XCVI PRÉFACE
Toutefois , cet ouvrage , que l'Espagne estime un des meilleurs de Fauteur, ne fut publié qu'en 1845. C'est celui que notre public va lire sous le titre d'Art d'arriver au vrai.
En rappelant l'origine de ce livre, nous n'entendons nullement louer Balmès de l'avoir écrit en un si petit nombre de jours. Toute hâte dans les travaux de l'esprit mérite plutôt un blâme qu'une louange. Néanmoins, la rapidité de la plume n'indique point, dans tous les cas, la précipitation de la pensée. Pour ce qui concerne Y Art d'arriver au vrai, il est aisé de comprendre que la doctrine qui en forme la substance et le fond a reposé pendant de longues années dans l'esprit de l'écrivain. Le cachet de l'Université de Cerverase montre encore visible sur mainte page du livre : or Balmès avait quitté Cervera depuis près de dix années. Quant aux maximes pratiques qui abondent dans l'ouvrage , on n'y saurait voir un produit subit de l'improvisation; tout critique attentif y reconnaîtra la saveur d'un fruit mûri par la réflexion et l'expérience.
Notre sentiment est que le traducteur a perfectionné l'œuvre sortie de la plume de Balmès. Grâce à son labeur patient et habile, tel chapitre est devenu plus concis, telle image plus vive, telle vérité plus saisissante. Diverses traces d'une composition trop hâtée se sont ainsi effacées. Le public, par sou suffrage, encouragera le traducteur et les éditeurs à mettre au jour prochainement une version française de la Philosophie fondamentale, œuvre grandiose dans laquelle Balmès a déposé les titres authentiques de sa renommée philosophique.
A. de Blanche-Raffin.
Paris, 25 mai 1850.