RÈGLE DEUXIÈME
Intelligence, inclinations, caractère, moralité, intérêts, en un mot, tout ce qui peut influer sur les déterminations d'un homme, voilà ce qu'il nous .faut connaître, si nous voulons conjecturer avec quelque probabilité quelle sera sa conduite dans un cas donné.
Bien que doué du libre arbitre, l'homme ne laisse pas d'être soumis à une multitude d'influences qui contribuent puissamment à déterminer ses décisions, et l'oubli d'une seule de ces influences peut, dans nos jugements, nous induire en erreur. Prenons cet exemple : Un homme est placé dans une position critique qui l'expose à trahir ses devoirs; il semble, à la première vue, qu'il suffirait, pour préjuger le dénouement, de connaître la moralité de cet homme et les difficultés qui font contre-poids à sa moralité; mais nous oublions de tenir compte d'une qualité sans laquelle, en pareil cas, toutes les autres sont gravement compromises : la fermeté du caractère. Qu'advient-il de cet oubli ? Que nos espérances sont trompées quelquefois par un homme de bien et dépassées par un méchant homme. Dans la lutte que la vertu soutient contre le mal, il est loin d'être inutile que des passions énergiques combattent pour elle. Une àme ardente et fortement trempée s'exalte, et puise dans le péril des forces nouvelles. L'orgueil vient en aide au sentiment du devoir. L'homme qui se plaît à braver les dangers, à surmonter les obstacles, se sent plus résolu, plus hardi lorsqu'il entend les applaudissements de la conscience. Céder, pour lui, c'est faiblesse; reculer, c'est lâcheté; c'est montrer qu'il a peur; c'est se couvrir d'infamie.
En sera-t-il ainsi de la vertu pusillanime? « La ligne du
• devoir est tracée, mais pour la suivre, il faut braver la mort, » laisser une famille, des orphelins dans l'abandon. Le sacrifice,
• d'ailleurs, n'arrêtera point le mal; qui sait? peut-être y ajou- >tera-t-il encore. Il faut savoir accorder aux temps ce que les «temps exigent; après tout, le devoir n'est pas quelque chose
» d'abstrait et d'absolu. Les vertus que ne modère point la pru- •dence cessent de mériter le nom de vertu, etc... » Enfin 1 honnête homme a trouvé ce qu'il cherchait, un parlementaire entre le bien et le mal. La peur, sous ses véritables traits , aurait été repoussée ; elle a pris le masque de la prudence. La capitulation ne se fera pas attendre.
Cet exemple, et il n'a rien d'imaginaire, fait toucher au doigt la nécessité de tenir compte des circonstances qui ont trait à l'individu, avant de porter un jugement sur lui. Malheureusement, la connaissance des hommes est une étude des plus difficiles. Apprendre à juger sainement n'est pas l'œuvre d'un jour.