SERRES A MULTIPLICATION
La multiplication des plantes est un art pour lequel la pratique du jardinier est loutj appu}é sur de certaines règles, son intelligence et l'expérience qu'il acquiert sont pour lui des guides plus sûrs que toutes les théories. Cet art a fait de tels progrés de nos jours et est devenu d'une importance telle pour l'horticulteur de profession , que nous croyons devoir indiquer quelques modèles de serres les plus favorables par leur disposition à ce genre d'opéralion aussi utile à l'ornement des parterres et des jardins d'hiver qu'à la décoration des appartements durant la saison des fêtes.
Les bâches ou serres à multiplication plus spécialement destinées aux boutures, pour être bonnes, doivent être enterrées dans le sol de même que les serres à orchidées; elles doivent être assez basses pour que les panneaux vitrés soient aussi près que possible des plantes; on comprend que dans un terrain trop sec il faudra creuser plus profondément que dans un sol marneux. L'exposition de ces sortes de serres doit être le midi ; leur inclinaison est de 30 à 35
degrés. Comme dans toutes les serres, le principal but ici doit tendre à faire naître autour des végétaux les circonstances au milieu desquelles les diverses espèces aiment à croître. Les arbrisseaux propres à l'ornement des jardins et plusieurs grands végétaux se multiplient à l'air libre ; d'autres plantes, dont les boutures reprennent facilement, sont bouturées dans des pots enfoncés soit dans une couche sourde, soit dans la couche d'une bâche peu élevée et peu aérée que l'on ombre toutes les fois que le soleil vient frappar dessus *. Enfin, la multiplication de végétaux plus délicats auxquels la chaleur est de première nécessité, se fait dans des serres à multiplication ou à boutures. Ces sortes de serres doivent être un peu humides; on aura soin de n'y laisser pénétrer aucun courant d'air, et les plantes recevront qu'un jour doux. Quel que soit le degré de température nécessaire, il devra toujours être maintenu égal jour et nuit. Un égal degré d'humidité au pied des bou-
* L'Art de faire les boutures, pur M. Neumaiin, forme un ouvrage :t part. (Note de l'éiuteuk.)
tures n'est pas moins indispensable. De tous les modes de chauffage, le thermosiphon est celui qui remplit le mieux celte condition : la chaleur des tuyaux qui circulent sous les planchers échauffe la masse, et la reprise des boutures est mieux assurée que par aucun autre procédé connu; toutefois il est bon que les racines des boutures ne reçoivent pas une chaleur plus grande que celle qui enveloppe les parties aériennes de ces jeunes plantes, si on ne veut pas les voir s'étioler.
Nous avons vu une application ingénieuse de ce système, chez M. Chauviére, dans le chauffage d'une bâche dont nous donnons la coupe perpendiculaire, fig. 52; a a, planchers mobiles que l'on élève ou que l'on descend à volonté, selon la hauteur des plantes, au moyen de quatre broches à écrou placées aux quatre angles ; le châssis est à double vitrage, les carreaux sont placés à 5 cent, l'un de l'autre. Un soleil modéré ne peut qu'être favorable à des boutures ainsi couvcrt(!S d'un double verre; mais s'il devient trop ardent, on rompt ses rayons au moyen de toiles ou de paillassons lrè«-clairs ; à cet effet, des montants fixés au-dessus de ce châssis supportent à la hauteur de 33 cent, des barres horizontales destinées à recevoir d'autres barres transversales mobiles b b s'y adaptant au moyen d'encoches et sur lesquelles se posent les paillassons. Le vitrage esta t mélre de dislance du fond de la bâche à la parlie la plus élevée, son inclinaison est de 30 degrés. Une bâche ainsi faite a paru d'une grande utilité soit pour bouturer, soit pour forcer : quoique le service soit assez difficile, les planchers mobiles, le chauffage dont on voit les tuyaux cr, (!t la facilité d'ombrer à distance, de manière
à ne laisser pénétrer qu'une lumière douce, présentent des avantages réels. Les planchers ont ici 1 mètre 50 cent, de long sur une largeur de 1 mètre 30. Nous n'avons représenté que deux panneaux; il est bien entendu qu'on peut au besoin établir une bâche formée d'un plus gpand nombre de panneaux.
Lorsque l'on fait des boutures étouffées, les cloches pourront être remplacées, dans certains cas, par des coffres portatifs et sans fond, fig. 53. L'a.ssemblage en chêne est maintenu dans son milieu par une barre; la hauteur de la partie postérieure peut être de 20 à 25 centimètres, 15 centimètres suffisent pour le devant. Des rainures sont ménagées pour faire glisser des verres, que l'on arrête au moyen de petits tourniquets fixés dans l'épaisseur antérieure du bois; ces châssis ne demandent pas autant de soin dans leur construction que ceux qui doivent être exposés à l'air; le jardinier peut les construire luimême (!n planches brutes assemblées aux angles sur des bois équarris : alors on pos(> simplement les verres dessus. Lorsque les boutures sont reprises sous les cloches, ou les fait passer sous ces bâches, comme intermédiaires, pour les hal)ituer à l'atmosphère de la serre. Les boutures reprennent toujours mieux sous cloche que sous ces sortes de bâches; néanmoins elles pourront être employées d'une manière efficace pour les plantes dont le bouturage cstfacile.
La fig. 5'(- représente une serre à multiplication èlalilie chez M. Chauvièn;; les tablettes destinées à recevoir les pots à multiplication sont couvertes de sable à une épaisseur de 12 à 15 centimètres. Le plan indique le parcours des tuyaux de chauffage à l'eau chaude; c, chaudière du tlier-
mosiphon ; le dessous des (ableltes où passent les tuyaux e e soutenus par des supports en bois, est vide; le devant est fermé, mais des trappes cl à charnières s'ouvrent de distance en distance pour laisser à la chaleur le moyen de se répandre dans ralmosphère de la serre; /j galerie supérieure pour le service des paillassons.
Chez M. Lemichez, successeur de M. Fion, il existe une serre à boutures, fig. 55, à deux versants, construite dans les conditions les pl&s favorables aux opérations délicates auxquelles elle est destinée. A, tambour ou cabinet auquel on descend parles marches b b, et communiquant à la serre par les portes vitrées établies en / /; foyer et chaudière à thermosiphon distribuant Peau dans les tuyaux méplats ou cuivre i i, lesquels parcourent toute la partie du milieu audessous de la tablette ; k, conduit de fumée allant se perdre dans la cheminée g ; une petite porte est ménagée au-devant pour l'enlèvement de la suie ; une porte semblable existe en ::> pour nettoyer le tuyau de fumée du poêle d , dont le service se fait par un escalier de quatre marches souterraines c, la fumée de ce poêle s'échappe par le tuyau c e et vient sortir par la cheminée g ; on allume ce poêle quand le thermosiphon est en réparation, ou lorsque, dans les hivers rigoureux, la chaleur de ce dernier ne suffit pas à entretenir la température voulue; o o, tablettes suspendues par de petiti supports en fer prés des jours; les tablettes des parties latérales sont supportées par des poteaux verticaux, le dessous est vide ; le dessous de la tablette du railieu est fermé, la chaleur se répand dans la serre par des trappes à charnières ; nous avons représenté ces trappes telles qu'elles existent; mais il nous paraîtrait physique-
ment plus convenable qu'elles s'ouvrissent en contre-bas, ainsi que cela existe fig. 54 ; le calorique, en se dégageant dans la serre dans un sens moins direct , s'y répand d'une manière plus uniforme, et le dessous de la tablette se trouve ainsi éprouver une perte de chaleur moins brusque. Toutes ces tablettes sont recouvertes d'une épaisseur de 15 centimètres de sable devant recevoir les pots. Nous avons vu chez M. Chauvière, dans une serre à peu près semblable , multiplier les Pélargonium en pleine terre ; à cet effet la tablette du milieu est assez basse pour faciliter les mouvements du jardinier, et le sable est remplacé par de la terre de bruyère.
M. Paillet, horticulteur à Paris, a disposé une suite de onze serres , dont nous donnons l'en-emble fig, 56. Toutes ces serres ont chacune leur entrée particulière formée d'une double porte, ainsi que l'indique le n" 1, môme figure ; mais la disposition intérieure est Irès-avanlageuse en ce qu'elle permet aux travailleurs de parcourir toutes les serres sans être obligés d'ouvrir au dehors. Une longue galerie, située au fond de a en a fig. 57, offre celte circulation utile et est commode pour resserrer les pots vides, les outils, faire les rempotages, etc. ; des tablettes disposées dans toute la longueur de cette galerie, vitrée comme les serres, reçoivent des plantes en pots.
La fig. 58 est la coupe transversale d'une des serres; les chevrons c c viennent s'enchevêtrer dans la faîtière b; les châssis seuls sont vitrés, et la partie en contre-bas des points» n est garnie de planches en chêne; le zinc serait préférable; t/, tablette suspendue sur des montants en fer de distance en distance; celte coupe indique la disposition du
(•hauiïagc à Peau chaude établi dans chacune des serres , le parcours des tuyaux se voit au n" 1 de la fig. 57. Le foyer /, fig. 58, s'alimente de l'extérieur en descendant quelques inarches plus bas que le sol. Dans ces serres admirablement tenues, se cultivent et se multiplient en grand nombre les Camellias, les Rhododendrons, les Azalées, les Acacias, les Pimelea, lesEpacris, les Bruyères, etc. Partout la végétation exubérante de toutes ces charmantes tribus y dévoile le talent et le savoir de l'infaligablo M. Paillet.
La onzième serre B est un jardin d'hiver, dont ou ne peut se faire une idée que lorsqu'on y pénètre à l'époque de la floraison des camellias, des rhododendrons, des azalées, des acacias, et plus tard des dahlias, etc., qui, rangés par groupes, offrent \ç coup d'œil le plus enchanteur dont on puisse avoir une idée. Cette serre est assez élevée pour recevoir des arbres exotiques, et plus tard sans doute y verrons-nous en pleine terre les beaux végétaux de la Nouvelle-IIoilaude, d.i Cap et de l'Amérique septentrionale Les cotés verticaux vitrés s'élèvent h un mètre sur un mur élevé aussi d'un mètre au-dessus du sol. Une galerie i est ménagée sur le faite pour le service des paillassons, qui se reploient, à l'abri des pluies, au-dessous de la saillie que forme cette galerie.
Nous reproduisons ici le conseil que nous avons donné dans un autre travail * sur la disposition d'une serre à
* Xotion.s sur l'art défaire les boulares.
multiplication, telle que nous la concevons pour la prospérité des jeunes plantes qui y doivent prendre plac<\ Deux bAches A A, fig. 8!), planche -^-I, seraient établies de chaque côté de l'allée principale B; deux allées latérales C C circuleraient tout au jmurtour pour le service des jardiniers ; les planchers des bâches seraient recouverts d'une épaisseur dciO à 1 5 centimètres de sable ou autre matière devant recevoir les pots ii boutures qui y doivent être enterrés. Les tubes d'un ihermosiphon passeraient sous ces planchers, échaufferaient la matière oii plongent les pots, puis les pots eux-mêmes, et émettraient leur calorique dans l'atmosphère de la serre, au moyen de trappes établies à charnières et s'ouvrant dedistance en distance de chaque côté des bâches, trappes au moyen desquelles on peut régler la température intérieure de la serre. Les dimensions d'une telle serr.* peuvent varier selon les localités et selon les besoins, il faut seulement se rappeler que les boutures demandent à être au plus près possible des vitrages. La coupe de cette serre peut représenter une largeur de '( mètres, dont 1 mèt. 50 cenlim. sont employés pour les chemins. Ma'\s si la serre à construire devait être moins large, un seul chemin pourrait être ménagé au milieu. Nous pensons qu'une serre à multiplication établie selon ces principes remplirait les conditions voulues pour que l(;s boutures profitent de l'influence de la lumière, et soient soumises à une température maintenue égale nuit et jour.