DE JACQUES BU.MÉS
premier ordre. — Avant de quitter Cervera, Bal mes avait étudié la science du droit. Domnt, Vinnius et les riches recueils de la législation espagnole lui étaient devenus familiers. Dans ses loisirs de Vich, il visita tour à tour plusieurs autres branches des connaissances. La poésie lenta aussi son esprit; il composa des odes, non dénuées de grandeur poétique, mais dépourvues, peut-être, de ce mens divinior, attribut rare, indéfinissable, qui se concilie difficilement, dans un même esprit, avec le génie philosophique (i). Ainsi s'exerçait l'intelligence du futur publiciste, tandis que la guerre civile, autour de lui, accomplissait les expiations et la rénovation sanglante de sa patrie. — « Sa manière d'enseigner, » nous dit l'un de ses écoliers. Don Antonio Soler (Biografia, etc.) « nous tenait tous «dans le ravissement; lui-même n'était moins guère ■ravi que nous. Notre attention à l'écouter et à mettre
• à profit ses conseils était sa véritable récompense. Il
• nous donnait des leçons non-seulrment de mathéma- » tiques, mais de logique, de métaphysique, d histoire; »en un mot, il nous apprenait à étudier et à devenir
• des hommes. Qu'il reçoive ici le témoignage de ma •gratitude et de celle de ses autres disciples. »
«Sa piété et ses croyances, dit Antonio Soler, s. r i«A.
• fiiografîa, étaient solides et émanaient d'une convic-
(1) Malgré cela on le trouve encore, dans les dernières années de sa vie, préoccupé d'un dessein à la faveur duquel son imagination essayait de reprendre quelque liberté Sous les figures allégoriques d'un roman, il voulait peindre le triomphe des vérités catholiques sur les erreurs que le rationalisme a répandues dans les esprits , touchant la religion, la politique, la science sociale. Ce livre, dans sa forme, aurait présenté une réminiscence des dialogues de la philosophie antique et des leçons de l'immorlel auteur de Télémnqup. Mais il aurait emprunté à l'époque présente tout à la font ses personnages, la matière des entretiens, et les événements que le crayon de l'auteur aurait mis en scène. Balmèsu'a pas eu le temps d'exécuter ce dessein.
VIE ET TRAVAUX
"lion profonde. En ceci, comme en lotit, il aimr.il par-dessus tout, à n'être vu, remarqué, devine par "personne. Outre la célébration de la Sainte Messe, ses dévotions, à ma connaissance, élaicnl de se retirer dans quelque église isolée, d'y visiter le Saint-Sacre- < ment ou la Sainte Vierge. » L'influence des leçons de sa mère laissa une empreinte ineffaçable sur toute sa vie. Rien ne faisait fléchir sa fidélité aux pratiques recommandées par l'Eglise. Encore étudiant à Cervera, on le voit tirer de ses maigres épargnes de quoi se faire dire des messes dans l'église de la Piedad. Il a une dévotion particulière envers son patron S. Lucien, le martyr que l'on vénère dans sa ville natale. Peut-on douter que S. Thomas d'Aquin, l'Ange de l'école, ce protecteur choisi par la sollicitude de sa mère, soit, dans le même temps, si assidûment, si passionnément étudié par lui, sans être invoqué? Le livre de \ Imitation deJ.-C. était sans cesse entre les mains de Balmès. Il lisait aussi, avec le triple amour du chrétien, du patriote et de l'homme d'étude, les écrivains ascétiques de l'Espagne. « Vous savez, disait-il un jour à deux «amis, si les sentiments et les doctrines orthodoxes sont -enracinés en moi. Eh bien! il ne m'arrive point de > faire usage d'un livre prohibé, sans ressentir le besoin » de me retremper dans la lecture de la Bible, de l'/mi- » tation ou de Louis de Grenade. Qu arrivera-t-il à cette
• jeunesse insensée, qui ose tout lire sans préservatif et
• sans expérience? Cette idée seule me remplit d'effroi. «Aussi quels désastres les mœurs publiques n ont-elles >* point à déplorer? >»
Au commencement de l'année 1839,*un journal mit au concours un mémoire sur le célibat ecclésiastique. Balmès, tout à fait inconnu, brigua le prix et l'obtint. Il vit son travail imprimé dans le journal : telle était la récompense promise. Vers ce même temps, il ferma
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les yeux à Thérèse Urpia,sa mère. Celle femme, qui, pendant l'enfance de son fils, n'avait jamais ouvert les lèvres pour le louer, laissa une fois, avant de mourir, percer sa joie et son orgueil maternels. « Mon fils, lui dit-elle, le monde parlera beaucoup de toi. » Peu de temps après, elle expirait. Son œuvre élait complète. L'écolier, voué à S. Thomas d'Aquin, touchait à lâge de grands travaux. Il allait avoir trente ans.
Balmès écrivain. — Ses ouvrages.
Les ouvrages de quelque importance laissés par <u » Balmès sont au nombre de dix. En voici les titres, outrages, suivant Tordre de leur publication :
{. Observations politiques et économiques sur Us biens du clergé.