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PAGES POUR L’ISOLÉE

Quelle est cette âine isolée pour laquelle un auteur subtil vient d’écrire de consolantes méditations? Nous ne le saurons jamais. Il a voulu garder sur elle le mystère, afin de répandre sur toutes le parfum rare des pages qu’il lui avait destinées.

René jMarc Skrrill est mort. M. Jacques Dusonchet a réuni les notes que son ami lui avait laissées et en a composé ce volume que publie la Bibliothèque d’Art de La Critique.

i\L Dusonchet définit lui-mème cette œuvre: « Curieuse prédication du dilettantisme s’étayant sur de très personnelles sensations de voyage en pa}^s allemands, effort intéressant

(i) Bibliotlièque de La Critique.

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vers un idéal de paradoxale pSNxbologie et essai d’application à de subtiles iorines de vie. »

On ne saurait mieux dire en quelques lignes tout ce que contient d’original le livre de René Marc Skirrll.

L’avant-propos de M. Dusonchet est plein d’aperçus piquants sur le personnage qu’était René Marc Skirrll. Sous le profond dédaigneux qu’il nous montre, on devine l’homme qui sait le prix de toutes les délicatesses et qui garde inviolable le secret du cœur.

Un Vjeau complexe de tête et de cœur, que ce Skirrll !... C’est bien l’homme moderne, tel que la civilisation nous l’a fait, et il méritait de nous être révélé. Peut-être quelques-uns se reconnaîtront- ils en lui !... C’est à eux que les Pages pour V Isolée sont dédiées. La forme très littéraire de ce livre lui assure d’ailleurs un réel succès auprès de tous ceux qui pensent que les choses valent surtout par la manière dont elles sont dites.

Des maximes précédent chacun des chapitres et en soulignent les intentions avec une rare préciosité. Cette méthode satisfait l’esprit sans nuire au charme des impressions vécues et notées.

Quelle est au fond la valeur de ce dilettan-

tisme consolateur prêché par Skirrll ? 11 serait difficile de fixer nos incertitudes à cet égard. Mieux vaut ne pas discuter les doctrines et ne voir dans ce livre qu’un simple jeu d’esprit. C’est ainsi que devraient être toutes les œuvres littéraires. vSkirrll est une âme solitaire et iM. Dusonchet une sorte de Paul Pourg-et. moins le roman. Il recherche l’abstrait dans la pure intellectualité et se réalise en Skirrll. son ami et son modèle. Ils ne font qu’un devant risolée. Tous deux veulent vivre inteimc*, c’est-à-dire personnellement. Les lettrés ne peuvent que saluer ces deux fervents de la forme sans mettre en contradiction l'art et la philosophie.

Quant à ITsolée, elle déclare, dans les fragments d’une lettre transcrite en tête des méditations, qu’à seize ans elle hésitait entre Cythère et laThébaïde, et qu’elle hésite encore. « iManon ce soir, pour renaître .Madeleine demain. »

Ce ne sont pas les dilettantes qui la feront sortir de cet embarras.

Je crois qu’avec M. Dusonchet il y a encore de beaux joprs pour le féminisme !...

Pourvu que René Marc Skirrll ne sorte pas de sa tombe et ne lui reproche pas d’avoir violé la parole jurée. Ce serait un beau cas de propriété littéraire à débattre.

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iM. Dusonchet cmi serait pour ses tru is de voyage en Allemagne, mais nous lui demanderions de mettre en son nom ce (.[u’il a attribué à wSkirrll.Une belle œuvre ne doit jamais se perdre et il sait fort bien que, sous prétexte de dilettantisme et d'impressions de voyage, il nous a fait connaître l’ame allemande (jui, depuis Gœtbe jusciu’à Wagner, pèse sur la littérature et sur l’art français.

Si la pensée de M. Dusonchet est parfois allemande, sa tournure d’esprft est française. Incisif et sobre, maniant l’ironie comme une pointe acérée, il a la pureté des nuances et la grâce des mots.

[Novembre

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