CHAPITRE VIII
Des moyens de mettre en sûreté les personnes et les objets précieux dans les bâtimens incendiés.
Il arrive souvent que , dans un incendie , la crainte de perdre la vie paralyse le courage des malheureux surpris par ces accidens, et leur ôte la présence d’esprit nécessaire pour pourvoir à leur sûreté. On ne cite que trop d’exemples de personnes qui, frappées de terreur, ou retenues par des infirmités ou toute autre cause , n’ont osé ou n’ont pu se dérober aux flammes. Il y adifférens moyens de porter du secours à ces victimes et de les arracher à ces dangers ; ces moyens sont extérieurs et intérieurs : la facilité de les appliquer dépend du genre de construction des édifices incendiés, et de quelques autres circonstances locales ou du moment.
Lorsque le feu a pris dans une maison attenante à d’autres, il faudra d’abord voir si l’on peut facilement monter sur le toit, et par là communiquer avec ceux des maisons voisines ; car il n’est pas probable que le feu gagne ces maisons contiguës assez promptement pour que les habitans de la mai-
son n’aient plus le temps de s’enfuir. Au contraire, dans une maison isolée, lorsqu’il n’y aura pas deux ou plusieurs escaliers sépares, et môme dans une maison attenante à une autre, mais qui serait dépourvue d’une communication par les toits, il faut bien en venir à des secours extérieurs pour sauv ei les personnes exposées à perdre la vie; voici les principaux :
i°. Le mécanicien Melzel, de Vienne, a proposé, en l’année 1822, une sorte de pompe garnie d’un piston et d’un long tube flexible, qui doit être appliqué contre le visage de l’individu que l’on veut sauver, afin de lui donner la faculté de respirer dans un souterrain rempli de fumée et d’exlialaisons délétères; mais quand bien même ce moyen empêcherait la fumée de nuire à la respiration , il ne met point en état de résister long-temps à 1 action du feu.
20. Les moyens que propose D.-A. Follner , déjà mis en usage dans le Hanovre, lesquels consistent en deux barres de fer que l’on accroche à une croisée, à laquelle est suspendue une échelle de corde, un siège attaché avec des longes de cuir et des boucles , un panier pour sauver les enfans, et enfin une couverture de cuir fort épais, afin qu’étant mise sur les épaules du pompier, ni l’air ni la fumée 11e puissent y pénétrer. Quant à la manière de préserver les hommes employés à sauver les
incendiés, il veul que leur tête soit couverte dun casque en cuivre, auquel serait attaché un tube qui communiquerait, d’un côté, avec la bouche, et de l’autre avec une sorte de soufflet, pour fournir de 1 air respirable. Le reste du corps est couvert de cuir et d’une espèce de drap fort épais, qui ne permet pas à 1 air ou à la fumée de s’y introduire. Ces moyens ne sont guère préférables à ceux de Melzel; on peut leur faire les mêmes reproches : ni 1 un ni l autre des inventeurs n’ont tenu compte, comme il le fallait, de la nécessité de faire passer à travers les flammes et les pompiers et les personnes secourues.
3°. On a aussi proposé d’attacher aux poutres du toit, par le moyen d’un crochet, une corde bien solide et garnie de nœuds de distance en distance , dans toute sa longueur; mais c’est là un expédient connu des pompiers, qui leur est utile pour monter et descendre à l’extérieur des différens étages des bâtimens incendiés, mais qui ne donne aucune ressource pour secourir les personnes menacées par les flammes.
4°- Lorsqu’on est parvenu à mettre une corde entre les mains des personnes que l’on veut sauver en les faisant descendre d’une grande hauteur , il s’agit de ralentir la vitesse de la descente : pour cet effet, les inventions se sont multipliées au point qu’il serait trop long de les décrire toutes,
d’autant plus que quelques unes sont compliquées , et ne peuvent être bien comprises sans figures. Je les omettrai donc, quoiqua regret. Ces moyens de secours, dont l’usage est assez fréquent, ont été jusqu’à présent ceux qui ont rendu le plus de services.
5°. Ce sont aussi des systèmes de cordes que Leupold décrit dans son ouvrage intitulé : Théâtre des machines , et qu’il propose pour sauver les personnes menacées par le feu d’un incendie. L’une de ces machines consiste en un siège attaché à une corde qui tourne autour d’une roulette, par laquelle, au moyen d’un encaissement qui se prolonge dans toute la hauteur qu’elle doit parcourir , la personne pouvait descendre librement et en toute sûreté ; mais ce moyen de secours est tout à fait spécial ; car il exigerait une constructio'n expresse et dispendieuse, qui ne pourrait être utile qu’aux habitans de la maison. L’autre machine consiste à mettre , à une hauteur donnée, différentes poulies et cordes avec un système de contre-poids , combinés de manière à ce qu’une personne puisse se sauver elle - même en descendant d’une hauteur donnée. Mais ce moyen exige un appareil compliqué, dont il ne peut être fait usage que par des personnes exercées , et ne peut , par conséquent, recevoir une application dans les cas généraux d’incendies. Le professeur, M. Crivelli ,
léussit a simplifier celle machine <ie Leupold , et la lit mettre en jeu en présence des membres de I Institut I. et R. de Milan, montant et descendant
d une certaine hauteur à la tour de l’Observatoire de Brera.
h . Le sieui Alleon-Vancourt obtint l’approlia— Uon de Y Académie royale des sciences de Paris, en 1761, pour une voiture sur laquelle était dressé un mât de vaisseau, surmonté d’une cage, et garnie d’une échelle de cordes et d’autres cordages qui permettent aux pompiers de se lever et de se baisser à volonté. Ce mat est creux intérieurement, de manière à pouvoir en contenir un autre de moindre diamètre, qui s’élève au dessus du premier cylindre, et ce troisième s’élève encore au dessus du second par le moyen d’une corde qui passe en dessous et va tourner autour d’une poulie qui se. trouve dessous cette voiture. Dans ce second cylindre en est enfermé un troisième de la même manière qu’il vient d’être expliqué plus haut.
7 . Kermaret propose une échelle composée de différais morceaux combinés de manière «à n’en faire qu’une , et qu’on peut élever à la hauteur de i5 mètres ; il prétend, de la sorte, pouvoir entrer dans un appartement incendié , et en faire sortir les personnes qui sont en danger.
8°. Tout récemment à Londres, il a été proposé, comme moyen de sauver les personnes enfermées
dans les maisons incendiées et auxquelles toute autre issue est impossible, de les recevoir, dans leur chute, sur une grande pièce de toile à voiles, garnie d’un fort rebord de fil de chanvre, et re-
tenue par quatorze garde-feux. On dit qu’un (homme monté sur une maison de 5o ou 60 pieds de hauteur se jeta du haut du toit sans avoir éprouvé la moindre blessure , et qu’il exécuta à plusieurs reprises cette expérience avec le même succès : il semble qu’on aurait pu y substituer plus utilement un morceau de toile quelconque arrangé en forme de coussin élastique, comme plus convenable pour rompre le choc. En tout cas , on ne peut accorder la gloire de l’invention à cet appareil, puisqu’il y a peu de temps que M. Stocclii , commandant du Corps royal des pompiers à Parme, m’en a fait voir un tout semblable exécuté et déposé , il y a six ans, dans la collection des machines propres aux incendies.
Je viens de faire une énumération aussi complète que je l’ai pu des ressources que possédait l’art de porter secours aux incendiés; dans le chapitre suivant, on verra l’histoire abrégée des additions que j’y ai faites.