, — le soin de ])artager des ('œurs c|ui se sont bénévolement donnés à elle. C’est elle qui })Ourrait véritablement lui dire.' « Qui t’â fait roi?... Tu n'es roi (|ue par moi !... »

Nos féministes oublient volontiers dans la lutte des sexes ce troisième élément qui n’a ])as de sexe, le prêtre, — anarchiste sacré^ — lambeau toujours vivant de l’étoffe dont la vie est faite, et c|ui a osé passer le bout de sa soutane entre les deux tranchants de la paire de ciseaux. Il n’y a })lus de duel possible dès qu’une victime volontaire vient se jeter entre les combattants.

. A plus forte raison la lutte perd-elle tout motif et le nerf en devient-il comme relâché et impuissant quand au prêtre, représentant reconnu delà société, vient s’ajouter l’enfant né ou à naître, protégé de tous, séparant et unissant à la fois les deux adversaires, rêve de Tun et réalité de l’autre, posé sur les deux têtes comme le sommet d’un indissoluble triangle.

Cette vision mystique devrait bien arrêter l’action dissolvante des ps}mhologues'qui, sous prétexte de féminisme, semblent tenir comme chose de peu d’importance le même sang d’un Dieu qui unit à jamais les deux camps.

Le féminisme au théâtre a donc une haute portée religieuse, sociale et morale en raison des problèmes qu’il soulève ou auxquels il fait songer. Des questions pleines d’actualité semblent naître autour de cette vassale, révoltée dans son esprit plutôt que dans ses sens, et dans l’orgueilleuse dureté de son seigneur et maître. C’est bien là du théâtre moderne.

Du temps de âloliêre les femmes se contentaient d’être savantes ; elles sont aujourd’hui sans foi et sans cro}"ance positive ; faites pour croire et obéir, elles raisonnent sans hn et se révoltent sans limites.

Nous devons remercier ôl. Jules Case

ART P/r CRITIQUE

tî’avoir posé cette silhouette à la fois dramatiqueet quelque peu comique. Il 3^ a en effet dans la révolte des impuissances si ridicules qu’on est tenté de sourire et d’oublier qu’au dehors les mêmes problèmes terribles hantent des cerveaux affaiblis.

C’est déjà une nouveauté inquiétante qu’une ])ièce en quatre actes C[ui se passe toute en discours et que le public écoute avidement, comme s’il allait boire dans ces querelles, nées du féminisme, quelque philtre inconnu ou assister ’à la révélation soudaine de l’Kve moderne. Curiosité peut-être, angoisse certainement !...

On ne joue pas avec la femme, être simple, elle est faite pour croire et pour obéir; elle ne veut être ni trompée dans sa confiance ni égarée dans sa soumission. Prenons g*arde qu’elle ne se lève, ivre d’orgueil et de colère, réclamant sans cesse de nouveaux carnages et de nouvelles victimes. La femme qui ne possède pas Dieu dans l’intégrité totale de sa toi est un monstre effravant qui court éperdu dans le vide; tels ces chevaux c[ui errent sans maîtres un soir de bataille.

Philosophes, poètes et artistes, tous ces divins menteurs ne peuvent que faire résonner plus lugubrement l’infini de son vide. Equili-

brés dans la dualité de leur être, ils se maintiennent encore les uns les autres par une gravitation réciproque, comme les astres, mais elle c’est l’étoile filante qu’on ne revoit jamais !...

Comme l’Eve du premier- péché, il lui est impossible de s'élever par elle-même de la chair à l’esprit, c’est-à-dire à la science du bien et du mal. Vassale du serpent, hypnotisée par le charmeur, elle attend qu’une parole de l’homme mette fin à son rêve. De cette parole elle fera sa foi. Ne lui dites donc pas qu’elle est votre égale, elle le croirait ; ne partagez pas son rêve, elle le conduirait au néant ; mais dites en toute circonstance : « Ceci est bien ou (( Ceci est mal », — et mourez plutôt que de varier dans l’expression d’une seule de vos convictions.

La société d’ailleurs vous soutiendra dans cette lutte héroïque de tous les jours. Surtout de lui dites pas qu’elle est anarchiste, car l’anarchie de la femme appelle la monarchie de l’homme.

Depuis Alexandre Dumas le théâtre abonde en thèse morales, ayant pour but de rendre à l’homme le sceptre qu’il a perdu par sa faute ou par la faute des institutions sociales.

On semble aujourd’hui faire une plus large

AKT HT CRITIQUE

part à la société elle-même. Cet invincible sentiment de solidarité peut se résumer on deux mots! « I^’homme c’est Ici paix, la femme c’est la guerre » !... Allons, bons ouvriers de la peaix, enchaînez le monstre^ je veux dirci l’Eve moderne. Elle attend son souverain.

{Août

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