DES SERRES EN GENERAL
Avant de nous occuper des détails de construction des divers genres de serres, des moj'ens d'j entretenir la chaleur, et des soins à donner aux plantes qu'on y cultive, il est nécessaire de prendre d'un point de vue général un aperçu de notre sujet. Qu'est-ce qu'une serre, et dans quel but doit elle être construite? On peut définir une serre un bâtiment à toit vitré, destiné à servir d'abri à un certain nombre de végétaux qui ne peuvent supporter la température extérieure pendant une partie de l'année. De cette définition ressort le but de ces constructions : ce but, pris dans son sens le plus large, est de rendre possible la culture de toutes les plantes du globe hors du pays où la nature les a placées -à l'état sauvage ; d'où il résulte que dans la construction d'une serre, quel que soit le genrede plantes qu'on se propose d'y cultiver, le problème à résoudre peut être exprimé par celte formule : Placer les végétaux dans les mêmes conditions que sous leur climat natal, ou le plus près possible de ces conditions. C'est à ce principe, dont il n'est jamais permis de s'écarter, que nous rapporterons tout co que nous avons à dire sur la construction des serres
en général. C'est en raison de ce principe que nous avons défini la serre un bâtiment à toit vitré. En effet, comme on le verra dans la suite de cet ouvrage, la lumière exerce la plus puissante influence sur la vie des végétaux j or cet élément indispensable de la vie végétale n'est pas à notre disposition, et nous devons employer tous les moyens en notre pouvoir pour le dispenser avec entendement autour des plantes que nous sommes obligés de soustraire aux intempéries de la latitude sous laquelle nous vivons. Nous pouvons bien, par des moyens artificiels très-perfectionués de nos jours, modifier à notre gré la température des serres; l'état hygrométrique de l'atmosphère des serres est encore un élément très-puissant dont nous disposons sans restriction, depuis l'extrême sécheresse jusqu'au degré de saturation de l'air par la vapeur d'eau. Il n'en est pas de même delà lumière ; quand il n'y en a pas, il faut bien nous en passer : tout au plus pouvons-nous en modifier l'action quand elle nous semble trop vive; mais si le ciel est sombre et brumeux, impossible de faire luire le soleil à volonté. C'est du moins pour ne rien perdre de ce que la nature
accorde aux climats européens (II- lumière solaire, que !es toits de nos serres doivent être, formés de châssis vitrés. Nous admettons encore comme un principe applicable à toute espèce de serre que partout où la maçonnerie et la charpente ne sont pas indispensables elles doivent être considéréescomme nuisibles, dans ce sens qu^il y en a toujours trop, et que tout ce qu'on peut en supprimer pour mettre des vitrages à la place est autant de gagné pour le bienêtre des plantes de serre.
§ I- — Choix de l'emplacement : exposition, classification des serres.
On ne saurait apporter trop de soin dans le choix de l'emplacement sur lequel on se propose d'élever une serre. Il ne s'agit pas seulement de l'effet ornemcnlal, qui pourtant ne doit point être négligé dans les choses de goût et d'agrément; il s'agit surtout des conditions qui peuvent influer sur la santé des végétaux que renfermera la serre : car, autant le véritable amateur recueille de jouissances journalières dans une serre bien tenue où les plantes exotiques végètent avec vigueur et fleurissent comme sous leur climat natal, autant le propriélainï inexpérimenté se prépare de déceptions et de dégoûts, lorsque, après avoir dépensé beaucoup d'argent à construire une serre, il y verra les plantes achetées à grands frais jaunir et dépérir pour quelque cause qu'il n'aura pas su prévoir. Les circonstances principales que réclame l'emplacement d'une serre sont: 1° un sol naturellement sain, exempt d'humidité souterraine; 2' une situation aérée quoique abritée, exempte du
voisinage pernicieux des marais ou des fabriques à résidus malsains dont les exhalaisons porteraient la mortalité dans la serre ; 3° enfin, une exposition convenable. Ce dernier point, le plus important de tous, mérite un sérieux examen.
L'exposition, dans lelangagedcs horticulteurs, s'exprime par l'heure à laquelle les rayons solaires commencent à frapper directement sur le vitrage antérieur de la serre. C'est ainsi qu'on dit vulgairement que l'exposition d'o/irc lu'iires convient aux serres chaudes, pour exprimer qu'elles doivent être orientées de manière à recevoir directement le soleil à onze heures. Nous indiquerons ici les expositions que, dans la pratique, nous avons reconnues comme les meilleures pour chaque espèce de serre; nous classons à ce sujet les serres dans l'ordre de leur importance, en commençant par les plus simples et finissant par celles qui exigent l'emploi combiné de la plus haute température et de la plus grande humidité atmosphérique; nous les reprendrons ensuite l'une après l'autre, et nous nous étendrons sur l'usage de chacune d'elles et sur les améliorations dont elles sont susceptibles.
1" liois ou châssis. C'est la plus simple desserres; elle se réduit le plus souvent à un cadre de bois ou de maçonnerie légère, posé sur le sol ou enterré de manière que le sol intérieur soit plus bas que le sol extérieur, et recouvert d'un châssis vitré; l'exposition qui convient à ce genre de construction est celle du plein midi, ou modifiée selon les plantes qu'elle contient,
2" Serre mobile. Nous la mentionnons seulement pour mémoire, car ce n'est point une serre à proprement parler; c'est une simple garniture de chAssis vitrés qu'on adapte
passagèremcnl à un mur d'espalier pour Iiàter la maturité des fruits, ou la floraison des plantes grimpantes d'ornement. L'exposition des serres mobiles varie comme celle de l'espalier qui les reçoit; elle comprend tous les points du compas entre le sud-sud-est et le sud-sud-ouest, depuis le soleil de dix heures du matin jusqu'à celui de deux heures après midi, comme disent les jardiniers.
3" Oramjerie. Ce n'est pas non plus une serre à proprement parler, puisqu'aucune plante ne saurait y vivre toute l'année, ou végéter sans s'étioler faute d'une lumière suffisante; son caractère propre est de n'admettre les végétaux que pendant le sommeil de leur végétation. L'orangerie demande l'exposition du plein midi.
i" Serre froide (Grecn-Houçe et Conservatory des Anglais). Celte serre se construit toujours à deux versants : elle peut être construite à l'exposition de l'est, de l'ouest et même du nord ; celle du midi ne convient pas aux plantes qu'elle doit contenir.
5° Serre tempérée. Elle peut se construire à un ou deux versants , elle admet toutes les modifications possibles de forme et de dispositions intérieures; c'est la plus universellement en usage. L'exposition de la serre tempérée peut varier du sud-est au sud-ouest plein, et commencer par conséquent à recevoir le so<eil depuis dix heures jusqu'à deux heures.
6" Strrc rliunde sèche. Elle se construit plutôt en appentis à un seul versant que sous toute autre forme; on lui donne ordinairement l'exposition du sud légèrement sudest, qui lui permet de recevoir le soleil à onze heures : l'exposition du plein midi peut également lui convenir.
7* Serre rliunde humide. On la construit de préférence le long d'un mur en terrasse, à l'exposition du plein raidi. 8" Serres pour diverses dent nations spéciales :
a. Serre aux Orchidées. Elle se construit dans les mêmes conditions qu<'la serre chaude humide et à la môme exposition
b. Seire aux Ciietées et autres plantes grasses. Elle exige plusieurs compartiments; elle veut l'exposition du plein midi.
c. Serre pour /es Pélaryoniums. Elle se construit dans les mômes conditions que la serre tempérée, et à la môme exposition.
d. Serre aux lirmjères. Elle se construit à deux versants, dans les mêmes conditions que la serre froide ; mais son inclinaison doit au plus être de 30 degrés, de manière à faire jouir ces végétaux du plus de lumière possible, et surtout de l'air le plus souvent que l'on pourra, quand bien même il n'y aurait que 3 à 4 degrés au-dessus de 0 au dehors.
e. Serre pour les Camell'as. Elle se construit dans les mêmes conditions que la serre froide, mais l'exposition du plein nord et celle du plein midi ne lui conviennent pas; elle admet sans incoîivénient toutes les autres expositions.
f. Serre pour les plantes bulbeuses. De même que les Pélargoniiims , ces plantes aiment à vivre dans un milieu bien éclairé- la serre qui les contient n'a pour but que de les préserver de l'atteinte du froid; on la construit à l'exposition de l'est et de l'ouest, et elle doit être vitrée de tous côtés.
9" Serre à miiltiplieatioii. Les conditions fie la serre chaude humide conviennent à ce genre de construction ; les végétaux en niulliplicalion ne devant être éclairés que par un jour doux, l'inclinaison doit être assez basse pour qu'ils puissent en profiter avec avanlage.
10" Serre à forcer les Prinievrs. Les principes de la construction sont ceux d(; la serre tempérée, mais à un seul versant; elle demande l'exposition du midi. La serre aux Ananas surtout demande l'exposition la plus chaude et la mieux abritée; ces plantes peuvent supporter 'lO degrés de chaleur, et végètent dans un air stagnant; la serre qui les contient doit donc être construite solidement, et close de manière à ne pas laisser pénétrer le moindre air froid durant l'hiver; plus la température dans laquelle croissent les Ananas est élevée, plus le succès est assuré, ayant soin toutefois de proportionner les arrosements à la chaleur.
§ II. — Construction : choix des matériaux.
Les moellons, la pierre meulière et la brique de bonne qualité peuvent être (;mployés avec un égal siAîcés à la construction des serres; chacun peut profiter à cet égard des facilités que présente sa localité. En général la maçonnerie , à l'exception des fondations , n'a réellement une importance majeure que pour l'orangerie; aussi l'orangerie peut-elle se prêter plus que les serres à servir d'ornement dans les grands jardins, et à recevoir diverses décorations d'architecture. Nous indiquerons, en traitant de chaque genre de serre en particulier, le genre de maçonnerie qui lui convient le mieux; disons dès à présent qu'à
l'exception de la serre chaude humide et de la serre aux Orchidées, où l'humidité est toujours surabondaulc, la maçonnerii! qui fait partie d'une seri-e, surtout celle du mur du fond des serres à un seul versant, doit être solide, épaisse, en bon morlier à chaux et ciment, revêtue à l'extérieur d'uu bon crépissage , et à l'intérieur d'un eiiduit solide, hjdrofuge, s'il se peut, qui n'exige pas de fréquentes réparations : car, de tous les fléaux qui peuvent s'introduire dans une serre quelconque, il n'en est pas do plus redoutable que les maçons.
La pierre meulière n'a malheureusement qu'un petit nombre de gisements assez peu étendus comparativement aux autres masses géologiques du sol de la France ; partout où il est possible de s'en procurer, nous la recommandons comme préférabb; à toute autre pour la maçonnerie dessern!S: en raison surtout de sa porosité, qui lui permet de prendre parfaitement le mortier.
Charpente. — Les avis sont fort partagés à l'égard des avanlag(;s que présentent pour les serres les charpentes en bois comparées aux charpentes en fer. Au premier coup d'fpil tous les axanlages semblent être pour le for, qui, par sa grande solidité, peut être emplové sous un bien moin<lre volume que le bois, et qui par conséquent dérobe moins d'espace aux vitrages et intercepte beaucoup moins de lumière. Mais, en y regardant de plus près, on reconnaît que ces avantages sont balancés par de grands inconvénients. D'abord l'inégalité de dilatabilité entre le fer et le verre, selon l(îs variations de la température, fait très-souvent éclater les carreaux de vitre, ce qui eiilraine de fréquentes
Tcparalions et nécossile la présence toujours désastreuse des ouvriers dans la serre ; puis le fer, en raison de sa force conductrice très-énergique à l'égard de la chaleur, s''écliaufTe et se refroidit plus rapidement que le bois. Enlin, et cet inconvénient n'est pas le moindre de tous ceux <jue présentent les charpentes en fer, ce métal, refroidi par î air extérieur, condense la vapeur d'eau dont l'atmosphère <ieîa serre est toujours plus ou moins chargée; et, comme la situation des pièces de charpente en fer n'est que peu favorable à l'écoulement des gouttes d'eau provenant delà vapeur condensée quelquefois très-rapidement, ces gouttes tombent sur les feuilles des plantes , et leur font un tort auvent irréparable en raison de leur température toujours beaucoup plus froide que la température movenne de l'air •de la serre. Ce n'est pas que ces inconvénients , quoique très-réels , ne puissent être éludés par un habile architecte possédant l'expérience de ce genre de construction; on construit beaucoup de serres à charpente en fer ; sous la direction d'un jardinier expérimenté et soigneux, les plantes peuvent y prospérer : nous avons dû seulement montrer les conséquences qui peuvent résulter de l'adoption du fer substitué au bois pour la charpente des serres.
Les divers genres de bois qu'on peut employer pour former la charpente d'une serre n'ont aucun des défauts ique nous venons de signaler dans les charpentes en fer : «nais ils en ont un grand nombre d'autres, dont le plus sérieux est leur pou de solidité et leur courte durée, à cause de leur continuel contact avec l'humidité chaude à laquelle aucun bois, à la longue, ne peut résister sans pourrir. Vient ■ensuite la faculté dangereuse de se gercer et de se fendre.
chaque petit espace qui reste vacant est bientôt occupé par des insectes qui y déposent leurs œuls et infestent la serre de leur interminable postérité. Le goudron et divers genres de peintures , par lesquelles la peinture verte à l'oxyde de cuivre est plus durable, peuvent à la vérité rendre moins sensibles les mauvais effets de celte propriété fâcheuse du bois, mais ce ne sont que des remèdes partiels et passagers ; on ne peut être dans la serre toujours le pinceau à la main : quand on a donné tous les ans une ou deux couches à l'époque où les plantes sont dehors, on a fait à peu prés tout le possible. Très-souvent on ne peut repeindre que tous les deux ans; dans l'intervalle, la peinture suit nécessairement le mouvement de retrait, du bois et elle ne l'empêche pas d'une manière absolue de se gercer. La peinture gris-perle, à l'oxyde de plomb, est celle de toutes qui fait le mieux ressortir le vert du feuillage des plantes, elle est par ce motif préférable pour Tinlérieur ; la peinture verte est plus durable à l'extérieur.
On a proposé, comme un moyen infaillible de rendre le bois presqu'aussi durable que le fer, de le pénétrer d'une solution 'de deutochlorure de mercure (sublimé corrosif). Celte solution donne en effet au bois une grande durée, une grande solidité ; mais, quelque précaution qu'on puisse prendre , c'est toujours un moyen dangereux. Rien n'est plus subtil, plus pénétrant que les vapeurs mercurielles ; on ne peut^par aucun enduit, par aucun procédé, empêcher ces vapeurs d'cmpoijvonner plus ou moins l'atmosphère des serres : la chose est sérieuse; car il y va non-seulement de la vie des plantes qui vivent dans la serre, mais aussi de la santé et de l'existence même des jardiniers chargés
d'en prendre soin. Il n'y a pas encore bien des années qu'une vaste serre, dont la charpente était imbibée de solution mercuriclle, causa en Angleterre de grands dégâts. Lorsque le procédé de M. Boucherie sera devenu d'un usage vulgaire, les bois saturés d'une solution de nitrate de fer auront pour la charpente des serres tous les avantages des bois préparcs au sublimé corrosif, sans en avoir les inconvénients.
Cependant nous avons vu la serre du duc de Devonshire, à Chatsworlli, construite en bois de sapin imbibé de sublimé, et il ne paraît pas que, jusqu'à présent, il soit arrivé d'accidents. Ce procédé est encore peu connu en France, et nous ne pouvons en dire davantage sur son usage. Nous indiquerons, en traitant des notions relatives à chaque genre de serre en particulier, les moyens qui nous semblent propres à utiliser à la fois les avantages du bois et ceux du fer, en associant ces deux matériaux.
Le bois de chêne de bonne qualité l'emporte sur tous les autres par sa solidité et sa durée, c'est celui de tous qu'on peut employer.sans inconvénient sous un moindre volume. Nous pensons que les autres bois préparés par le procédé Boucherie ne lui seraient point inférieurs; toutefois, ces belles expériences ont encore besoin de recevoir la sanction du temps.
Verre. — Parmi les matériaux employés à la construction des serres, le verre est celui dont le choix exige l'attention la plus scrupuleuse. Le prix élevé du vorre de bonne qualité ne doit point être considéré comme un obstacle. Deux classes do personnes seulement peuvent avoir
des serres à construire : les propriétaires amateurs d'horticulture et les horticulteurs marchands. Quant auxpremiers, rien n'est plus ridicule que d'avoir un mauvais hangar à peine couvert d'un châssis vermoulu garni de verre à bouteille, et d'y placer quelques pots de plantes étiolées, pour se donner le plaisir de dire : Ma serre. Cela ressemble à ces chasseurs qui, parce qu'ils ont deux ou trois mauvais chiens, disent : Ma meute. N'ayez point de serre, si vos moyens vous interdisent celte jouissance ; mais si vous en ave/, une, qu'elle soit ce qu'elle doit être : nous n'avons pas de conseils à donner pour mal faire. La question d'économie est donc, à noire avis, tout à fait subordonnée à celle de la santé des plantes, pour le propriétaire-amateur qui fait construire une serre. A plus forte raison en est-il de même pour le jardinier de profession; toute économie qui peut compromettre la belle végétation de ses plantes, est pour lui un(> économie ruineuse.
En Angleterre et en Belgique, où les serres sont nombreuses, on fabrique des feuilles de verre très-blanc , destinées particulièrement au vitrage des châssis des serres ; ce vitrage est en général composé , dans ces deux pays, de carreaux plus grands que ceux qu'on emploie en France, etdontles dimensions ordinaires sont de -ijcenlim. sur 33. Le verre des panneaux des serres doit être aussi blanc que possible, non-seulement parce que le verre d'un ton verdàtre j<'tlesurles fleurs, soit blanches, soit de nuances délicates, un reflet désagréable, mais aussi parce que le verre blanc est celui qui se prêle le mieux à l'introduction libre de la pure lumière, élément indispensable de la santé des végétaux. Des expériences, trop récentes encore pour être
concluantes, ont été commencées dans le but de s'assurer de rinfluence des verres de diverses couleurs sur la végétation; il paraît que jusqu'à présent l'influence de la couleur bleue paraît être la plus favorable à la vie végétale.
Le verre doit être examiné soigneusement , feuille à feuille, pour s'assurer qu'il n'v existe a icune de ces soufflures contenant de l'air, connues des vitriers sous le nom (Vijeiix ou de larmes. La forme plus ou moins lenticulaire de ces soufflures produit l'effet d'une lentille d'opticien, en concentrant les rayons solaires, de manière à établir au point de réunion de ces rayons, qu'on nomme foyer de la lentille, une suite de points fortement échauffés, points dont la série correspond à la marche apparente du soleil sur l'horizon. Qu'une plante placée près ou loin du vitrage soit exposée à l'effet de ces soufflures, on remarquera très-distinctement sur son feuillage des lignes courbes complètement brûlées; ces brûlures peuvent être mortelles pour les plantes délicates.
Les carreaux du vitrage des serres se posent en recouvrement les uns sur les autres : la portion de chaque carreau recouverte par celui qui lui succède ne saurait être trop étroite; nous ne pensons pas qu'elle doive, dans aucun cas, dépasser 5 millimètres de largeur. Un recouvrement trop large a plusieurs graves inconvénients: l'humidité séjourne constamment, en hiver, entre les deux portions de carreau qui se recouvrent; s'il survient un froid très-vif, la température intérieure de la serre aura beau être élevée, elle n'empêchera pas cette humidité de geler; très-souvent ce peu de glace pris entre deux verres suffira pour les faire éclater; puis, il est impossible d'empêcher l'introduction
de la poussière entre les deux carreaux, il est tout aussi impossible de l'en déloger ; ce sont autant de bandes opaques qui dessinent toutes les lignes de jonction des carreaux, c'est autant d'espace dérobé à l'introduction de la lumière. Nous insistons sur ces détails parce qu'on aurait tort de les croire sans importance.
On évite d'une manière absolue l'introduction de l'eau entre les carreaux du vitrage des serres, au moyen du plombage très-usité en Angleterre; il n'y faut employer que des lames de plomb de l'épaisseur d'une feuilfe de papier à dessiner, elles ne doivent pas occuper plus de largeur que n'en aurait le recouvrement : la fig. 1 montre la meilleure manière d'employer les feuilles minces de plomb pour le vitrage des serres.
Quelquefois on préfère au plomb le mastic, par le moyen duquel on obtient le mémo résultat avec moins de dépense; l'emploi du mastic n'est pas nuisible à l'introduction de la lumière, lorsqu'il ne recouvre pas plus de quatre ou cinq millimètres de largeur.
Nous donnons ici trois recettes de mastic très-usitées en Angleterre pour le vitrage des serres.
1" Blanc de cérusc et huile de lin crue, quantité suffisante pour former une paie molle. Ce mastic est très-durable parce qu'il se forme à sa surface un enduit huileux qui le conserve ; mais il est d'une lenteur désespérante à sécher, l'huile de lin crue étant très-peu siccative de sa nature.
2° Blanc de céruse ethuile de lin crue, quantité suffisante pour former une pâte consistante. Ce mastic sèche plus vite que le précédent ; s'il n'est pas appliqué avec beaucoup de soin, il est sujet à se crevasser.
3° Blanc de ccrii^o ol sable fiu, de chaque parties égales. Hdile d(^ liiicuile, quantité suffisante pour former une pâte molle. Le seul défaut de ce mastic est sa grande ténacité; il fait pour ainsi dire corps avec le verre, et il est trèsdifficile de l'en détacher lorsqu'il y a des carreaux à remet- Ire au vitrage de la serre.
§ III. — Forme des serres.
Les diverses formes qu'on peut donuf.T aux serres modifient celles des panneaux vitrés qui en font partie; nous n'avons à examiner en premier lieu 'que les serres dans le dessin desquelles il ne peut entrer que des lignes droites, et celles qui admettent des lignes courbes. On nomme les premières «)([/î//«im et les secondes ciircili<jHi's.
Les formes angulaires sont les plus en usage pour la consiruclion des serres ; la préférence qu'on leur accorde est fondée sur plusieurs avantages qui nous semblent trèsréels. En première ligne se présente la facililé du service extérieur, facililé bien plus grande sur les serres angulaires (|ue sur les curvilignes. Le service extérieur d'une serre consiste dans les travaux inévitables de réparations et d'entretien, tels que remplacement des carreaux cassés et renouvellement de la peinture des châssis, et dans la manœuvre journalière des toiles lîl des paillassons, manœuvre que nou.s décrirons plus loin. Pour tous ces travaux, il faut de toute nécessité appliquer .fréquemment des échelles : sur les serres angulaires, qui n'offrent que des surfaces plaies, les échelles s'appliquent aisément partout; il n'en est pas de même sur les serres curvilignes, dont les sur-
faces bombées ne pourraient admettre que des échelles b isées, toujours difficiles à manœuvrer, e! sujettes à se détraquer, parce qu'elles sont formées de plusieurs fractions d'échelle réunies. Il en résulteque, dans la pratique, l'extérieur desserres curvilignes est presque inabordable; nous avons vu plus d'une fois des ouvriers, d'ailleurs adroits et atlentifs, casser quatre carreaux en allant en remettre un, ce qui n'est jamais arrivé, à notre connaissance, pour aucune serre de forme angulaire.
Quant à la manœuvre des toiles et des paillassons, elle est de beaucoup plus simple et plus aisée sur les châssis plats des serres angulaires que sur les châssis bombés des serres curvilignes. Dans le premier cas, un seul ouvrier peut étendre et replier les toiles à volonté ; dans le second, il faut le travail de deux ouvriers. En outre sur les surfaces bombées, les toiles ne peuvent être tendues comme sur les surfaces plates; pour qu'elles se tiennent à une distance convenable des vitrages, il faut établir à égale dislance du haut et du bas de la serre une traverse en fer : de quelque manière qu'on s'y prenne, celle ira\crse coupe les toiles < t les met promplemeut hors de service.
Nous avons entendu alléguer en faveur desserres curvilignes la concentration de chaleur solaire qui doit résul- Icr de leur forme. Cette concentration ne nous paraît pas un avantage bien important, puisque, tant que dure la belle saison, nous sommes dans la nécessité d'ombrager les serres. Resterait l'ulililè d'un peu plus d(; chaleur solaire en hiver, mais dans celle saison le soleil n'est pas assez élevé, ses rayons arrivent trop obliquement sur les vitrages, pour qu'il y ail une différence bien sensibb; dans la chaleur
'qu"'ils produisent à l'intérieur delà serre angulaire ou curviligne. L'observation de la marche du thermomètre nous a mis à môme de remarquer très-souvent qu'au moment où 3e soleil commence à frapper sur les vitrages, le thermomètre monte en effet plus vile d'un certain nombre de degrés dans la serre curviligne que dans la serre angulaire ; mais lorsque le soleil est prés de se coucher, l'effet conïrairc a lieu d'une manière très-sensible : c'est-à-dire que le refroidissement est plus rapide dans la serre curviligne que dans la serre angulaire.
L'abaissement plus prompt du thermomètre au soleil couchant dans les serres curvilignes est-il réellement l'effet de la forme curviligne, ou doit-il être seulement attribué à ce que l'on construit en bois les serres angulaires et en fer îes serres curvilignes? La propriété conductrice de la chaleur, propriété très-prononcée dans le fer et presque nulle dans le bois, doit être pour quelque chose dans cet effet, que nous avons constaté par de; observations souvent renouvelées.
La forme des serres, angulaires, curvilignes, peut varier à l'infini, soit en raison de leur destination, soit en raison de l'espace dont ou dispose et des dimensions du jardin dans lequel elles doivent s'encadrer. Nous donnerons en traitant de chaque espèce de serre de> modèles de formes variées les mieux appropriées à la culture des plantes qui ^loiventy vivre, ainsi qu'à l'elfet ornemental dont est sus- •ceptible ce genre de construction.
§ rV. — Inclinaison.
L'un des points les plus importants et les plus délicats de
la construction de toute espèce de .serre angulaire, c'est d'en déterminer avec précision l'inclinaison ; c'est-à-dire l'angle formé par la pente des vitrages avec la ligne horizontale. La géométrie, au moyen d'un instrument nommé quart de cercle, donne des règles fixes et sûres pour obtenir ce résultat : mais ces règles ne peuvent être appliquées que quand la construction de la serre est confiée à un architecte de profession, ce qui n'a pas lieu le plus souvent; le propriétaire ou le jardinier, l'un et l'autre peu familiers avec la géométrie et hors d'état de se servir d'un quart de cercle, sont la plupart du temps leurs propres architectes, et font construire leurs serres sans recourir à un homme de l'art. C'est en leur faveur que nous essaierons de démontrer comment toute espèce d'inclinaison peut être obtenue sans le secours de la science et des instruments de géométrie. Pour bien comprendre l'importance de cette partie de la construction des serres, il suffit de se rappeler que, plus les vitrages présentent perpendiculairement leur surface aux rayons du soleil à midi, plus la chaleur se concentre sous le châssis, soit qu'il fasse partie d'une serre, soit qu'il appartienne à une simple bâche. Par la même raison, plus les rayons du soleil frappent obliquement à midi les vitrages, moins ils produisent de chaleur à l'intérieur de la serre. Prenons d'abord la plus simple des démonstrations. Tout cercle se partage arbitrairement en 360 divisions nommées degrés; ce sont ces degrés qui servent à mesurer l'inclinaison. Nous avons un premier fait connu pour point de départ : toutes les fois qu'une serre quelconque a son mur du fond égal en hauteur à la largeur totale de l'espace qu'elle occupe sur le sol, son inclinaison est do 45 degrés;
il est inutile de donner ici la démonstration mathématiquo de ce fait, puisqu'il est hors de contestation. Ainsi, dans la serre représentée fig. 2, la largeur de la base est de 3 métrés à la naissance du vitrage, selon la ligne A B ; la hauteur du mur du fond, à partir de ce même niveau correspondant à la naissance du vitrage, est également de 3 mètres de B en C : par cela seul que ces deux longueurs , l'une horizontale, l'autre perpendiculaire, sont égales, il est matériellement nécessaire que l'inclinaison du vitrage D soit de 45 degrés, et il en sera de même toutes les fois que celte égalité se rencontrera, quelles que puissent être d'ailleurs les dimensions de la serre.
Mais, si l'égalité de ces deux longueurs donne 4 5 degrés d'inclinaison, il est évident que toute diminution dans la hauteur du mur du fond donnera moins de degrés d'inclinaison , et que toute augmenlaliou de hauteur donnera plus de 45 degrés d'inclinaison. Il est encore évident que, si la hauteur du mur du fond de la serre représentée fig. 2 était divisée en 45 parties, chacune de ces parties représenterait un degré d'inclinaison, et qu'en marquant ces 45 divisions sur le mur on aurait 45 inclinaisons différentes, depuis 1 degré jusqu'à 45; c'est une règle toute faite pour trouver toutes les inclinaisons possibles.
En effet, on peut toujours supposer que la serre ou la bâche dont ou veut déterminer l'inclinaison doit eu avoir une de 45 degrés; ce qui arriverait si l'on donnait au mur du fond une hauteur égale à la largeur de la construction totale. En divisant cette largeur par 45, le résultai de cette division correspondra à un degré d'inclinaison. Dans la pratique, on ne procède que par des différences moindres
de 5 degrés; de sorte qu'au lieu de diviser par 45 on pexïf ne diviser que par 9, ce qui rend le calcul beaucoup plussimple. Voj'ons les applications de celte régie.
On veut construire une bâche de 1 '",35 de large, de telle sorte que son vitrage mis en place présente une inclinaison de 10 degrés. Pour une inclinaison de 45 degrés, il faudrait, comme on l'a vu , donner au mur du fond une hauteur égale à la largeur totale de la bâche, c'est-à-dire une hauteur de 1"',35 au-dessus du niveau du mur de devant.
1°',35 divisé par 9 donne 15; d'où il résulte que chaque hauteur de 15 cent., ajoutée au mur du fond de la bâche prise pour exemple, équivaul à 5 degrés d'inclinaison : l'inclinaison chercliée étant de 10 degrés, le mur du fond A, fig. 3, aura au-dessus du sol 30 cent, de hauteur de plus^ que le mur antérieur B; et le châssis C, posé sur ces deux, murs, aura 10 degrés d'inclinaison. On voit que dans cesdeux constructions il a fallu commencer par élever, avant aucun calcul, la maçonnerie hors de terre au niveau du mur de devant des quatre côtés, de manière à former uu encaissement tel que le représente la fig. 4. Cela fail, ou calcule, comme nous l'avons fait, ce qu'il faut ajouter au mur du fond pour avoir l'inclinaison voulue, et l'on coaduit la maçonnerie des côtés selon celte inclinaison.
Dans la figure 5 la largeur totale supposée de la bâche est de 1"',65, et Ton veut lui donner 20 degrés d'inclinaison. r" ,C5 divisé par 9 donne pour quotient 18 cenliin. 33 millim.; cette longueur représente 5 degrés d'inclinaison, comme dans l'exemple précédent : pour 20 degrés on la multiplie par 4, ce qui donne 73 centim. 32 millim. pour la hauteur de la maçouuerie à ajouter au côté postérieur
de l'encaissement de la bâche commencée ; l'inclinaison se trouve alors être nécessairement de 20 degrés.
Dans la fig. 6, nous avons voulu montrer comment, par le même principe, on peut donner aux vitrages d'une serre «ne inclinaison plus grande que i5 degrés. On suppose à la serre une largeur totale de 5 mètres, et l'on cherche qu'elle sera la hauteur du mur du fond pour donner aux vitrages une inclinaison de 55 degrés; 5 mètres divisés par 9 donnent pour quotient 55 contim. 55 millim., longueur qui correspond à 'i degrés d'inclinaison. Nous savons qu'en donnant au mur du fond 5 mètres de hauteur de plus qu'au mur antérieur l'inclinaison du vitrage serait de '< 5 degrés, et qu'il nous en (aut 55; il en manquera 10 lorsque nous aurons élevé la maçonnerie du fond à 5 mètres au-dessus de celle de devant : en multipliant 55 centim. 55 millim. par 2, on trouve 1"',12 à ajouter à cette maçonnerie pour donner au vitrage l'inclinaison de 55 degrés.
Cette inclinaison est un maximum qu'on ne dépasse pas dans la construction des serres; il faudrait en effet donner au mur du fond une hauteur trop disproportionnée avec les dimensions de la serre. Aussi, le plus souvent, quand la serre dépasse la largeur de 5 mètres, on lui donne deux versants dont le point de partage se calcule d'après la même règle; ou bien, après avoir donné aux vitrages l'inclinaison de 45 degrés, comme le représente la fig. 7, on rejoint le sommet de ce vitrage au mur du fond par une portion de toit vitré moins inclinée, ce qui dispense de donner à c^ mur une élévation exagérée.
Comme tous les exemples précédents se rapportent à des bâches ou à des serres à un seul versant, nous crovons
utile, pour ne rien laisser d'obscur à notre démonstration, de donner les détails de calcul relatifs à une serre à 2 ou à 4 versants.
Nous supposons une serre dite hollandaise, fig. 8 qui doit avoir une largeur totale de 5 "',10. On cherche la hauteur du point de partage, pour donner à chacune des deux pentes vitrées une inclinaison de 35 degrés. On considère d'abord chaque versant comme une serre séparée, comme si la ligne A B, fig. 8, était un mur de séparation réelle. Ce mur donnerait une inclinaison de 45 degrés s'il était égal en hauteur à la largeur de chacun des deux compartiments séparés par la ligne A B. Celte largeur étant de 2"', 70, on aura, on la divisant par 1), 30 centim. ; longueur équivalente à 5 degrés d'inclinaison : 30 multiplié par 2 égale 60 centim. à retrancher de 2 '",70, pour obtenir l'inclinaison cherchée. Ainsi, pour que celle inclinaison soit de 35 degrés, il faut que le point de partage se trouve être de 2", 10 plus élevé que le niveau des murs antérieur cl postérieur, sur lequel repose la partie inférieure de chacun des deux versants.
Le même calcul ferait trouver avec une égale facilité l'inclinaison de 30 degrés des vitrages d'une sorrf à 4 verr sanls, telle que celle que représente la fig. 1); cette serre double, dont le milieu est soutenu par un rang de piliers en fonte ou en bois au lieu de maçonnerie, sert à couvrir un très-grand espace à peu de frais, dans le but d'v établir en pleine terre des plantes et des arbustes distribués de manière à composer un jardin d'hiver.
§ V. — Châssis vitrés; toiles; paillassons.
Les châssis vilrés peuvent varier ainsi que leurs dispositions, selon la grandeur des serres et leur mode de construction. Dans la plupart desserres angulaires, les châssis en bois ont 1 "',33 de large sur une longueur indéterminée ; les barres en bois qui soutiennent en long les vitrages ont 40 raillim. de large et 42 millim. d'épaisseur. Si ces panneaux, représentés fig. 10, avaient trop de longueur, les barres longitudinales auraient trop peu de soutien; elles seraient sujettes à se déjeter, ce qui ne pourrait manquer de casser beaucoup de carreaux : d'un autre côté, si l'on voulait donner à ces barres une force proportionnée à leur longueur, elles occuperaient trop d'espace et intercepteraient trop de lumière. Tels sont les motifs pour lesquels, dès que la hauteur de la devanture d'une serre dépasse 2 mètres, on établit à moitié de celte hauteur une traverse qui régne d'un bout à l'autre, et qui permet de ne donner aux panneaux qu'une longueur qui ne dépasse pas 2 mètres pour chacun d'eux. La fig. 1 1 bis fait voir un montant avec ses supports. Dans la fig. 1 1 ter, ce support est placé dans la maçonnerie du mur ainsi que le montant. La fig. 1 2 est un support plus compliqué et qui ferme tout accès à l'air, a est la coupe d'une des barres longitudinales, de 40 millim. sur 42. Au-dessus on voit la coupe de toutes ces pièces (fig. 12 bis), montrant comment chaque châssis est ajusté à côté de son voisin et la position des supports. Ils peuvent à volonté se soulever pour laisser pénétrer librement l'air au besoin. Une poignée en fer, A fig. 10, facilite cette manœuvre. Dans les serres angulaires, en fer, les châssis peuvent avoir de bien plus grandes dimensions;
ceux qui sont placés dans une situation verticale tournent sur eux-mêmes au moyen de deux pivots, ce qui permet d'ouvrir la serre à volonté. Les dimensions des carreaux de vitre varient, comme celles des panneaux; l'inspection de la figure 10 montre comment la partie inférieure de chacun des carreaux doit être arrondie en écaille de poisson. Cette forme n'a pas, comme la forme angulaire, l'inconvénient d'accrocher les paillassons, lorsqu'il est nécessaire de les poser sur les châssis vitrés.
Les plantes de serre, môme celles qui appartiennent aux climats les plus chauds du globe, ont souvent besoin d'être ombragées pendant les grandes chaleurs. Le meilleur de tous les moyens qu'on puisse employer à cet effet consiste à établir sur des tringles de fer fixées à la partie supérieure et au bas de la devanture de la serre, de longues bandes de grosse (oile qui se replient sur elles-mêmes latéralement au moyen de deux lignes d'anneaux. Il est nécessaire d'entrer à ce sujet dans quelques détails.
La toile la plus convenable pour cet usage est une sorte de canevas dont la fig. 12 ter, calquée sur un morceau de cette étoffe, montre exactement la grosseur et la qualité. Celte toile a un mètre de large et coûte à Paris, au moment où nous écrivons (1846), 85 à 90 cent, le mètre carré*. La largeur à donner à chaque toile est arbitraire ; elli' doit nécessairement être subordonnée à l'étendue de la surface qu'il faut ombrager : pour les serres du Jardin du Roi, nous avons adopté la largeur de huit mètres; il faut donc coudre l'un à l'autre huit lés. Les deux extrémités de ces
* Celle toile se vend ati iiiajiasin des Deux-Pierrots, rue du Petit- Pont, n" 10, au coin de h rue de la Huclielte.
toiles, ainsi que les tringles, ont à supporter pendant les grands vents un Ici tirage, qu'on ne saurait leur donner trop de solidité j le poids des toiles, déjà très-considérable par lui-même, est encore augmenté lorsqu'elles sont imbibées de pluie. Pour se faire une idée de l'effort de traction exercé sur ces toiles, il suffira d'observer l'effet de cette traction sur les tringles de fer qui supportent les anneaux fixés aux bords supérieurs et inférieurs des toiles. Le diamètre de ces tringles peut varier en proportion de la longueur des serres, depuis cinq millimètres jusqu'à un centimèlrej aux deux bouts de ces tringles, on ménage un pas de vis destiné à recevoir un écrou : ce pas de vis, pour les serres du Jardin du Roi, n'a pas moins de 22 à 27 cent., eh bien! quand toutes les toiles sont placées, il arrive souvent que les tringles, entraînées sous le poids des toiles, laissent à peine sur la longueur du pas de vis la place pour poser un écrou destiné à les maintenir.
Chacune des deux extrémités des pièces de toile est renforcée par une corde de moyenne grosseur, semblable à celle qui sert à faire manœuvrer les jalousies ; cette corde est enfermée dans la toile repliée sur elle-même en forme d'ourlet. Une seconde corde est cousue à cet ourlet, de demi-lé en demi-lé, qui sert à maintenir la toile dans sa longueur; c'est sur elle que sont fixés des atmeaux de fer étamé de 3 à 4 cent, de diamètre. Il est nécessaire d'employer pour coudre ces anneaux de la ficelle fine mais très-forte , car c'est sur eux que porte toute la violence des coups de vent qui soulèvent les toiles; violence qu'où ne saurait se figurer : il faut donc que les anneaux soient cousus avec une solidité à toute épreuve.
On les espace ordinairement à 25 cent, les uns des autres Bien des moyens divers ont été essayés pour la manœuvre des toiles servant à ombrer les serres; après différents essais nous n'avons trouvé dans la pratique rien de meilleur que de disposer les deux extrémités des toiles de la mémo manière, et de leur donner en haut comme en bas des tringles et des anneaux. Lorsqu'on veut les déplacer on fait glisser les anneaux sur les tringles, et la toile ne forme plus qu'un long bourrelet dont l'ombre n'a que peu d'étendue à l'intérieur de la serre; on fait glisser les anneaux en sens inverse pour étendre les toiles : il ne faut qu'un ouvrier, placé sur le dessus de la serre, pour cette manœuvre, qui s'exécute ainsi, au moment du besoin, avec beaucoup de promptitude. Les fig. 13 et 15 montrent toute cette disposition. Trois tringles de fer ou rampes continues, AAA, servent à maintenir les toiles à une dislance suffisante des vitrages pour qu'en cas de grêle elles puissent empêcher les carreaux d'en être atteints. Ce système de toiles ne peut s'adapter qu'à une serre assez solidement construite pour que la partie supérieure puisse supporter le poids d'un ouvrier. A la rigueur, une longue perche munie d'un crochet semblable à l'instrument dont on se sert pour l'étalage des boutiques à Paris, fig. li, pourrait servir à étendre et replier les toiles, sans monter sur la serre; mais il y aurait souvent des carreaux cassés, accident dont les chances ne sauraient être éloignées avec trop de soin.
Le grand avantage des toiles sur toute autre manière d'ombrer les serres consiste dans leur demi-transparence, qui ne prive pas tout à fait les plantes de lumière, tout en les garantissant des rayons d'un soleil trop vif; le même
effet pciil à la vérité être obleou à bien moins de frais en barbouillant les vitrages avec un peu de blanc d'Espagne délaye dans l'eau-de-vie ^ l'essence de térébenlbine ou de lait. Mais, d'une part , cet enduit ne peut rien contre la grêle, de l'autre il est aussi long à enlever qu'à étendre au moment du besoin; cela n'empêche pas qu'on y ait quelquefois recours , mais il ne saurait remplacer les toiles. Quant aux paillassons, on doit plutôt les considérer comme un préservatif contre le froid que comme un moyen d'ombrer les serres ; ils donnent une obscurité trop profonde.
On pense bien que les tringles, quelle que soit leur solidité, fléchiraient et seraient bientôt hors de service, si elles n'étaient soutenues. Chaque longueur de 8 métrés reçoit deux supports, dont l'un se trouve placé au milieu; c'est sur lui que sont ramenées les toiles lorsqu'il n'est pas nécessaire de les étendre. On ne saurait donner trop de force aux supports des extrémités sur lesquels porte le plus grand effort du tirage; la meilleure forme à leur donner est celle que les charpentiers nomment jambe de force.
L'appareil de toiles tel que nous venons de le décrire, est adapté à une serre angulaire ; si celte serre est à deux versants , c'est la même disposition répétée de chaque côté. La forme angulaire des serres comparée à la forme curviligne offre un avantage incontestable pour la facilité de la manœuvre des toiles, surtout quand celles-ci sont mouillées. Les toiles sur la serre curviligne, non plus que sur la serre angulaire, ne peuvent se passer d'un support au milieu qui règne s\ir toute leur longueur, à égale dislance des deux extrémités. Dans la serre angulaire , les toiles posent à peine sur ce support qui sert seulement à les tenir à une
distance convenable des vitrages; dans la serre curviligne, les toiles pèsent constamment sur le support du milieu, et, quelque soin qu'on prenne de les garnir et de les renforcer en cet endroit , elles ne manquent pas de s'y couper. On poiu rail, en haussant davantage les supports des toiles à la partie supérieure des serres curvilignes, y mcltrc les toiles à peu prés dans les mêmes conditions que sur les serres angulaires; dans ce cas la toile, ne pouvant s'affaisser sur le support du milieu, ne le couperait pas. Mais, pour un inconvénient évité, on en ferait naître plusieurs autres; les toiles trop élevées à la partie supérieure de la serre donnent trop de prise aux grands vents, trop d'accès aux grêlons et, par-dessus tout, trop d'ombrage aux plantes. En effet , si les rayons solaires sont interceptés à une trop grande dislancc en avant des vitrages, les plantes auront beaucoup trop d'ombre; elles seront privées de cette lumière diffuse qui leur est aussi salutaire que les rayons d'an soleil trop ardent peuvent quelquefois leur être nuisibles. Quant aux vents, si l'espace qu'on est forcé de laisser libre par-dessous les toiles à la partie supérieure des serres angulaires leur donne déjà tant de prise, ce serait bien pis encore s'il s'agissait de doubler cet espace sur les serres curvilignes, dans le but d'empêcher les toiles de se couper sur le support du milieu. Ajoutons que, par ces grandes ouvertures, le rebondissement de la grêle ne pourrait manquer de casser souvent des carreaux. La figure 15 montre la manière d'adapter les toiles aux serres de forme curviligne.
Nous avons dit qu'il devait y avoir à la partie supérieure des serres un sentier pour la manœuvre des toiles; une
balustrade en fer, légère mais solide, doit régner le long de ce sentier, elle sert de couronnement à tout l'édifice. Elle est aussi d'une grande utilité pour les paillassons qu'on peut y étendre pendant l'hiver, pour les maintenir en bon état et prolonger leur durée. La longueur des paillassons doit être celle de la longueur totale des châssis sur un mètre environ de largeur, afin qu'ils ne deviennent pas trop pesants et, par conséquent, trop difficiles à manœuvrer lorsqu'ils sont mouillés ou chargés de neige. Une petite tringle adaptée à la balustrade de la partie supérieure de la serre, lig. 16, supporte un des bouts de chaque paillasson, deux cordes sont fixées bout à bout en A à l'autre extrémité du même paillasson ; l'une de ces deux cordes reste attachée à la partie supérieure de la balustrade, l'autre au bas de la serre 5 le paillasson déployé laisse flotter sur la partie antérieure de la serre la corde qui , à son tour, se trouvera tendue lorsque le paillasson sera relevé, laquelle servira à le déployer de nouveau quand besoin sera. Un ouvrier placé sur le passage qui domine la serre, derrière la balustrade, peut ainsi, au moyen de cette corde, attirer à lui le paillasson, le plier et le déposer sur la balustrade, de telle sorte que, sans remonter sur la serre, on puisse, d'en bas, tirera soi le paillasson, et le remettre à volonté dans la première position, c'est-à-dire l'étendre sans difficulté sur toute la longueur du vitrage.
VI. — Distributions intérieures; chaleur artificielle ; ventilation.
Donnons maintenant une idée des distributions intérieures des serres, en ce que ces distributions ont d'applicable à toutes les serres en général ; nous réserverons les détails
spéciaux pour les chapitres consacrés à chaque genre de serre en particulier.
On peut regarder comme un accessoire indispensable de toutes les serres , quelle qu'en soit la destination, un tambour ou vestibule vitré comme le reste de la serre, et qui lui sert d'antichambre, comme cela existe fig. 55, A du plan. Là sera toujours placée l'ouverture du foyer, quel que soit le procédé de chauffage adopté pour la serre : on évitera par là l'introduction dans la serre de la cendre et de la fumée si nuisibles aux végétaux; on évitera plus sûrement encore l'introduction de l'air extérieur, et les brusques changements de température. Un autre avantage non moins important ne doit point être oublié. Il y a bien souvent une différence énorme entre la température du dehors et celle de l'intérieur de la serre; la serre aux ananas, par exemple, et la serre aux orchidées peuvent avoir une température de 35 à 40 degrés plus élevée que la température extérieure. 11 n'y a pas de tempérament , si robuste qu'on le suppose, qui soit à l'épreuve de ces transitions soudaines, fréquemment renouvelées. Les jardiniers sont complètement préservés de leurs fâcheux effets au moyen du tambour dont nous recommandons la construction à l'entrée de chaque serre; ils peuvent y déposer des vêtements chauds qu'ils reprennent en sortant et qui leur permettent de s'exposer impunément à l'air extérieur.
Beaucoup de grands végétaux se plaisent en pleine terre dans les ■plates-bandes du conservatoire ou de la serre chaude ou tempérée; beaucoup d'autres, de moyenne taille, se placent dans des caisses de grandeur convenable, dont les pieds reposent sur Te sol de la serre : tout le reste est
cultivé dans des pois. Ces pois doivent cire, les uns, enterrés dans la tannée ou couche qui remplit les bâches de la serre, s'il n'y a pas un chauffage d'eau chaude en circulation dans des tuyaux placés à l'intérieur de la bàcho; les autres, posés simplement sur des tablettes ou des gradins.
Pour les végétaux en pleine terre dans la serre, on défonce le sol à la profondeur qu'exigent les racines des plantes qu'on doit y cultiver; et on lui substitue un sol factice approprié à leur nature, tel que la terre de bruyère naturelle, les divers composts qui la remplacent, la terre à orangers, la t(;rre aux ananas, et plusieurs autres mélanges que nous indiquerons chacun aux chapitres traitant des différentes cultures des plantes de serre. On doit avoir soin de remplir la plate-bande de ces terres rapportées, un peu au-dessus du niveau dos passages qui l'entourent, alin de n'être pas forcé de la recharger pour compenser l'effet du tassement; dans tous les cas, on attend que cet effet se soit produit avant de mettre les plantes en place.
Les dimensions des plates-bandes et celles des sentiers varient comme celles de la serre , et aussi en raison des genres de plantes qu'on désire y cultiver. Les sentiers ne doivent être ni dallés ni planchéiés, pour que les plantes puissent profiter librement des émanations du sol, qui leur sont fort utiles dans toute espèce de serre. Si quelque circonstance nécessite de recouvrir le sol, on peut établir un plancher à claire-voie, soit en fer, soit en bois. Il ne faut pas que la largeur des plates-bandes dépasse 2 mètres, tant pour la facilité du service que pour permettre à la vue de distinguer aisément les détails délicats de la floraison souvent peu développée de certains végétaux qui , placés au
milieu d'une plate-bande trop large, seraient vus à une trop grande distance. Il est toujours utile de ménager le long du mur du fond de la serre une petite plaie-bande dans laquelle on met en pleine terre des plantes sarmenteuses, grimpantes ou volubiles, qui masquent la nudité de ce mur; cette observation ne s'applique qu'aux serres à un seul versant.
Lorsque la serre ne doit pas contenir de très-grands végétaux en pleine terre, la plate-bande peut être remplacée par une bâche. Ce terme, dans le langage des jardiniers, a deux acceptions différentes : il désigne quelquefois une sorte de petite serre maçonnée, enfoncée dans le sol, qu'on pourrait nommer la serre réduite à sa plus simple expression -, le même terme désigne également une sorte d'encaissement placé à l'intérieur de la serre, et destiné à recevoir la tannée ou la couche où doivent être plongés les pots contenant des plantes auxquelles cette chaleur artificielle est jugée nécessaire. Les bâches, prises dans ce dernier sens, ont ordinairement une profondeur de 1 mètre à 1"V25; elles ne doivent pas dépasser la largeur de 2 mètres. Ces dimensions sont les plus favorables à la production de la chaleur artificielle de la couche ou de la tannée, chaleur qui, comme on sait, est toujours en raison de la masse du tan ou du fumier en fermentation dont la bAche est remplie. Néanmoins la bâche, au lieu de matières fcruienlescibles, peut ne contenir qu'une bonne terre franche de jardin, ou de la terre de bruyère naturelle, ou enfin différents composts, où les plantes seront mises en pleine lerre.
Les matières fermentcscibl.es ne sont utiles dans la bâche que pour la production de la chaleur artificielle; quand
cette chaleur est produite par le Ihormosiphon ou appareil circulatoire à eau chaude, dont les tuyaux sont placés dans l'intérieur de la bâche, celle-ci n'a plus besoin d'être remplie de substances en fermentation , même quand elle ne doit recevoir que des plantes en pots. Les dalles de 10 à 15 cent, d'épaisseur, formant au milieu de la serre un encaissement à hauteur d'appui, sont la meilleure manière de construire les bâches j elles réunissent toutes les conditions désirables de propreté, de durée et de solidité, en occupant le moins d'espace possible.
Bien des substances diverses ont été essayées comme moyen de procurer dans les bâches une élévation sufûsante de température parla fermentation. Les plus usitées sont: le tan formé d'écorces broyées qui ont servi à la préparation des cuirsj le fumier, ou pour mieux dire la litière mêlée de fumier , provenant des écuries et des bergeries ; les marcs de fruits ayant servi à faire du cidrc; les sciures de différents bois- les feuilles de toulc espèce d'arbre; le son d'avoine provenant de la fabrication du gruau -, enfin jusqu'aux poils laineux que les machines connues sous le nom de tondeuses enlèvent aux draps pour leur donner le dernier apprêt avant qu'ils soient livrés au commerce.
Mais les plus habiles praticiens ont fini par abandonner complétemeut l'usage de toutes ces matières en fermentation pour s'en tenir au thermosiphon, qui leur est préférable à tous égards. Qu'est-ce en effet que la fermentation? Une décomposition plus ou moins longue, qui donne lieu à la formaîion incessante de miasmes propres à corrompre l'air de la serre au détriment de la santé des plantes et, ce qui est plus grave , de celle des jardiniers chargés du
service delà serre. Eu outre, les matières en fermentation qui remplissent la bâche ne peuvent se décomposer sans diminuer de volume en s'affaissant sur elles-mêmes; cet affaissement dérange les pots enterrés dans la bâche, ce qui oblige à les déplacer très-souvent : car, dès que leur surface cesse d'être horizontale, l'eau des arrosages glisse dessus sans y pénétrer. Enfin, les substances fermentescibles s'épuisent au bout d'un temps plus ou moins long et ne donnent jamais , de quelque façon qu'on s'y prenne , une chaleur aussi uniforme , aussi bien réglée que celle qu'on peut obtenir d'un thermosiphon bien gouverné. N'oublions pas que les insectes de toute espèce, ennemis redoutables des plantes de serre, pullulent dans la tannée, dans la litière , dans toute sorte de matières végétales et animales en décomposition; le thermosiphon au contraire ne favorise en rien la multiplication des insectes.
Beaucoup de praticiens fort expérimentés ne remplissent les bâches qu'avec des scories de forge , du gravier , ou des pierres concassées , recouvertes d'une couche de sable fin où les pots sont enterrés. Ils ont pour but d'éviter par là les insectes et principalement les vers de terre ou lombrics dont la présence est presque inévitable dans toute espèce de terre ou de composts. Les lombrics, une fois qu'ils commencent à se multiplier, pénètrent dans les pots et font beaucoup de tort aux plantes. Ce n'est pas qu'ils les attaquent à proprement parler, ces animaux sont même totalement dépourvus d'organes propres à ronger les racines ou les parties extérieures des végétaux; mais ils absorbent et décomposent les parties nutritives de la terre; ils labourent et bouleversent en la traversant la terre des pots
df petites dimensions ; ils dérangent les racines souvent fort peu solides des végolaux délicats; ils empêchent les boutures de s'enraciner, les semis de lever, le jeune plant repiqué de reprendre : ils font donc, sous tous ces rapports, un tort considérable aux plantes de serre, surtout aux plantes j)cu vigoureuses qui se cultivent dans des pois de petites dimensions. L'exclusion des matières dans lesquelles ils pourraient vivre et multiplier est un moyen assuré do s'en préserver.
Toutefois, le moment n'est peut-être pas très-cloigné où les bâches ne seront plus maintenues dans les serres que pour y recevoir, en pleine terre, les végétaux de grandeur proportionnée à la hauteur du vitrage; on en viendra prochainement à ne plus enterrer les pots , ni dans des couches, ni dans du sable; on se contentera de les placer à l'air libre de la serre sur des gradins. Ne perdons pas de vue cette vérité fondamenlale dont nous avons fait noire point de dépari, et à laquelle il faut toujours nîvenir : les plantes exotiques doivent se trouver dans la s(!rre, autant que possible dans les mêmes conditions que sous leur climat natal ; or aucune partie d'une plante ne reçoit naturellement la chaleur autremunl que par l'intermédiaire de l'air qui l'enveloppe. C'est en traversant l'atmosphère que, dans les contrées tropicales, les rayons solaires communiquent à la terre une température élevée; jamais la chaleur ne lui vient du dedans au dehors. Il est donc bien plus conforme à la marche de la nature de laisser les pots à l'air libre, afin que la terre qu'ils contiennent reçoive, de l'air environnant suffisamment échauffé, une température convenable, que de lui procurer celte lempérature en enterrant
les pots dans un milieu artificiellement échauffé, car, alors, le surcroît de chaleur que les racines sont sujettes à éprouver en pareil cas, fait étioler les plantes, elles poussent mal, et les racines, malgré tous les moyens que l'on emploie, passent à travers les trous des pots, et s'allongent tellement dans la tannée que l'on ne peut plus replacer ces racines en rempotant les plantes.
Un seul exemple prouvera mieux que les raisonnements que les racines des végétaux ne doivent pas être soumises à une chaleur plus élevée que leurs parties aériennes : un pi(!d de vigne ou un pêcher plantés à l'extérieur d'une serre et donl la tige est dirigée à l'intérieur, afin de faire porter fruit à la plante avant l'époque, n'en végète pas moins bien et produit des fruits aussi beaux que ceux qui se seraient développés à l'air libre, bien que cej)endant les parties de la plante destinées à puiser les sucs de la terre soient comparativement dans un milieu plus froid que les rameaux et les autres organes recevant l'influence d'une tcmpératun; plus chaude.
Avec ce système, qui tend à prévaloir pour toutes les plantes de S(U're cultivées en pots , les serres consacrées aux plantes en pots ne contiendraient plus que des tablettes et des gradins sur les(|ucls les pois seraient disposés sous l'empire d'unetempératiiro conforme à la naluredesplantes.
Les lublcUcs peuvent être forniéos de dalles nunces, de plaques de fonte de fer, ou de planches de chêne; ces dernières doivent être assez épaisses pour ne pas trop se déformer par l'effet de la chaleur et de l'humidité. Les tablettes occupent toujours la partie inférieure de la serre, parallèlement au las des vitrages, le long du mur antérieur,
et reposent en partie sur l'épaisseur de ce mur. C'est la place réservée aux plantes qui s'élèvent peu, demandent beaucoup de lumière, et se parent d'une floraison éclatante autant que prolongée; nous en donnerons les listes pour chaque genre de serre.
Le mur antérieur de la serre ne doit pas avoir moins de 50 à 60 cent, d'épaisseur, car d'une part il doit avoir la force de supporter tout le poids de la devanture vitrée qui repose sur lui seul, de l'autre il doit contenir dans son épaisseur les conduits de chaleur dont, à notre avis, et d'après notre constante expérience, c'est là la véritable place dans l'intérêt de la bonne santé et de la belle végétation des plantes de serre; il est bien entendu que nous voulons parler des conduits dans lesquels la chaleur est produite par un fojer ordinaire, chauffé directement par le bois ou le charbon de terre. Le dessus du mur antérieur de la serre est en partie en dehors, en partie en dedans de la serre : la partie extérieure est en pente pour faciliter l'écoulement des eaux, la partie intérieure qui supporte la tablette est aussi légèrement inclinée mais en sens inverse : il ne faudrait pas que la pente fût assez forte pour qu'à la vue les pots placés sur la tablette parussent penchés en avant; la moindre inclinaison, à peine apparente, suftit pour que l'eau ne puisse séjourner sur la tablette, et c'est tout ce qu'il faut. Nous pensons que la tablette ainsi disposée devrait toujours être en pierre ou mieux en fonte de fer, les tablettes de bois sont trop prompteraent détruites; elles ont besoin de trop fréquentes réparations, précisément dans la partie de la serre où les réparations causent le plus de désagrément et d'embarras. La fig. 17 donne la coupe
du mur antérieur d'une serre avec sa tablette à l'intérieur et son rebord incliné à l'extérieur; on voit aussi la disposition du conduit de chaleur dans l'épaisseur de ce mur.
Les serres à cultiver les ananas et les serres à forcer les primeurs admettent en outre des tablettes le long du mur du fond; on en place un ou deux rangs, selon la hauteur de la serre. Ces tablettes, le i^lus souvent en bois, sont destinées à recevoir des pots de fraisiers ou de petites plantes dont on veut hâter la floraison.
Les gradins ou étagères sont disposés sur 3, 4 ou même 5 rangs, à la place de la bâche; leur construction, en bois ou en fer, n'offre rien de particulier, elle est exactement semblable à celle des gradins sur lesquels on place en plein air les collections d'auricules ou d'oeillets. Quelques serres à deux versants, qui reçoivent le jour de tous les côtés, admettent des gradins d'une forme particulière, dont les lignes brisées augmentent le développement, et donnent un charme particulier à l'aspect des plantes en .fleur posées sur ce genre de gradins.
Les moyens de chauffage pour les serres sont très-nombreux et très-variés, nous indiquerons à chaque genre de serre celui qui lui convient le mieux; rappelons seulement ici que le procédé de chauffage, quel que soit celui qu'on adopte, ne doit jamais avoir l'ouverture de son foyer dans la serre, où, comme nous l'avons dit, la cendre et la fumée, ne doivent jamais pénétrer.' Les conduits de chaleur régnent dans l'épaisseur du mur antérieur des serres à un seul versant; pour celles à deux versants, qui ont ordinairement plus d'étendue, les conduits peuvent être placés sous les passages recouverts de planches mal jointes à des-
sein : ils peuvent aussi se placer le long du mur du fond. Tout dépend du but qu'on se propose et de la température qu'on doit entretenir à l'intérieur de la serre. Cette température^ qu'il importe de maintenir aussi égale que possible en évitant les brusques passages du chaud au froid et réciproquement, diffère non-seulement pour chaque genre de serre, mais aussi pour chaque saison; elle ne doit pas non plus être exactement la même le jour et la nuit : elle a seulement dans toutes ces circonstances un maximum et un minimum qu'elle ne doit jamais dépasser. Le jardinier chargé du soin d'une serre doit donc consulter à tout moment son thermomètre, ou plutôt SCS thermomètres; car, pour connaître la température vraie de l'intérieur d'une serre de quelque étendue, plusieurs thermomètres sont nécessaires. Il en faut toujours au moins deux : l'un à 1 6 cent, du vitrage, loin du fo^^er et des conduits de chaleur; l'autre à 16 cent, du foyer. D'autres thermomètres seront suspendus dans les parties de la serre où l'on aura lieu de craindre un abaissement de température, dont il sera toujours facile de s'assurer, par ce moyen, afin d'y porter remède. Quelle que soit la place choisie pour les thermomètres, elle doit toujours être à l'abri de l'influence directe des rayons solaires.
Lorsque le thermomètre indique dans la serre une température trop élevée, et que la température extérieure est inférieure à zéro, il ne faut laisser échapper la chaleur superflue qu'avec beauconp de précautions, en donnant un peu d'air par la partie supérieure de la serre 5 mais cette nécessité ue devrait jamais se présenter dans une serre bien gouvernée : le chauffage au Ihermosiphon donne lieu
plus rarement que tout autre à ces coups de chaleur imprévus qui sont toujours fort dangereux pour les plantes de serre. Il faudrait bien se garder de laisser entrer par les châssis inférieurs de la serre un air trop vif, dont le contact serait très-préjudiciable aux plantes délicates. Du reste , la veniilation des serres se règle toujours sur la température extérieure. Toutes les fois que celte température le permet, il est utilè de ventiler les serres en ouvrant en même temps les panneaux du bas de la serre et les ventilateurs de sa partie supérieure.
Afin de pouvoir établir dans les serres des courants d'air qui en renouvellent l'atmosphère en les purifiant, on ménage pour la ventilation des compartiments mobiles dans les panneaux supérieurs du vitrage. Les fig. 18 et 19 montrent une bascule aussi simple que facile à manœuvrer, pour donner de l'air par en haut à toute espèce de serre. En tirant le cordon A , fig. 18, on place à volonté la bascule B dans la position représentée fig. 19 ; l'ouverture du ventilateur C se règle selon le besoin, en arrêtant le cordon A au point qui correspond au degré d'écartement désiré.
L'air, ce fluide dans lequel nous vivons et sans lequel nous ne pouvons vivfe, joue avec la lumière un rôle iraportant dans la végétation des plantes de serre; il n'y a qu'une longue pratique qui puisse apprendre à le distribuer aux végétaux selon leur nature, au moment opportun : presque toutes ne prospèrent que dans un air fréquemment renouvelé; quelques-unes seulement peuvent vivre dans un air stagnant, qui ne se renouvelle pas. La facilité de la ventilation est donc une des conditions les plus cssen-
tiellcs (l'une scrro bien conslruile : si cette condition n'est qu'imparfaitement remplie, la stagnation de l'air dans la serre engendre la moisissure, qui s'étoud sur les plantes en commençant par les cicatrices des tiges qui ont été taillées, et la place que laissent vide sur leurs tiges les feuilles qui tombent; puis le mal gagne les feuilles et la tige, et les plantes périssent. Dans une serre mal aérée la terre des pots montre à la surface, outre la moisissure, des champignons dont la présence est fatale aux végétaux près desquels ils prennent naissance; il faut donc se hâter, nonseulement de les détruire, mais de prévenir leur reproduction, ce qu'on ne peut espérer que d'une ventilation sagement ménagée.
Le degré d'humidité de l'atmosphère des serres , degré qui doit différer conformément à la nature de chaque tribu de végétaux exotiques, est aussi un point fort essentiel à connaître, afin d'employer au besoin les divers procédés en usage pour accroître ou modérer cette humidité. Les instruments le mieux appropriés à cette destination se nomment hygromètres, ils ne sont pas aussi communément employés dans les serres qu'ils mériteraient de l'être; ils indiquent, au moyen d'une graduation aussi facile à suivre que celle du thermomètre, l'humidité de l'air de la serre, depuis la sécheresse absolue jusqu'au degré de saturation.
Les arrosages et les seringages donnés à propos produisent le plus souvent une humidité suffisante dans l'atmosphère de la serre ; lorsqu'on croit utile de l'augmenter, ce qui est souvent nécessaire dans la serre aux orchidées, on répand dans les sentiers de l'eau que la chaleur convertit bientôt en vapeur.
Pour éviter les effets d'une humidité superflue, nous conseillons d'établir la maçonneried'uneserre, quelle qu'elle soit, de préférence au printemps plutôt qu'à l'automne, parce que la construction a le temps de sécher jusqu'à l'époque où il devient nécessaire de fermer les serres. Les serres, construites à l'automne, dont les plâtres ou les ciments n'ont pas pu se ressuyer avant d'y renfermer les plantes, ont toujours donné, la première année, de mauvais résultats dus aux émanations qui s'en exhalent.
§ vu. — Arrosage et seringage.
Les arrosages sont au nombre des opérations les plus importantes de la culture des plantes de serre ; l'eau ne doit jamais être donnée aux plantes de serre à une température inférieure à celle de la serre , il est donc indispensable d'avoir dans la serre même un tonneau ou un réservoir quelconque dans lequel l'eau destinée aux arrosages reste assez long-temps pour se mettre à la température de l'atmosphère de la serre. Mais l'eau dans ces conditions ne saurait se conserver quelques jours sans se gâter et infecter la serre d'une odeur de gaz hydrogène phosphoré, bien connue sous le nom vulgaire d''odeiir d'eau croupie. Celte corruption de l'eau est due aux animalcules invisibles qu'elle contient en grand nombre et dont l'existence individuelle est toujours très-bornée; leurs cadavres microscopiques en se décomposant sont la seule cause de cette altération, car l'eau parfaitement pure, l'eau distillée, ne subirait dans les mêmes conditions aucune altération. On prévient cet inconvénient en ayant soin d'entretenir dans le bassin
de la serre un nombre suffisant de polils poissons , ordinairement des cyprins dorés do la Chine ; ces poissons font leur nourriture des animalcules microscopiques contenus dans l'eau.
La distribution de l'eau aux plantes de serre doit être faite avec discernement; le jardinier ne doit exécuter aucune partie de la besogne machinalement et par routine : les plus simples, comme les plus compliquées, exig<'nl de sa part réflexion et intelligence. Du printemps à l'automne , l'heure des arrosages des plantes de serre, le matin, varie en raison de celle à laquelle les rayons solaires commencent à frapper directement les vitrages ; il importe qu'au moment où les plantes de serre reçoivent le soleil leurs feuilles ne soient plus mouillées par l'eau des arrosages.
Indépendamment de l'eau distribuée à la terre des pots, eau qui concourt à la nutrition des plantes en transmettant à leurs racines les parties nutritives de la terre , il est souvent nécessaire de rafraîchir le feuillage des plantes de serre pour combattre les fâcheux effets de la chaleur arlificiclle souvent très-desséchante; c'est ce qu'on fait en seringuant les plantes : celles qui occupent dans la serre la partie la moins éloignée du foyer, eu ont particulièrement besoin , surtout en hiver.
Lorsque, dans une journée d'été, le temps, après avoir été légèrement couvert pendant la matinée, s'èdaircit de bonne heure, et qu'on voit les nuages se confondre et disparaître en s'élevant dans l'atmosphère, c'est un signe assuré que la journée sera chaude et sèche; il faut donc s'empresser de seringuer les plantes, non pas en lançant sur leur feuillage les lilets d'eau qui s'échappent des trous de la
gerbe de la seringue, mais en faisant retomber doucement l'eau sur les plantes, sous la forme d'une pluie trés-divisée.
L'eau la meilleure pour arroser les plantes de serre est celle des pluies d'orage, qui contient, outre ses proportions ordinaires d'hydrogène et d'oxygène, un peu d'azote et d'acide carbonique; mais on a rarement occasion d'en faire u.sage. L'eau de pluie ou de neige fondue, ayant été suspendue dans l'atmosphère sous forme de nuage, est aussi très-bonne pour arroser; l'eau courante des rivières et ruisseaux, l'eau pre.sque stagnante des canaux alimentés par une eau courante sont encore pour les arrosages de très-bonne qualité. La plus mauvaise de toutes est celle des puits. Toutes les eaux de puits ne sont pas mauvaises au même degré ; il y a des puits, alimentés par des sources dont l'eau n'est pas de beaucoup inférieun; à celle des rivières et des ruisseaux. Mais l'eau de la plupart des puits est chargée de sels calcaires ou alcalins qui , lorsqu'on s'en sert habituellement pour arroser les plantes de serre , s'attachent au collet des plantes et sur les racines elles-mêmes, ainsi qu'aux parois des pots. Ces sels par leur dureté compriment les parties auxquelles ils s'attachent, et peuvent occasionner la mort des plantes.
Les sucs de certains végétaux peuvent exercer sur l'eau une singulière influence qu'il eût été impossible de prévoir si la preuve n'en eût été acquise par l'expérience. Il est arrivé plusieurs fois que, les jardiniers ayant lavé dans, l'eau du bassin leur serpette et leurs mains lorsqu'ils venaient de tailler quelques plantes dont les propriétés n'étaient pas connues sous ce rapport, les poissons de ces bassins
sont morts aussitôt, et l'eau est entrée immédiatement en putréfaction. Cet effet a été observé de la part de l'%poviane bujlandulosa, du mancenilla , du cerbera tanguîn , du sapium lauro-cerasum, , du comocladia dentata; il est probable que d'autres plantes ont des propriétés analogues qui n'ont pas encore eu occasion de se manifester. Ces plantes ne sont pas moins dangereuses pour l'homme que pour les poissons. Plusieurs fois, des jardiniers, rien que pour avoir frotté les feuilles du comocladia entre leurs doigts, se sont trouvé le lendemain tout le corps enflé et les yeux frappés d'une cécité passagère. Lessucs de ces plantes sont excessivement dangereux; la moindre coupure faite par accident avec la serpette imprégnée de ces sucs au moment de la taille, peut être mortelle comme la piqûre d'une flèche empoisonnée. Le sapium a fait perdre^un œil à l'ancien jardinier de la Malmaison.
Les plantes de serre se plaisent dans des milieux de nature très-diverse. Les unes veulent la terre de bruyère pure ou mélangée, ou la terre franche de jardin; les autres veulent une terre mêlée de tessons de poterie,' de débris de bois pourri, de sable de rivière, de moellon pulvérisé : d'autres, enfin, ne veulent aucune sorte de terre, elles vivent aux dépens de l'air ou de l'eau , ou bien elles subsistent en parasites sur d'autres végétaux. Ces dernières appartiennent presque toutes à la serre chaude, sauf un petit nombre qui sont de serre tempérée. On est guidé à cet égard par les notions que possède l'histoire naturelle sur les conditions d'existence de chacune de ces plantes dans son paj's natal. On observe aussi dans certaines familles de plantes des répugnances et des sympathies; il en est
qui ne peuvent vivre dans le voisinage de certains autres végétaux, et qui veulent être cultivées à part ou en société avec des végétaux d'une nature analogue à la leur, exigeant le même mode de culture. C'est ainsi que les pothos et les caladium semblent se plaire ensemble, et que les fougères ainsi que plusieurs orchidées prospèrent à l'ombre des palmiers et d'autres arbres.
§ VIU. — Rempotage.
Le rempotage est une des opérations les plus délicates de la culture des plantes de serre. Toutes les plantes n'ont pas besoin de recevoir de nouvelle terre chaque année, plusieurs ne doivent être rempotées que tous les deux ans ; mais le plus grand nombre a besoin d'un rempotage annuel, non pas tant pour renouveler la terre des pots, qui n'est pas toujours épuisée au bout d'un an, que pour maintenir dans de certaines limites toutes les plantes dont la culture ne serait plus possible dans la serre si on voulait les laisser s'étendre à volonté. Pour ces plantes, le rempotage annuel est principalement nécessité par le besoin de rogner les racines lorsqu'on s'aperçoit qu'étant devenues trop volumineuses elles se trouvent gênées dans le pot qui les contient. Il faut alors diminuer tout à la fois et dans la même proportion les branches et les racines. Les rempotages dirigés vers ce but ne doivent être donnés qu'au moment de la reprise de la sève, alors que la vigueur de la végétation donne lieu d'espérer que la plante réparera promptonient ses perles et ne tardera pas à se retrouver aussi touffue qu'auparavant. Excepté celle circonstance particulière
le remiiolage gcuéral doit avoir lieu immédiatement après l'hiver, avant les premiers symptômees de la reprise de la végétation. Presque toutes les plantes à celte époque ne souffrent pas sensiblement du rempotage, on peut sans crainte retrancher s'il est nécessaire le quart ou la moitié de la terre qui adhère à leurs racines; il en est même à qui l'on peut enlever tout sans inconvénient. Dans ce cas les racines mises entièrement à nu sont raccourcies selon que le jardinier le juge nécessaire, et la terre épuisée qu'on vient de leur ôter est immédiatement remplacée par de la terre neuve : il en est plusieurs pour qui ce traitement serait mortel et qui cependant ne sauraient vivre toujours dans la même terre. On détache la motte du pot avec le plus de précaution possible, on retranche seulement la partie du chevelu qui touchait aux parois du pot 5 puis on replace dans son pot la motte légèrement diminuée de volume, et on fait couler tout autour de la terre neuve qu'où attache immédiatement aux racines par un léger arrosage.
Nous insistons sur la nécessité de retrancher en même temps, à l'époque du rempotage, les rameaux et les racines des plantes vigoureuses auxquelles on ne peut donner des pots d'une plus grande capacité que ceux d'où elles sortent. La proportion qui doit toujours exister entre le. volume des racines et celui des liges ne peut être dérangée impunément j une plante même vigoureuse serait exposée à périr si on laissait à ses racines diminuées de la moitié de leur volume la charge de nourrir une touffe à laquelle on n'aurait rien retranché. Les plantes dont les racines ne peuvent être rognées qu'avec la plus grande discrétion appartiennent principalement aux familles desClusiées,des Sapotées,
des Laurinées, des muscadiers ou Myristicées et des Girofliers ou curiopliyllus; plusieurs Borraginées sont dans le même cas. On peut, au contraire, détacher tous les ans la totalité de la terre adhérente aux racines de toutes les Liliacées , seulement il faut attendre pour cette opération que leur floraison soit passée et que leur feuillage commence à jaunir. Les Crinums n'ont besoin de ce renouvellement complet que tousles deux ans. L'année suivante, à l'époque du rempotage, on se contente d'enlever doucement la motte et de détacher tout autour une petite portion de l'ancienne terre qu'on remplace par une quantité équivalente de terre neuve.
La terre de bruyère ne peut être examinée avec trop d'attention avant de l'employer au rempotage des plantes de serre -, elle pourrait leur être mortelle si, au lieu d'avoir été enlevée à la surface du sol , elle avait été prise à plus de 33 cent, de profondeur. La terre de bruyère tourbeuse peut aussi être funeste à quelques plantes , comme elle est avantageuse pour quelques autres.
On veillera avec soin à ce que le fragment de poterie destiné à boucher le trou placé au fond du pot ne le ferme pas hermétiquement, car, dans ce cas, l'eau qui séjournerait sur les racines les ferait pourrir et causerait la mort de la plante.
§ IX. — Ombrage et soins de propreté; destruction des insectes.
Il est impossible d'indiquer avec précision le moment de la journée où il convient d'étendre les toiles pour donner de l'ombre à l'intérieur des serres j l'ombre des toiles n'est
nécessaire que quand le soleil est vif et piquant et que son influence fait monter rapidement le thermomètre au delà du maximum que la température de chaque serre ne doit pas dépasser. Il faut aussi s'empresser d'étendre les toiles chaque fois que l'on remarque des symptômes prochains d'un violent orage, qui peut toujours être accompagné de grêle. Lorsqu'après avoir un peu trop tardé à donner l'arrosage du matin, l'on s'aperçoit que les feuilles de plusieurs plantes sont encore mouillées, alors que le soleil darde avec force ses rayons sur le vitrage de la serre, il ne faut pas balancer à étendre les toiles, car les feuilles de la plupart des plantes deserre sont brûlées lorsque le soleil vient à frapper dessus avant que l'eau des arrosages soit évaporée. Ces accidents n'ont lieu que dans la saison où le soleil est dans toute sa force j il n'y a jamais d'inconvénients à laisser pénétrer librement ses rayons dans la serre aux époques de l'année où il ne peut exercer qu'une influence bienfaisante sur la santé des végétaux.
Les soins de propreté que réclament les végétaux renfermés dans la serre sont indispensables à leur conservation ; il ne suflît pas de les nettoyer seulement lorsque les feuilles se couvrent de moisissure ou de ce champignon noir, microscopique, qui ressemble à de la suiej le lavage des feuilles avec l'éponge est nécessaire toutes les fois que la poussière ternit la verdure des plantes, sans attendre qu'il en soit résulté de fâcheux effets. Quelques explications à ce sujet nous semblent ici à leur place. Les feuilles des plantes sont munies, surtout à leur face inférieure, de petites ouvertures nommées stomates, dont les fonctions peuvent, jusqu'à un certain point, être comparées à celle de la bouche
chez les aiiimaux, puisque c'est par les stomates que passe la portion de nourriture puisée par les plantes dans l'atmosphère, dont elles s'approprient les élément» qui leur conviennent. On voit par là combien il importe que rien n'obstrue les stomates et ne les empêche de fonctionner. Il y a des plantes dont , par ce seul motif, la poussière trouble et dérange entièrement la vie végétale : tels sont entre autres les Camellias, qui vivent péniblement dans les appartements, parce que l'air s'y trouve constamment chargé de ces myriades de particules légères qu'un rayon de soleil rend visibles à l'œil nu.
Le nettoyage des plantes de serre a souvent aussi pour but la destruction des insectes et de leurs œufs collés à la surface des feuilles. On comprend aisément avec quels ménagements et quels soins attentifs doivent être touchées les feuilles tendres et délicates de certains végétaux, dont une main maladroite ou négligente froisse le parenchyme et endommage ou déchire les stomates. Quoique ce dommage ne soit pas immédiatement visible, il n'en est pas moins réel lorsqu'on a passé lourdement et sans précaution la brosse ou le pinceau sur un feuillage délicat; la plante n'eu est pas moins privée de ses organes les plus nécessaires. Il y a même des plantes où ces organes sont si frêles que la brosse et le pinceau, même entre des mains adroites, exercent encore un toucher trop rude; on ne s'en aperçoit pas sur-le-champ, mais quelque temps après leurs feuilles se rayent et tombent. Pour tous ces végétaux, et en général pour les feuilles de toutes les plantes de serre sans exception, l'éponge doit être préférée même à la brosse douce et au pinceau toutes les fois que son
action dépourvue de danger suffit pour le nettoyage.
Beaucoup d'insectes envahissent les serres et s'y propagent au détriment des plantes exotiques.
La cochenille peut faire périr les Caféyers, les Liliacées, lesMikania, les Cactées et nombres d'autres plantes sur lesquelles elle s'attache. Le seul moyen de détruire ces insectes, c'est de les enlever avec la brosse, le pinceau, ou l'éponge. Un autre insecte du même genre (coccus) attaque spécialement les Acacias de laNouvcUe-Hollaude et les Épacridéesj on le détruit en saupoudrant ces plantes avec de la fleur de soufre après les avoir mouillées.
Nous avons aussi à combattre dans les serres une araignée presque microscopique, insecte appartenant au genre Acarus (mite ou ciron). Ces insectes causent quelquefois la mort des plantes j les Mamillaria, qui en sont fréquemment attaqués, succombent souvent sous leurs morsures. On les défruit en seringuant les plantes avec de l'eau dans laquelle on a délayé un peu de fleur de soufre. On est quelquefois forcé de recourir à un autre moyen assez dangereux, qui consiste à répandre un peu de fleur de soufre sur les conduits de chaleur, pour donner lieu à un dégagement de gaz acide sulfureux ; il ne faut user de ce moyen qu'avec les plus grands ménagements, car un peu trop d'acide sulfureux répandu dans l'atmosphère de ia serre ferait autant
et plus de tort aux plantes que la présence des acarus.
Les plantes de serre sont aussi très-souvent en proie aux ravages des pucerons, insectes qui vivent sur elles en société. Pour les détruire, on fait brûler sur un réchaud du tabac à fumer ; il faut que la fumée produite soit assez épaisse pour que deux hommes placés à deux ou trois mètres l'un de l'autre ne puissent se voir. Cette fumigation ne fait pjis un tort très-notable aux plantes ; mais il ne faudrait pas qu'elle se prolongeât au delà de quelques heures, ni qu'elle fût trop fréquemment répétée.
Nous devons une mention particulière à une espèce distincte de puceron , qui diffère peu de celui qui infeste le plus communément les plantes de serre. Il ne s'attache qu'aux racines des plantes. Ce puceron est d'un vert glauque j le duvet dont il est revêtu empêche l'eau de l'atteindre. Il est assez commun sur les rosiers ; nous l'avons aussi observé fréquemment sur les Gardoquias, qu'il fait périr si l'on n'a soin de les en débarrasser par les procédés que nous venons d'indiquer.
Telles sont les données générales que nous avons cru nécessaire d'exposer, pour plus d'ordre et de clarté, avant de décrire en détail les notions relatives aux divers genres de serres en particulier, notions qui feront le sujet des chapitres suivants.