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CHAPITRE XXI

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J I.— Raisonnements insensés des indifférents en matière de religion.

Je ne prétends point donner un traité complet sur la religion ; il suffira de quelques réflexions propres à diriger l'entendement dans cette matière importante, et, je l'espère, ces réflexions prouveront jusqu'à l'évidence que les indifférents ou les incrédules sont de mauvais penseurs.

La vie est courte, la mort assurée; rien n'arrête la marche du temps; en peu d années, tout homme vivant aujourd'hui sous le soleil sera descendu dans la tombe. Il connaîtra par expérience ce qu'il y a de vrai dans les enseignements de la religion sur nos destinées. Ni son incrédulité, ni ses doutes, ni ses invectives, ni ses satires, ni son indifférence, ni "son fol orgueil , ne changeront la réalité des choses. S'il est vrai qu'un autre monde existe, où des châtiments attendent le méchant et des récompenses l'homme de bien , il n'en sera pas moins ainsi, bien qu'il plaise à l'homme de le nier; sa négation ne changera rien aux lois éternelles de la justice; elle n'améliorera point le sort qui l'attend. A l'heure fatale, la mort sera là pour lui ouvrir les portes du néant ou de l'éternité. Rien ne peut le soustraire à cette destinée ; destinée aussi personnelle que s'il était seul au monde ; nul ne mourra pour lui ; nul ne prendra pour lui dans l'autre vie la solidarité du bien ou du mal qu'il aura fait. Ces considérations ne donnent-elles point une idée bien haute de l'importance de la religion? de la nécessité où nous sommes de savoir ce qu'elle contient de vérité? Et l'homme qui dit : « Il ne m'importe point de le savoir! vérité ou mensonge, je ne veux pas y songer! » n'est-il pas une créature bien insensée?

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Un voyageur rencontre sur sa route un large fleuve qu'il doitfranchir. Les gués sont-ils ou non praticables? — 11 l'ignore. Des voyageurs arrêtés comme lui sur la rive ont sondé la profondeur des eaux, et sont unanimes à déclarer qu'une mort certaine attend l'imprudent qui tentera la traversée. Question sans importance pour moi! dit l'insensé. — Et il se jette, au hasard, dans le fleuve. Voilà l'indifférent en matière de religion.

5 II. — L'indifférent et le genre humain.

La religion a toujours été, elle est encore la préoccupation générale de l'humanité ; rien de plus important aux yeux des législateurs. Les savants l'ont prise pour sujet de leurs méditations, de leurs études les plus approfondies ; les monuments, les lois, les écrits des siècles passés attestent les tendances religieuses de l'esprit humain ; les ouvrages dogmatiques encombrent les bibliothèques, et, de nos jours encore, la typographie ne cesse de les multiplier. Mais , voici venir l'indifférent : « Temps perdu! dit-il, questions futiles! Pour juger, quai-je besoin de connaître? Vos sages sont des insensés; vos légis- > lateurs de faibles esprits; l'humanité tout entière est le jouet

• déplorable d'une illusion. » 0 faiblesse orgueilleuse ! que les sages, que les législateurs de tous les siècles se lèvent et répondant à cet insensé, lui disent à leur tour : « Qui es-tu pour nous

• outrager ainsi, pour mépriser les sentiments les plus profonds

• du cœur, les traditions les plus chères à l'humanité. Pour

• déclarer frivole et sans importance ce qui fut, dans tous les » temps, la préoccupation de la terre entière?

» Qui es-tu? aurais-tu découvert le secret de vaincre la mort?

• poussière que le vent dispersera demain ! espères-tu changer :• le sort qui t'attend dans la région inconnue? — La récompense

• ou le châtiment sont-ils pour toi chose indifférente? Eh! s'il

• existe ce juge dont tu veux chasser la pensée, lorsqu'il t'ap-

• pellera devant son tribunal, lui répondras-tu : « Que m'im- » portent vos commandements et votre existence? » Avant de

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ART D'ARRIVER Al* VRAI.

» te laisser emporter à ecs paroles insensées, jette un coup dœil n sur toi-même, sur ton organisation si délicate que le plus » léger accident peut altérer et qu'un peu de temps va détruire ! » — Assieds-toi sur une tombe, recueille-toi et médite! »

5 III. — Passage de l'indifférence à l'examen.

Guéri de son indifférence, convaincu que la religion est l'intérêt le plus pressant de la vie, le penseur devra faire un pas en avant et raisonner ainsi : Est-il probable que toutes les religions ne soient qu'un amas d'erreurs, que la doctrine qui les rejette toutes soit la vérité?

Dieu ! voilà ce qu'en premier lieu les religions établissent ou supposent. Y a-t-il un Dieu? l'univers a-t-il été créé? et par qui? Lève tes yeux au ciel, promène tes regards sur la surface de la terre ; étudie-toi toi-même ; et voyant partout ordre ei grandeur, dis, si tu l'oses: « C'est le hasard qui a faille monde; je suis moi-même l'œuvre du hasard; l'œuvre m'élonne, mais l'ouvrier n'existe point. L'édifice est admirable ; il s'est construit de lui-même et sans architecte. L'ordre règne sans ordonnateur; le plan a été dressé sans une intelligence pour le concevoir, sans une puissance pour l'exécuter. » Ce raisonnement absurde, que l'on n'oserait appliquer aux plus médiocres ouvrages, on l'admet lorsqu'il s'agit des merveilles de l'univers! Folie pour les travaux de l'homme! sagesse pour les grandes œuvres de Dieu !

î IV. — Il n'est pas possible que toutes les religions soient vraies.

Les religions sont en grand nombre sur la terre et diffèrent beaucoupenlre elles. Est-il possible qu'elles soient toutes vraies? Le oui et le non, sur le même sujet, peuvent-ils être en même temps la vérité? Les juifs attendent le Messie ; les chrétiens affirment qu'il est venu sur la terre, qu'il a rempli sa mission. Les musulmans proclament Mahomet un grand prophète; les chrétiens accusent Mahomet d imposlure. Les catholiques

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admettent l'infaillibilité des décisions de FEglise en matière de dogme et de morale; les protestants nient cette infaillibilité. La vérité ne peut être et n'être pas en même temps : les uns ou les autres se trompent. Prétendre que toutes les religions sont vraies est donc une absurdité.

Bien plus; toutes les religions se proclament descendues du ciel. Celle-là seule, en effet, est la vraie religion qui peut prouver cette origine. Les autres ne sont qu'illusion ou mensonge.

. ^ V. — Il est impossible que toutes les religions soient également

agréables à Dieu.

Est-il possible que toutes les religions, que tous les cultes soient également agréables à la Divinité? Mais la vérité infinie ne peut aimer Terreur ; mais le mal ne saurait plaire à la bonté infinie ! Affirmer que toutes les religions sont également bonnes, qu'au moyen d'un culte, quel qu'il soit, l'homme remplit ses devoirs envers Dieu, c'est donc blasphémer la vérité, c'est insulter à la bonté du Créateur.

S VI. — Il est impossible que toutes les religions soient une invention

humaine.

«Filles de l'erreur, toutes les religions, dit l'incrédule, »sont des inventions humaines. » — Et l'inventeur, quel est-il? L'origine des religions se perd dans la nuit des temps. Partout où l'homme se montre en société nous voyons apparaître aussitôt un prêtre, un autel, un culte. Quel est donc ce génie inventeur dont le nom s'est effacé de la mémoire des hommes, et dont les générations, sur toute la surface de la terre, se sont transmis les enseignements? Si l'invention a pris naissance chez un peuple civilisé, comment des peuples barbares, comment des sauvages même Font-ils adoptée? et, si la barbarie fut son berceau, comment a-t-ellc fait la conquête des peuples civilisés? Vous direz i « La religion est une nécessité sociale ; elle date »de la naissance des sociétés. » Mais à qui cette nécessité fut-

ART D'ARRIVER At! VR\Ï.

elle révélée? qui trouva, le premier, les moyens de répondre à cet instinct profond? par qui fut conçu ce système si propre à maîtriser l'homme, à le diriger? Après l'invention, qui donc n tenu dans sa main tous les cœurs, toutes les volontés pour les façonner à sa guise, pour leur communiquer les sentiments, les idées qui ont fait de la religion la respiration de l'âme, et pour ainsi dire une seconde nature?

Les découvertes les plus utiles, les plus nécessaires, restent, durant des siècles, le privilège de certains peuples; elles ne sont transmises, à l'aide des relations, qu'avec une extrême lenteur, même aux nations les plus voisines ; pourquoi n'en a-t-il pas été de même de la religion ? Comment se fait-il que de cette invention merveilleuse tous les peuples aient eu connaissance, sans distinction de langue, de pays, de mœurs, de climat, de barbarie ou de civilisation?

Ici, point de milieu. La religion procède d'une révélation primitive ou d'une inspiration de la nature. S'il y a révélation, Dieu a parlé ; s'il n'y en a point, Dieu a donc gravé le sentiment religieux au fond de notre cœur? Non, non! la religion n'est point une invention humaine ; et, bien qu'en différents siècles, en divers pays, cette fille du ciel ait été défigurée , avilie, déshonorée, elle conserve toujours quelque chose de son origine immortelle. Notre âme elle-même garde comme un parfum d'en haut. Au milieu des monstruosités que nous présente l'histoire, les traces d'une révélation primitive sont encore visibles à tous les yeux.

S VII. — La révélation est possible.

« Dieu a-t-il pu révéler à l'homme certaines vérités? » C'est demander si celui de qui nous tenons la parole, c'est-à-dire le verbe uni à l'intelligence, est inférieur à l'œuvre de ses mains. Si l'homme a le moyen de communiquer à l'homme ses pensées et ses affections, l'Etre infiniment puissant et sage doit aussi pouvoir communiquer avec sa créature, et lui transmettre su volonté. Il a fait les intelligences, et il ne pourrait les éclairer!

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5 VIII. — Solution d'une difficulté contre la révélation.

« Mais Dieu est trop grand pour s'abaisser jusqu'à l'homme et converser avec lui. » Ajoutez alors qu'il était trop grand pour nous créer. La création nous a tirés du néant; la révélation complète l'œuvre. L'ouvrier a-t-il moins de mérite parce qu'il perfectionne son ouvrage? Toutes nos connaissances nous viennent de Dieu ; c'est de lui que nous tenons la faculté de connaître, soit qu'il ait gravé les idées dans notre entendement, soit qu'il nous ait donné la puissance de les acquérir par des moyens qui nous sont inconnus. Si Dieu, sans rien perdre de sa grandeur, a pu nous communiquer un certain ordre d'idées, n'est-il pas absurde de prétendre qu'il s'abaisserait en nous transmettant des vérités d'un ordre différent par des moyens surnaturels? Donc la révélation est possible ; donc nier cette vérité serait nier la toute-puissance, et jusqu'à l'existence même de Dieu.

S IX. — Conséquences des précédents paragraphes.

Il nous importe infiniment de connaître la vérité en matière de religion. (Parag. i et 2.) Toutes les religions ne peuvent être vraies. (Parag. 4.) S'il y a une religion révélée, celle-là est la véritable. (Parag. 4.)

La religion ne peut être une invention humaine. (Parag. 6.) La révélation est possible. (Parag. 7.) Il nous reste à savoir si elle existe, et où l'on doit la chercher.

^ X. — Existence de la révélation.

La révélation existc-l-elle? Constatons d'abord un fait qui, seul, est une présomption puissante en faveur de l'affirmative. Tous les peuples de la terre ont gardé le souvenir d'une révélation : l'humanité n'a pu se concerter pour tramer une imposture. Ce fait ne prouve-t-il point une tradition primitive

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transmise des pères aux enfanls, et qui, bien qu'altérée profondément, bien que défigurée par le temps et les passions, n'a jamais entièrement disparu de la mémoire des hommes?

« Mais l'imagination n'a-l-ellc pu transformer en voix articulées le murmure des vents, en apparitions mystérieuses certains phénomènes de la nature? Ainsi, Ces êtres inconnus, conversant avec l'homme et révélant à sa curiosité les mystères des mondes invisibles, ne sont peut-être que des créations de la solitude et de l'isolement. » L'objection est spécieuse ; toutefois, il nous sera facile de prouver qu'elle ne résiste pas à l'examen.

Il est possible qu'un homme , en possession de cette idée : qu'il existe des êtres mystérieux et que ces êtres peuvent entrer en relation avec lui , incline à supposer, à croire qu'il entend des voix prophétiques; que des spectres, venus du monde invisible, se sont offerts à ses yeux. Mais, il n'en est pas de rnéiye, i! n'en saurait être ainsi de l'homme qui ne soupçonnerait même point l'existence des êtres de cette espèce. Dans ce cas, d'où procéderait l'illusion? On ne peut le comprendre.

L'observation nous apprend que les créations de notre cerveau, même les plus incohérentes, sont formées d'une réunion d'images, dont la réalité existe, et dont nous avons été frappés çà et là , en des temps divers. Notre imagination surexcitée ou malade ne fait que les évoquer, les réunir, en former des ensembles bitarres. Les châteaux enchantés des livres de chevalerie, avec leurs châtelaines, leurs nains, leurs vastes salles, leurs souterrains, leurs enchantements, etc., doivent leur existence à cette faculté de l'esprit. — Sur un fonds vrai, à l'aide de détails connus, empruntés au monde réel, le romancier brode des merveilles. 11 en est ainsi du fait qui nous occupe. La raison et l'expérience sont d'accord pour attester ce phénomène idéologique. S'il n'a point l'idée d'une vie autre que la vie présente, d'un monde diffèrent du nôtre, s'il ne connaît d'autres vivants que ceux qui peuplenl avec lui la terre, ( homme inventera des géants, des monstres, des nains, des gorgones, etc., mais non des êtres invisibles, non des révélations venues du ciel qu'il ne connaît pas, ou des dieux qui l'éclairent

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et le dirigent. Ce monde nouveau, idéal, purement fantastique restera fermé pour lui, parce que, si je puis m'exprimer ainsi, son esprit manquera de point de départ; et d'ailleurs, admettons, contre toute possibilité, que cet ordre d'idées se fût offert è un individu, comment l'humanité tout entière aurait-elle participé à cette découverte? Vit-on jamais pareille contagion intellectuelle et morale?

Quelle que soit la valeur de ces réflexions, passons aux faits; laissons ce qui a pu être, examinons ce qui a été.

S XI. — Preuves historiques de l'existence de la révélation.

Une société existe qui prétend être l'unique dépositaire, Tinter prête unique des révélations dont le ciel a favorisé la race humaine. Une prétention si haute doit appeler l'attention du philosophe qui cherche la vérité.

« Cette société, quelle est-elle? — A-t-elle pris naissance de nos jours? » Elle date de dix-huit siècles, et ces siècles, elle ne les compte que comme une période de son existence. Remontant le cours des âges, déroulant sa généalogie non interrompue, elle rattache son berceau aux premiers jours du monde. Que celte société ait dix-huit siècles d'existence, que son histoire se mêle à celle d'un peuple dont l'origine se perd dans l'antiquité la plus reculée, ce sont des vérités aussi certaines que l'existence des républiques de Rome et de la Grèce.

•< Quels litres présenie-l-elle à l'appui de sa doctrine? » Elle est en possession du livre le plus ancien que l'on connaisse; ce livre contient la morale la plus pure, un système admirable de législation, une histoire pleine de prodiges. Jusqu'à ce jour, nul n'a mis en doute le mérite éminenl de ce livre, ce qui doit étonner d'autant plus qu'il nous a été transmis par un peuple dont la civilisation fut loin d'égaler celle de plusieurs autres nations de l'antiquité.

« Cette société n'a-t-elle point d'autres litres pour justifier ses prétentions? » Indépendamment des témoignages les plus nombreux et les plus imposants, en voici un qui seul pourrait

suffire : Elle affirme que la transition de la société antique à la société nouvelle s'est faite comme l'annonçait le livre de ses mystères; qu'au temps prédit est apparu sur la terre un homme- Dieu qui fut à la fois raccomplisssemenl de la loi ancienne et l'auteur de la nouvelle loi ; que l'antiquité n'était qu'ombres et figures et que cet homme-Dieu a été la réalité; qu'il fonda la société que nous nommons Eglise catholique, lui promit son assistance jusqu'à la consommation des temps, scella de son sang la doctrine qu'il avait apportée à la terre, brisa, le troisième jour après son supplice, les chaînes de la mort, envoya son Esprit comme il l'avait promis, et qu'il doit reparaître à la fin des siècles pour juger le monde.

« Est-il vrai qu'en cet homme se soient accomplies les prophéties antiques? » Cela est incontestable. On dirait, à lire quelques-unes de ces révélations, le récit évangélique luimême.

« Cet homme donna-t-il des preuves de sa mission divine?» Des miracles nombreux l'attestèrent ; et ce qu'il a prophétisé lui-même s'est accompli ou va ^accomplissant tous les jours avec une exactitude merveilleuse.

« Quelle fut sa vie? » II passa sur la terre, faisant le bien ; il méprisa les richesses, les grandeurs; il supporta sans murmurer les privations, les outrages, les tourments, enfin une mort honteuse. Sa vie et sa mort furent également au-dessus de l'humanité!

« Et sa doctrine? » Jamais l'esprit humain n'aurait pu s'élever jusque-là. « Sa morale? » Ses ennemis les plus violents sont forcés de lui rendre justice et de s'incliner devant elle.

« Quel changement cet homme a-t-il opéré dans la société? » Souvenez-vous de ce qu'était le monde romain; voyez ce qu'est le monde aujourd'hui. Comparez les peuples chez lesquels n'a point pénétré le christianisme à ceux qui , depuis des siècles , ont vécu sous son influence et conservent encore ses enseignements, bien que chez quelques-uns cet enseignement soit défiguré.

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« De quels moyens disposa-t-il? » Il n'avait pas où reposer sa tète ; il envoya douze hommes choisis dans les conditions les plus humbles ; ceux-ci se dispersèrent aux quatre vents du ciel; la terre entendit leur parole et elle eut foi !

« Cette religion a-t-elle passé par le creuset des persécutions? Quelles ont été ses épreuves? » Le sang de ses martyrs a été la semence des fidèles. La philosophie a épuisé contre elle tous les sophismes, toutes les passions de l'esprit et du cœur. On ne saurait faire un pas sans rencontrer quelque monument des épouvantables luttes qu'elle a soutenues contre les puissants de la terre, contre les sages de ce monde, contre les vices, contre les intérêts, contre les préjugés, enfin contre tous les éléments de résistance qui se peuvent rencontrer ici-bas.

«« Quels furent les moyens employés par les propagateurs du christianisme? » L'exemple et la prédication , confirmés par des miracles. Et ces miracles, la critique la plus scrupuleuse n'en saurait ébranler la certitude; elle n'y parviendrait qu'en proclamant le plus grand de tous, la conversion du monde sans miracles.

Le christianisme a compté, il compte encore parmi ses enfants les intelligences les plus élevées, les plus nobles cœurs. La civilisation chrétienne a distancé de bien loin celle des peuples antiques les plus célèbres. Sur aucune religion on n'a tant disputé, tant écrit; les bibliothèques regorgent d'oeuvres critiques, dogmatiques, philosophiques, scientifiques, littéraires, œuvres capitales dues à des hommes qui ont soumis humblement leur intelligence à la discipline de la foi. Donc on ne peut accuser le christianisme de n'avoir fleuri que parmi des peuples ignorants et barbares ; il a tous les caractères de la vérité; donc, il vient de Dieu.

§ XII. - Les dissidents et l'Eglise catholique.

Dans ces derniers siècles, les liens de l'unité ont été rompus parmi les chrétiens; les uns sont restés attachés à l'Eglise catholique; les autres, repoussant certains dogmes, ont cru pouvoir faire un choix dans le christianisme; mais, en venu

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du libre examen, établi par eux comme principe fondamental, principe qui laisse la foi à la discrétion du croyant, ils se sont fractionnés en sectes innombrables.

Où chercher la vérité? Les dissidents datent d'hier; l'Eglise montre la succession de ses pasteurs , remontant jusqu'au Christ. Les premiers ont varié, ils varient sans cesse dans leur enseignement et leur doctrine; l'Eglise catholique a conservé, conserve encore, une, invariable, intacte, la foi qu'elle a reçue des apôtres. D'une part, la nouveauté, la mobilité, c'est-à-dire le doute et l'angoisse; de l'autre, l'unité, l'antiquité, c'est-à-dire le repos dans la foi, la consécration pour nos croyances , de la raison des siècles et du respect des aïeux. Bénissons Dieu de la part qu'il nous a faite.

Plus encore : l'Eglise catholique enseigne qu'elle est seule dépositaire de la vérité; que seule elle peut guider l'homme dans la voie du salut. Les dissidents reconnaissent que rien, dans les croyances ou les pratiques religieuses des chrétiens catholiques, ne saurait leur attirer l'éternelle condamnation. Les uns n'ont que leur opinion, toute seule, en faveur de la possibilité du salut dans la réforme; les autres en ont deux, celle de leur Eglise et celle des dissidents eux-mêmes. La prudence humaine , à défaut de motifs plus puissants , nous conseillerait de rester fidèles ou de revenir à la foi de nos pères.

Celle revue sommaire nous semble contenir la substance des raisonnements que peut faire un catholique, qui, s'étant mis en état de rendre raison de sa foi , veut prouver qu'en suivant les enseignements de l'Eglise , il est loin de rompre avec la logique et le bon. sens. Signalons maintenant certains écueils contre lesquels les esprits inaltenlifs font trop souvent naufrage.

f XIII. — Méthode employée par certains adversaires de la religion.

Cette méthode, la voici dans toute sa profondeur et sa simplicité : Prendre un dogme particulier , le séparer de l'ensemble dogmatique auquel il appartient, relever certaines difficultés de détail, et, de ces difficultés, conclure hardiment au doute, ou même à la négation absolue du système religieux

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tout entier. Manière de procéder qui prouve non moins de présomption que d'ignorance.

En effet, il ne s'agit point de savoir si notre intelligence est à la hauteur des dogmes révélés, ou si nous sommes en état de résoudre toutes les difficultés qu'on peut élever contre tel ou tel dogme. La religion nous avertit elle-même que les secrets de Dieu, les mystères sont au-dessus de notre raison; que, durant notre court passage sur la terre, nous devons nous résigner à ne voir les vérités qu'à travers des ombres. C'est pour cela qu'il exige de nous la foi.

Dire : « Je ne veux point croire , parce que je ne puis comprendre, » c'est énoncer une contradiction. Si nous comprenions, la foi cesserait d'être une vertu ou même d'être quelque chose. Se faire une arme contre la religion de l'incompréhensibilité de ses dogmes, c'est tourner contre elle une vérité qu'elle reconnaît, qu'elle accepte, et sur laquelle, pour ainsi dire , elle appuie son édifice tout entier. Offre-t-elle des garanties de véracité? Est-elle à l'abri de l'erreur dans ses enseignements? Voilà ce qu'il faut examiner. Etablissez l'infaillibilité de la religion, toutes les difficultés s'aplanissent. Si vous ne vous appuyez sur ce principe, vous ne sauriez faire un pas. Un voyageur digne de foi nous raconte des choses que nous ne comprenons point; lui refusons-nous pour cela notre confiance? Non, sans doute. 11 en doit être ainsi de l'Eglise. Nous savons qu'elle ne peut nous tromper ; qu'importe que son enseignement soit au-dessus de notre raison?

Si Timpuissance où nous sommes de résoudre certaines difficultés suffisait en toutes choses pour justifier le doute, que pourrions-nous croire? Où serait la vérité? On sait combien il est difficile quelquefois de se dégager des liens d'un sophiste habile. Certains esprits pourraient donc, à leur gré, semer l'incertitude et le doute! La Providence leur aurait donc livré comme un jouet la conscience et la foi du reste des hommes!

Dans les sciences , dans les arts, jusque dans les choses les plus simples de la vie, nous nous heurtons à tout instant contre l'incompréhensible. Doutons-nous pour cela? Nous ne compren ons point tel phénomène, mais des témoignages irrécusables

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en attestent l'existence; nous baissons la tète, nous souvenant des limites étroites de notre raison.

Rien de plus commun que ces paroles : « Ce que raconte cet homme me semble impossible ; cependant il est véridique : il sait ce qu'il dit. De tout autre, j'aurais peine à le croire; mais puisqu'il l'affirme, la chose est vraie. » Et, ce que nous disons d'un homme, nous hésitons à le penser, à le dire de l'Eglise !

§ XIV. — La plus haute philosophie d'accord avec la foi.

Certains esprits légers se persuadent qu'en refusant de croire ce qu'ils ne comprennent point, ils se placent au nombre des penseurs. Ce travers confirme la parole de Bacon : « Un peu de philosophie éloigne de la religion ; beaucoup de philosophie y ramène. » S'ils avaient pénétré dans les profondeurs de la science, ils sauraient que le mot mystère est au fond de tout; que la nature nous cache le plus grand nombre de ses secrets; que les êtres, en apparence les plus faciles à connaître, nous échappent dans leur essence et dans leurs principes constitutifs. Cet univers dont l'immensité épouvante notre intelligence, nous ignorons ce qu'il est; nous ignorons ce qu'est notre corps, ce qu'est l'esprit qui l'anime ; nous nous sommes à nousmêmes une énigme dont la foi seule a le mot. Ils sauraient que la science, malgré ses efforts, malgré l'analyse la plus savante, la plus attentive, n'a pu, jusqu'à ce jour , saisir les phénomènes qui constituent et nous font sentir la vie. Ils reconnais traient % que le fruit le plus précieux de nos recherches, de nos méditations, de nos travaux de toute sorte, c'est une conviction profonde de notre faiblesse et de notre ignorance; que modérer, selon les conseils de la religion , notre désir de savoir et de connaître; nous défier des forces et des lumières de notre esprit, est aussi conforme aux leçons d'une saine philosophie qu'à celles de la foi ; ils sauraient enfin que l'enseignement religieux nous élève dès notre enfance en des régions que n'ont pu atteindre, par un travail de plusieurs siècles, tous les efforts de la sagesse humaine.

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§ XV — Celui qui abandonne la religion catholique ne sait où se réfugier.

Nous venons de jalonner la route qui mène à la religion catholique; voyons ce qui se présente en dehors de cette voie. Au sortir de la foi de l'Eglise, où irons-nous? Vers laquelle des sectes dissidentes, car elles sont nombreuses? quelles raisons avons-nous de préférer l'une à l'autre? Nous déciderons-nous au hasard? Ce serait témoigner pour toutes un égal mépris. Nous rangerons-nous à la philosophie? Qu'est-ce que la philosophie? Doutes, négations, ténèbres. Adopterons-nous un symbole en dehors du dogme chrétien? Mais lequel? A moins, toutefois, que l'islamisme ou l'idolâtrie ne séduisent notre raison.

Donc, abandonner le catholicisme, c'est abjurer implicitement toute croyance dogmatique; et, cependant, les années s'amoncellent; l'on s'avance dans la vie, sans guide pour le présent, sans lumières pour l'avenir; on arrive au terme fatal, et l'on tombe à ['improviste dans j'abîme sans fond.

Toutes les garanties de vérité que la raison peut offrir à la foi ; toutes les garanties de vérité que les besoins du cœur, que nos instincts religieux , que les nécessités individuelles et sociales peuvent donner à la raison, nous les trouvons dans le catholicisme; la loi qu'il nous impose est pleine de mansuétude; elle est juste, droite, en même temps que bienfaisante. Celui qui 1'aecomplit devient semblable aux anges. Il se rapproche de la beauté idéale , il réalise en lui la plus haute poésie que l'humanité puisse rever. Celle loi nous console dans nos infortunes ; clic nous donne la paix dans les heures difficiles; elle clôt nos yeux dans l'éternel repos ; elle nous apparaît d'autant plus indubitable, d'autant plus éclatante de vérité, que nous sommes plus près de la mort. Dans sa bonté, la Providence a voulu placer les inspirations les plus douces , les plus consolantes de la foi sur les bords de la tombe, comme des hérauts, pour nous avertir que nous allons fouler le seuil de 1 éternité.

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