CHAPITRE CINQUIÈME
SERRE DITE JARDIN d'hIVER.
Deux serres froides chacune à deux versants, séparées seulement par un rang de piliers ou de coloiuies élégantes et légères, à l'intérieur, peuvent couvrir im espace assez étendu pour permettre de dessiner sous leur abri les allées et les plates-bandes d'un jardin où ne se trouvent que des plantes de serre froide, toutes cultivées en pleine terre; c'est ce qu'on nomme Jardin d'hiver, genre de construction qui devient fort à la mode parmi les aiî:is de l'horticulture,
non sans motif, car il peut procurer beaucoup d'agrément avec trés-peu de peine et de frais d'entretien. Un bassin placé au centre du jardin d'hiver permet d 'y cultiver quelques plantes aquatiques; la culture des plantes herbacées de serre froide jointe à celle des arbustes, ne laissé jamais le jardin d'hiver dépourvu de fie irs, même pendant la saison la plus rigoureuse de l'année; quelques variétés dq rosiers du Bengale plantés prés des jours peuvent y donner
des roses toute l'année sans interruption. Le jardin d'hiver admet en pleine terre, outre les plantes dont nous avons donne la liste pour la serre froide, celles qui suivent.
Kennedia ( toutes les espèces de la Nouvelle-Hullande).
Manettia coccinea.
Liste des plantes que l'on peut cultiver dans un jardin d'hiver Passiflora edulis.
dont on enlève tes panneaux pendant Pété.
heberliana.
Agave americana.
Azalea indica.
Banksia.
Barbacenia gracilis.
Beckea virgata.
Camellia.
Cunonia capensis.
Cycas revolula.
Dracœna austialis.
Bignonia jasminifolia.
tweediana.
Crolallaria ele?ans.
Erica (presque toutes les espèces). Plumbago capensis.
Rubus mollucanus.
> Même ohser val ion .
Franciscaea hoppeana.
Grevillea robusta.
Litlaea geminœflora.
Melaleuca hypericifolia.
Metrosideros loplianta.
saligna.
viridiflora.
Pimelea rosea.
Psidium cattleyanum.
Rhododendrum arboreum.
Thunbergia coccinea.
grandiflora.
Tropaeolum pentaphyllum.
Dans les parties ombragées des jardins d'hiver, les fougères suivantes trouveront leur place :
Acrosticum alcicorne.
Pteris longifolia.
Asplenium flabellatum, et généralement toutes les fougères Woodwardia radicans. des climats tempérés.
Glycine ( loulos les espèces de la Nouvelle-Hollande).
Hibertia den(ata.
Paris a possédé deux jardins d'hiver, celui de M. Bour-
sault, et celui d(3 M. Noisette. Nous n'en répéterons pas ici
les détails déjà publiés dans le Traite de la composition et de
Toutes ces plantes ont besoin i^ornement des jardins, de M. Audot. de supports : elles peuvent par ./ >
conséquent servir à l'ornement U y <> quelques années. M. Fion , qui pratiquait l'hortides jardins d'hiver en sarnissant , i
les colonnes les murailles etc. culture en amateur, en a iait construire un rue des 1 rois- Couronnes, n° 14, mais ayant vendu son élablisscmrnt à M. Lemichcz, il avait créé dans sa retraite à Versailles ua
aiilrc jardin d'hiver dont nous donnons une idée dans los lig. 32, 33, 34.
A rexircmité d'un jardin dont la forme est un paralléiogramme , on a placé sur un plan paysager le jardin fig. 33 entre les murs a. En face de la porto est creusée une pièce d'eau entourée de rocaillcs et où l'eau, souvent renouvelée, arrive par une petite cascade sur les rocaillcs mêmes.
La cliarpente se compose de 22 poteaux ou colonnes, b ( Gg. 32), de 1 1 centimètres carrés, supportant les madriers r de 8 à 10 centimètres d'épaisseur et de 38 de largeur, régnant dans toute la largeur de la serre. Les chevrons d s'assemblent dans les angles de ces madriers, à 3 met. 30 les uns des autres et supportent les châssis vitrés e (fig, 3i, détails). Des tringles fj àc 6 centira. s'assemblent par les bouts dans les chevrons et reçoivent le bas des châssis vitrés de manière à intercepter l'air et à rejeter les eaux pluviales sur le madrier. Les madriers sont creusés en gouttière dans leur milieu en i; ils sont en outre recouverts 6m zinc.
Les châssis sont enlevés et serrés, posés à plat les uns sur les autres, sous un hangar, pendant la belle saison. Ce service et celui des paillassons dont on les couvre pendant les gelées, se fout en marchant sur les madriers. On y monte, soit par la partie postérieure du mur de la serre, si cette partie est accessible , soit par le devant , au moyen d'une échelle.
Les ornements, H fig. 32, 34, sont mobiles et peuvent être supprimés à volonté lors de Tenlévement des châssis vitrés pour être remis sur les chevrons et orner encore la charpente qui reste à demeure.
Les chevrons ou arbalétriers s'assemblent sur le faîte en/., suivant l'usage ordinaire ; les châssis se posent sur cet assemblage, retenus en dessous par des crochets mobiles et des pilons. On est dan<; l'usage de couvrir ce faite 0 fig. 34, d'une sorte de petit toit formé de deux planches assemblées en équerre. Ici la partie supérieure des châssis est taillée de biais ou en sifflet, /, fig. 34, de manière que les deux bords se touchent juste et, l'expérience nous l'apprend, la pluie ne pénètre pas dans ce joint.
Il est évident que les madriers c sur lesquels l'eau de pluie s'écoule en i (détails) doivent avoir une pente, et que cette pente entraîne un faux niveau dans toute la charpente ; mais ceci est inappréciable quand on considère l'ensemble. Le constructeur saura combiner l'assemblage de sa charpente de manière à donner la ponte nécessaire.
La figure 3G donne le plan du premier jardin d'hiver créé par M. Fion , à Paris. Ce jardin est aujourd'hui spécialement destiné à former une école de camellia; M. Lemichez n'y admet que les espèces et variétés du plus beau choix ; chacun des camellia qui y prend place reçoit assez d'espace pour pouvoir se développer et produire tout son effet. La couverture de cette serre forme deux toits vitrés sur sa longueur, mais cette disposition est moins heureuse que celle de la fig. 35 qui en donne trois, et peut procurer ainsi un milieu plus large et un plus- beau coup d'œil.
Celui de Versailles fig. 33, dont nous venons de donner la description, est, depuis le décès de M. Fion, remonté chez M. Lemichez, à Paris, près de celle qui existait déjà.
Le jardin fig. 36, est entièrement entouré do murs. L'entrée avait lieu par une grotte souterraine dont le sol est
a plus d'unnièlrc au-dessous du niveau de ia serre. Celle disposilion est heureuse en ce qu'elle permet de donner du mouvement au terrain. Aujourd'hui colle grotte située dans la nouvelle serre conduit, {)ar le moyen d'un chemin creux, dans le jardin primitivement établi. Les deux toits vitrés forment pignons aux extrémités du terrain, ainsi que l'indique la coupe llg. 36; tandis que le jardin d'hiver de M. Fion, à Versailles, a sept rangées de châssis présentant leurs pignons sur le liane, comme le montre la fig. 32.
Autres dispositions générales pour Jardin (Phiver.
On pourrait étahlir un jardin d'hiver dont toute la charpente s'enlèverait pendant la belle saison, mais l'agrément qui en résulterait ne compenserait pas l'embarras et la dépense, car on n'en jouirait guère à l'état découvert que du 15 mai au 15 septembre.
La couleur à donner à la charpente est le blanc de céruse pur pour l'intérieur comme propre à rélléchir le plus possible de lumière; on pourrait tout au plus ajouter quelques fdets verts comme ornements. Nous avons vu des intérieurs en couleur de pierre, teinte qui sans doute est en harmonie; mais il est certain qu'il y a perte de lumière. La peinture extérieure peut être choisie arbitrairement; elle devra s'harmouier avec les objets environnants. Un fond vert-clair relevé par des bandes et des iilels en brun Van-Djck est d'un effet harmonieux au milieu des arbres ; le blanc ne convient que quand la serre fait suite à l'habitalion, peinte elle-même d'un ton à peu prés blanc. Le blanc à la chaux convient aux murs intérieurs recouverts de
treillage en bois peint en vert. La peinture à l'huile à l'état frais est un poison pour les plantes placées auprèi; mais lorsqu'elle est bien .«^èche elle n'est d'aucun effel et ne nuit nullement à la végélaliou.
On plantera au pied de ces murs des camelLia et des orangers en espaliers. Des arbrisseaux grimpants peuvent s'enlacer autour des poteaux ou des colonnes soutenant la charpente ; les chevrons supporteront leurs rameaux flexibles.
En général, les chemins auront de 65 à 80 centim. Ils seront bordés de tuiles sur champ, enterrées aux trois quarts et [)lacées au bout les unes des autres. Ces tuiles seront cachées |)ar une bordure de plantes vertes pour laquelle nous indiquerons de préférence Varenaria balearica, d'un feuillage fin et d'un vert inaltérable, ainsi que le lliijmus corsica, le lijcopodimn dcnticulatuin. On pourrait encore employer la se/ayincllu apus, les lobelia picta et ilicifoLia, Vàprimida sinensis, le diantims pulcherrinius, etc.
Les eaux du bassin, s'il y en a un, se perdront par leur fond où on aura ()lacé un robinet à clef et un conduit pour rendre l'ea«i dans un .souterrain ou puisard destiné en même temps à recevoir les eaux de pluie, qui y arriveront par les allées quand la .serre sera découverte.
Les massifs seront remplis de terre de bruyère, préférable à toute autre pour les camellia et autres arbrisseaux convenables à celte sorte de serre. On peut se dispenser d'en composer le sol des allées, surtout si elles sont d'un terrain léger, cependant, si l'on peut s'en procurer facilemenf, b!s arbrisseaux y trouveront plus de nourriture.
Il suilira de donner de l'air par les châssis de la devan^ ture attachés à des charnières y', lig. 32, et par quelques-
uns des châssis de la couverture dans les parties opposées.
L'air sera donné dans les serres représentées fig 35 et 36, par les châssis triangulaires formant les pignons.
Dans la lig. 35, M. Audot a tracé le plan d'un jardin de la même grandeur que celui de la fig. 33; mais la charpente est disposée différemment. On a supposé ici l'entrée par une des extrémités A du parallélogramme.
Trois toits vitrés ou rangées de châssis a b partagent la serre en trois parties dans le sens de sa longueur, et, ce qui rend le coup d'œil plus grandiose, celle du milieu a est plus large que celles dtes côtés b b. elle est aussi un peu plus haute. Une allée, assez large pour deux personnes, est ménagée au milieu ; les arbrisseaux dont elle est bordée sont assez peu élevés pour laisser apercevoir dés l'entrée, .si on le préfère , le fond de la serre garni de rocaillcs. Quelques arbrisseaux plus élevés ou des statues d'un mètre, au plus, de proportion, placés sur le second rang, servent de repoussoirs et font paraître l'extrémité plus éloignée ; une pièce d'eau est au fond ; un vase de forme rustique ou une petite statue sur un piédestal, orne et anime un des côtés B. Dans l'autre partie en C, on a placé un banc sur le bord de la pièce d'eau. De ce petit bosquet on peut jouir dans l'hiver même de la vue de l'eau où se jouent des poissons dorés, on entend le murmure d'une petite cascade et le chant des oiseaux placés dans des volières au milieu des arbrisseaux en fleurs.
La manière dont est chauffé le jardin d'hiver de M. Lemichez, rue des Trois-Couronnes, à Paris, donnera un exemple bon à suivre. — Dans l'angle a, fig. 36, est établi un poêle carré en briques au-dessous du sol, de manière
que la fumée arrive à -25 centimètres sous le sol des allées. Pour faire écouler cette fumée et échauffer la serre, on a établi sous l'allée b un conduit de 25 centimètres de profondeur et de largeur, recouvert de fortes tuiles posées à plat; ce conduit se rend au point c où une cheminée verticale de 25 centimètres de section donne à la fumée le moyen de s'élever et de se perdre dans l'air. — Au point don a construit un autre poêle semblable au premier. Sa fumée se dirige par un conduit e de 20 centimètres, et se rend en e b dans le conduit b où cette fumée se réunit à celle du poêle a, et s'écoule en même temps qu'elle par la cheminée principale c.
Pour faciliter le tirage on a pratiqué en k un foyer d'appel (voir Foyer d! appel dans le Traité du chauffage) ; on commence par allumer un feu léger de copeaux ou de très-menus éclats de bois dans ce petit foyer : on va allumer aussitôt le poêle a, préparé d'avance, puis quand celui-là est bien allumé, on met le feu au poêle d. Lorsqu'il y a long-temps que l'on a fait du feu, les conduits se trouvent alors enduits à l'intérieur d'humidité, il est bon alors d'allumer le foyer d'appel une demi-heure à l'avance. L'effet de tout cet appareil est très-bon et il est impossible d'en trouver un qui remplisse mieux le but désiré, lequel consiste à produire une chaleur modérée par un moyen économique. Cette serre a 20 mètres sur 9 de largeur, et 2 mètres 50 centimètres, terme moyen, de hauteur. Deux poêles de grandeur ordinaire pour 'employer du bois de 40 à 50 centimètres de longueur, suffisent pour la chauffer. Si cette serre était construite dans des proportions plus grandes, ou qu'au lieu d'être entourée de murs elle fût vitrée
latéralement , il faudrait augmenter le nombre des poêles. Ainsi pour la serre où le vitrage remplacerait les murs, un troisième poélc serait nécessaire.
Il est mieux que les foyers des poêles soient situés à l'extérieur. Les tuiles couvrant les conduits à fumée sont soutenus sur leurs parois latérales au moyen de briques sur champ.
Une telle serre se classant dans la catégorie des serres froides , puisque l'on n'y plante ordinairement que des végétaux qui n'exigent pas d'autre précaution sous le rapport de la température que d'être garantis de la gelée, il sufGra d'appareils fort simples pour la chauffer. Ce chauffage, en effet, n'a lieu.qu'autant que le thermomètre arrive le soir à zéro, et il faut que le froid soit très-intense pour exiger du feu pendant que le soleil est sur Thorizon. — Un calorifère ainsi qu'un thermosiphou seraient trop compliqués et trop coûteux pour un usage si peu prolongé.
Lorsque parut la première édition do cet ouvrage nous n'avions à citer, comme exemples des bons jardins d'hiver existant à Paris et aux environs, que ceux dont nous avons essayé de donner une idée dans le cours de ce livre j nous avons aujourd'hui à signaler le jardin d'hiver de M. Mathieu, horticulteur, rue du Marché-aux-Chevaux, à Paris,
fig. 97, 98, planche 23. Ce jardin a 28 mètres de long sur 9 de profondeur et près de 4 mètres de hauteur; le vitrage est supporté par seize colonnes en bois formées simplement de boulins qui servent à conduire les trains de bois sur la Seine. M. Mathieu a été étonné de la facilité avec laquelle il a pu, au moyen d'un chauffage ordinaire, empêcher la gelée de pénétrer dans ce vaste espace. Ce chauffage consiste simplement en poêles dont les tuyaux de tôle parcourent toute la devanture de cette serre exposée au nord-est; les vitres sont couvertes de paillassons à l'approche des gelées. Chaque panneau écoule les eaux dans un chcnon , servant de chemin pour étendre les paillassons; elles sont reçues ensuite dans les gouttières qui les conduisent à l'intérieur dans une grande bâche en bois, dans laquelle on puise l'eau pour les arrosements d'hiver. Le mur du fond est garni, à distance, d'un grillage en fil de fer destiné à recevoir des espaliers de camcllia. Au pied des colonnes sont plantées des glycines de la Nouvelle-Hollande et autres plantes grimpantes des climats tempérés, dont les rameaux s'enlacent et forment des colonnes végétales d'un effet charmant. Le bon goût qui règne dans la disposition de cette serre au niveau des améliorations de la science des jardins, mérite à M. Mathieu les félicitations de tous les amis de l'horticulture.