PRÉFACE. XCV
entière applaudissait à la restauration du trône; une poignée de factieux , devenus maîtres de la capitale de la Catalogne, prétendait faire prévaloir des maximes quasirépublicaines. Tandis que les insurrections précédentes, dirigées contre le spoliateur de l'Espagne, avaient rencontré dans la population barcelonaise une sympathie marquée, celle-ci fut odieuse à la masse môme du peuple. Le canon de Montjuich frappa cette fois des coups applaudis de toute la Péninsule.
Balmès, avant le blocus, s était retiré à la campagne, dans la maison d'un ami. Il y avait passé le temps du siège, c'est-à-dire, un peu plus d'un mois. Là, sans autres livres que \' Imitation et l'Ecriture sainte, surmontant les préoccupations et les angoisses de l'heure présente, il avait composé un nouvel ouvrage.
Je parcourais l'Espagne à cette époque. J'entrai à Barcelone , au mois de novembre 1843, le lendemain du jour où les portes de cette ville s'étaient rouvertes devant l'armée d'Isabelle. Les soldats campaient partout. Sous cette protection , les habitants rentraient dans leurs demeures. L'espérance s'efforçait de renaître au sein de la désolation. La piété visitait, eu versant des larmes, les monuments sacrés profanés par une faction en délire. L'église de Santa- Maria-del-Mar , en particulier, merveille de l'art gothique, après avoir servi de corps-degarde à l'insurrection, attendait que ses nefs purifiées fussent rendues à la prière et au recueillement. Je rejoignis Balmès au milieu des tristesses de Barcelone. Dans sa petite chambre, située au plus haut étage de la maison de son frère, un obus, perçant le mur, avait mis en pièces le canapé sur lequel , pour ménager sa santé débile, il avait coutume de se tenir couché en écrivant ou en dictant. — Parmi ses hardes de voyageur, Balmès rapportait le manuscrit du livre qu'il venait de composer.