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Fragments et œuvres posthumes

Nous entrerons dans quelques détails historiques cl critiques sur les ouvrages que nous venons d'énumérer (i).

(1) Ces écrits, fort inégaux sous le rapport do Pétenduc, four- ■issent environ la m ilière de quinze volumes in-octavo II faut y joindre un nombre considérable d'articles publiés dans les Revues «»« Barcelone.

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m) Observations sur les biens du clergé (1840).

Ce fut vers la fin de 1839 que le traité de Vergara vint mettre fin à la guerre civile qui depuis si longtemps déchirait l'Espagne. Espartcro avait vaincu les Carlistes. A ce moment, la révolution, après avoir vaincu ses ennemis, allait replier toute son activité contre elle-même. Supplanté habilement par le général Espartero, le parti modéré devait expier les lâchetés par lesquelles il avait encouragé les iniquités révolutionnaires. La Providence lui demandait compte du sang des prêtres, versé impunément sous le ministère

O««nion. de Martinez de la Rosa. La révolution maintenant réclamait à grands cris la spoliation de l'Eglise. Devinant bien que cette spoliation était le prélude de plusieurs autres, le pnrti modéré, à la tribune ou dans ses journaux, se raidissait contre cette exigence.

Dans ce moment d'effervescence Bal mes fait paraître son premier écrit qui a pour titre : Observations sociales, politiques et économiques sur les biens du clergé (i).

A« a iy*#. Cet ouvrage porte, à chaque page, l'empreinte d'une érudition, d'une philosophie et d'une éloquence de premier ordre. Marquée légèrement d'un accent provincial, la langue s'y déploie en considérations grandioses, en tableaux saisissants. Les sociétés européennes y apparaissent sortant peu à peu de la barbarie et transformées laborieusement par le génie de l'Eglise. La propriété ecclésiastique, institution contemporaine du Christianisme, est le salaire en même temps qu'un des instruments de ses bienfaits. Dans le moyen âge, lorsque tout s'attache fortement à la terre, la féodalité de la violence se trouve combattue et vaincue par une

(1) Observationrs socintes, potiticasy economicas sabre lot bien*/ > (Mckro. Vicb, Àbril de 1840.

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sorte de féodalité de la charité. L'Eglise s'approprie successivement toutes les armes, clic les consacre toutes à son œuvre de miséricorde. Propriétaire pour être libre , riche pour être bienfaisante , elle reçoit tour à tour, des mains de Dieu ou des mains des hommes , tous les éléments de la puissance et les applique à réaliser de plus en plus, ici-bas, l'idéal d'une divine justice. — Les temps modernes doiventils, en dépouillant 1 Eglise, changer celte distribution des ressources sociales? L'écrivain fait voir que si les grandes propriétés sont enlevées aux corporations ecclésiastiques, elles tombent aux mains de banquiers avares, de spéculateurs immoraux ou d'une aristocratie aux entrailles de fer comme en Angleterre. Il montre le paupérisme dévorant les plus riches sociétés du globe , l'Espagne au contraire , cette nation de fainéants et de moines, ne connaissant du pauvre que sa'gratitudcel ses bénédictions. En Espagne, d'ailleurs, certaines provinces, tout aussi inféodées à l'Eglise que le reste du royaume, présentent un spectacle de prospérité remarquable (la Catalogne entre autres). La richesse du clergé n'est donc pas, d'une manière absolue, une source de misère pour la société. Au lieu de dépouiller l'Eglise, il faut toucher habilement les ressorts de l'industrie. Il faut faire tourner les fortunes déjà établies, à aiguillonner l'émulation, à soutenir les efforts naissants, à réparer les échecs reçus, à soulager et à consoler les infortunes. En un mot, encourager les faibles par le secours des forts, améliorer les sorts misérables sans détruire violemment toute l'économie de l'ordre établi. D'ailleurs, ajoutaitil en terminant, le moment est mal choisi pour porter une première atteinte à la légitimité de la propriété ecclésiastique, lorsque l'Europe entend déjà les cris

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impatients d'une multitude prête à s'armer contre les droits de la propriété privée, moins sacrés cependant et moins bienfaisants que les droits de l'Eglise.

Tel était cet écrit qui conquit à son auteur un renom brillant. M. Marlincz de la Rosa, dans le Congrès, en lisait des passages à ses amis. Don Santiago de Tejada, dont le courage et le talent obtinrent à cette époque la reconnaissance de sa religieuse patrie , dit : « Mon discours ne saurait se comparera cela. » La Catalogne, toujours avide de ses gloires provinciales, accueillit avec enthousiasme le nom de l'écrivain, qui était celui d'un jeune prêtre de la ville de Vich , Don Jaime Balmès.

/s) Considérations sur la situation de l'Espagne.

Ce qui fournit Ce premier succès fut bientôt suivi d'un second. Au roccâ"ion mo ' s d'août de la même année furent imprimées, à d écrire cet Barcelone, où Balmès venait de se fixer, les Considéraopuscule. ( . Qns p 0 injq Ues mr i a situation de l'Espagne (t). Cet

opuscule n'était pas seulement un écrit d'un mérite remarquable; c'était aussi un acte de rare courage. La guerre civile venait de finir. Cabrera, dernier champion de la cause Carliste, avait franchi la frontière française. Espartero, à la tète de toutes les armées victorieuses, dictait des lois à la Régente, insultait publiquement à la majesté royale, soulevait contre la cour, alors transportée à Barcelone, les outrages de la plus vile populace. Un mois plus tard, la veuve de Ferdinand VII signait son abdication à Valence. — C'est au milieu de cette scène, sur le théâtre de la tra-

(1) Considcraciones politicas sobre la situaciondc Espana Barcelona, Agosto de 1840.

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hison et des violences d'Esparlero, que J. Balmès fait paraître en présence du péril ses Considérations. — Lui-même en a donné cette analyse. « Dans cet écrit, Analyse, "je ne prenais point la défense de la reine Christine, »car peu m'importent les personnes; mais je mainte- » nais les saines maximes religieuses et monarchiques. » Bien que les tendances de la révolution et l'ambition «d'Esparlero fussent dès lors transparentes, j'établis- » sais la nécessité de conserver la régence dans des » mains royales. Je m'exprimais avec une liberté com- » plète en faveur des Carlistes, rendant justice à leurs «convictions et à leurs intentions, affirmant dès ce » temps-là ce que je répèle encore : qu'on ne saurait ••consolider chez nous un système politique, à moins »d'y faire entrer ce grand parli comme élément de ♦•gouvernement. Or, au moment que je tenais ce -langage, les Carlistes venaient de succomber, la révolu- » tion était dans toute sa force. »

Tel fut le premier pas de Balmès sur le terrain de la politique. L'opuscule des Considérations renferme la plupart des idées qui, développées dans des écrits postérieurs ont acquis au publiciste son illustre renommée. Balmès condamnait dès lors la révolution ; dans ce jugement, il apportait la même mesure, la même équilé, la même énergie qui ont paru dans tout le cours de sa vie publique. L'utilité d'un mariage entre la reine et le fils aîné de don Carlos était indiquée aussi dans ce premier écrit. Mais les passions ne s'arrêtaient pas à peser un tel conseil ; la révolution devait passer outre. Les gens qui avaient abandonné lâchement l'Eglise, ne devaient point se montrer plus héroïques le jour que la monarchie implorait d'eux un secours suprême. Marie-Christine, délaissée de lous, ne puisa une dernière majesté que dans son propre courage. — Les Considérations ont été, par les soins

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de l'auteur, réimprimées dans la collection complète de ses Ecrits politiques; elles sont l'un des meilleurs ouvrages de Balmès, et le plus intéressant de ses Ecrits politiques; c'est un mémoire qu'il importe de consulter, si l'on tient à pénétrer le sens intime des événements que présente de nos jours l'histoire de l'Espagne. Ce petit ouvrage n'est cependant pas exempt d'un défaut trop générai dans les improvisations politiques de l'auteur : la prolixité.

y) Le Protestantisme comparé au Catholicisme.

Avant d'écrire ces deux opuscules, Balmès avait commencé et poussé assez loin son grand ouvrage sur le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation européenne (i). L'idée primitive de ce travail s'était présentée à son esprit sous des proportions restreintes; il ne songeait à composer, sur ce sujet, qu'un simple mémoire. Mais à peine abordé par son intelligence, le parallèle entre le protestantisme et le catholicisme s'était déployé devant ses yeux dans une étendue magnifique. Il lui devint impossible de se renfermer dans les limites qu'il avait d'abord en- Butct occasion trevues. Tout concourt à prouver que Balmès fut cet ouvrape. conduit à son entreprise par le désir de réfuter quelques assertions de M. Guizot , répandues, sous l'autorité de cette plume brillante, dans le courant de l'opinion universelle. Peu d'esprits, dans une certaine région de la société espagnole, échappaient au prestige de ces paradoxes. Le protestantisme s'infiltrait ainsi,

(1) El protestantismo comparado con cl catholichmo en sus relaciones con la civilizacion europea, 4 tom. in-8 0 .— L'édition française est de 3 vol. in-8°. Celte traduction a été réimprimée à Louvain , chez Fontcyn, et quoique tirée à un grand nombre d'exemplaires, elle a été épuisée en très-peu de temps.

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