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CHAPITRE X

Application à plusieurs arts des procédés pour se garantir de l’action du feu.

Quelques personnes imaginant que je n’avais travaillé que pour venir au secours des incendiés, et jugeant de l’utilité de mes procédés d’après leur application probable, ont pensé que ces procédés rendraient peu de service, même en Italie, et qu’ils se répandraient difficilement, ou tomberaient en désuétude après leur adoption. Mais il est évident que, dans tous les lieux où l’on allume de grands feux , des ouvriers sont exposés aux atteintes de ces agens destructeurs, et s’il est quelques moyens de les en préserver, on ne peut trop se hâter de les mettre en usage. Passons donc en revue quelques uns des arts et manufactures qui peuvent en profiter.

Verreries , Faïenceries, Fabriques de porcelaine. — Dans les verreries, le creuset se renverse quelquefois , ou menace de se renverser ; il faut le relever ou le redresser. Les fours de ces trois sortes de fabrication sont exposés aux mêmes accidens. Les ouvriers peuvent être exposés à voir

de très près un feu plus vif que celui des incendies ordinaires. Leur tête et leurs mains pourraient être garanties par mes appareils; ces parties seraient promptement armées et mises en état de braver la plus forte chaleur; le travail se ferait avec plus de sécurité, et par conséquent avec plus d’ordre, et le succès serait encore plus assuré.

Hauts-Fourneaux , Fourneaux à réverbère , Hit du joncteur, moulage , etc . — Les ouvriers qui se livrent à ces travaux ont senti depuis longtemps la nécessité de mettre leur visage en sûreté contre la violence du feu, de se préserver de la chute des étincelles enflammées, des accidens qui peuvent résulter des torrens de métal liquide, lorsqu’ils viennent à se répandre hors du canal qui leur a été préparé. Mais ils n’ont point encore songé à rendre leurs vêtemens incombustibles ni à se mettre en état de plonger leurs mains et leurs bras dans la flamme, de manier le fer rouge, etc. ; il ne tient donc qu’à eux de mettre mes travaux à profit, et d’y prendre ce qui leur convient.

Architecture. — L’immense utilité des réseaux métalliques pour fermer le passage aux flammes sans interrompre la circulation de l’air, le passage des gaz, etc., sera quelque jour appréciée par les architectes; ils ont déjà les paratonnerres, il reste encore à éloigner de plus en plus le danger des incendies; et certes cet objet n’est pas indigne de

leurs études ni de leurs soins, dans les constructions qui leur sont confiées.

Fabriques de vernis , de papiers peints , Magasins de matières très injlanimables , etc. Ces fabriques et ces lieux sont quelquefois ravagés par des incendies dont les progrès sont trop rapides pour que les secours y arrivent à temps. Les réseaux métalliques employés de diverses manières, et les armures de la tête et des mains suffiront à des ouvriers intelligens et exercés, pour arrêter ou modérer la violence des flammes et diminuer les pertes, s’ils ne parviennent point à les empêcher.

Art du sculpteur , tailleur de pierres. — Le ciseau détache de certaines pierres une poussière si fine, qu’elle voltige dans l’air et attaque les yeux et la poitrine. Un masque en gaze métallique très serrée, tel que celui qui garantit les pompiers des incommodités de la fumée, est précisément ce qu’il faut pour exécuter ces travaux sans en redouter les fâcheuses conséquences.

Médecine , Chirurgie. — Parmi les divers procédés de l’art de guérir, ou dans le cours des études qu’il exige , on ne manquera point d’occasions de recourir aux moyens que j’indique pour mettre en sûreté les organes de la vue et de la respiration. Des médecins habiles ne pourraient-ils pas tirer parti de quelques unes de mes expériences, pour frapper l’imagination de quelques malades aux-

quels des émotions sont nécessaires? La médecine moi ale, si ellicace, mais si difficile, fait quelquefois le plus louable usage de l’art du charlatan ; c’est à elle qu’il doit être permis de simuler des prodiges.

Précautions contre les insectes dans les lieux qui en sont infestés . — A la place des gazes ordinaires , qui ne laissent point passer l’air et la lumière aussi librement qu’à travers les gazes métalliques, on donnera la préférence à celles-ci d’autant plus quelles sont susceptibles de toutes les recherches et de toute la magnificence du luxe.

Education gymnastique , Art militaire . — Les expériences faites à Paris et auxquelles S. A. R. Monseigneur le Duc de Bordeaux a pris part constatent déjà que mes procédés trouvent leur place dans les exercices gymnastiques. On y a vu le jeune enfant, espoir de la France, tenir pendant plusieurs minutes son doigt plongé dans la flamme, transporter une barre de fer rouge, etc. Quant au second objet , je m’en rapporte aux maîtres de l’art; quoiqu’ils ne soient pas économes de leur propre vie, ils recherchent tous les moyens d’épargner celle des hommes qui leur sont confiés , et ils attachent trop de prix à cette noble partie des sciences militaires, pour négliger aucune des ressources qu’elle peut acquérir. Dans une ville assiégée et embrasée par les projectiles incendiaires, on ne doutera point que mes appa-

reils ne puissent être d’un très grand secours.

Physique , Chimie , Histoire naturelle. — La culture des sciences n’est pas plus exempte de périls que celle des arts. Voulez-vous contempler les laves de plus près, les étudier plus à loisir, munissez-vous comme le pompier. Si mon compatriote Zambeccari avait appliqué à son aérostat les moyens de précaution que j’indique , il aurait évité les infortunes qu’il éprouva dans son audacieuse tentative de traverser l’Adriatique.

Usages du carton et du papier d! amiante. — Les apprêteurs de draps se serviront très utilement du carton d’amiante, comme on le verra dans la note (4) [i]. Quant au papier fabriqué avec cette matière, suivant les procédés ordinaires, j’en ai plusieurs feuilles d’un demi-mètre de long sur trois décimètres de large. Il serait, à coup sûr, le meilleur pour les papiers-monnaies , car c’est le plus difficile à contrefaire. Il ne s’agirait plus que de trouver une encre indélébile , suivant le vœu du célèbre Haüy. Alors les annales des peuples, les chartes , les titres de la plus haute importance seraient parfaitement à l’abri de tous les accidens ,* et passeraient sans altération à la postérité la plus reculée. La fortune des banquiers et de beaucoup de particuliers courrait moins de dangers, etc.

[i] Voir la note (4) , page 97.

Mais avant qu on ait fait la découverte d’une encre à l’épreuve du feu , le carton d’amiante peut ajouter beaucoup aux moyens de conservation que procurent aujourd’hui les serre-papiers. En composant des boites en carton d’amiante enveloppées de tissu métallique, et en multipliant ces enveloppes enchâssées les unes dans les autres, jusqu’à ce que leurs parois aient une assez grande épaisseur, on aura la certitude qu’un incendie , quelque violent et prolongé qu’on le suppose , ne causera point de dommage sensible dans l’intérieur d’une telle boîte , et que les papiers qu’on y aura déposés en seront extraits parfaitement intacts.

C’est ici le lieu de rappeler la célèbre lampe de sûreté de Davy, l’une des plus belles applications des gazes métalliques , et qui éloigne des mineurs les dangers des explosions souterraines. MM. Larivière, artiste de Genève, et Libri, professeur à Florence , sont déjà parvenus , par des moyens différens, à modifier cette invention de Davy, afin d’en étendre l’usage. Je me suis aussi occupé du même objet, dans les intérêts de l’agriculture, et j’ai converti la lampe du mineur en une lanterne, qu’on peut porter avec une entière sécurité dans les granges, les écuries, les greniers. Au tissu très serré que l’inventeur avait mis autour de sa lampe, aux dépens de la clarté, mais pour que l’inflam-

mation de l’hydrogène extérieur ne pût jamais avoir lieu, j’ai substitué de plus grandes mailles, afin de répandre plus de lumière; j’ai pu supprimer les diaphragmes de réseau métallique, qui, dans la lampe de Davy, se chargent de suie; j’ai fait en sorte que le vent ne put les éteindre, qu’elles pussent être renversées , et que la flamme intérieure pût venir toucher le tissu métallique sans propager l’inflammation au dehors. J’ai déterminé les relations qui doivent être établies entre le volume de la flamme de la lampe et la grandeur des mailles du tissu métallique, pour qu’on ait le plus de lumière qu’il est possible et une sûreté totale. Des lanternes pareilles, dans lesquelles une bougie remplace la lampe, sont préférées aujourd’hui aux torches, aux lanternes de verre ou de canevas: dans quelques villes d’Italie, l’autorité municipale en a prescrit l’usage.

J’ai fait plusieurs fois l’essai de mes lanternes, en présence de témoins intéressés à en bien connaître l’effet; je les entourais de foin, ou d’autres matières également combustibles ; toutes ces 'matières s’échauffaient beaucoup, mais ne s’enflammaient point. Dans des expériences faites en 1827, à Borgo-San-Donnino , la lampe était alimentée avec du pétrole récemment extrait des puits de Salso, et qui donnait une flamme prolongée et bien ardente; le foin fut carbonisé, mais ne s’aï-

lunia point. En garnissant mes lanternes d’une double gaze métallique, j’ai pu les plonger impunément dans le gaz hydrogène sulfuré, qui se dégage des bains dits Terme pornestane ; l’hydrogène ne brûlait que dans l’intérieur du tube qui introduit l’air, et 1 inflammation ne se propageait point au dehors.

Quoique j’aie eu principalement en vue Futilité de ce moyen d’éclairage pour les cultivateurs , il ne convient pas moins à d’autres professions, et en d’autres lieux que des fermes. Dans les casernes et les magasins militaires, il y a aussi des écuries, des dépôts de fourrage , et par conséquent des précautions à prendre lorsque l’on y porte des lanternes. A bord des vaisseaux, ne substituerait-on pas avec avantage les gazes métalliques à la corne, moins transparente et moins propre à préserver de toute communication du feu?

Les propriétés bien constatées des tissus métalliques, ainsi que celles du carton, du papier et de la toile d’amiante attireront sans doute l’attention des Gouvernemens , et les détermineront à donner quelques encouragemens aux fabriques destinées à procurer ces nouvelles ressources à tous les arts qui voudront en profiter. Quant aux divers tissus métalliques, on en fait dans les grandes capitales de l’Europe; mais il n’en est pas de même des travaux dont l’amiante est la matière première : ceux-

ci ne peuvent s’établir et prospérer qu’avec le concours des professeurs de physique et de chimie , des amis des sciences et des arts. Il est temps de profiter des libéralités de la nature, qui ne s’est pas montrée avare de cette substance minérale. On dit que Charles -Quint avait établi une fabrique de toile d’amiante dans un château à dix milles de Gand; que ce monarque possédait une nappe de cette substance, et qu’il se plaisait à faire, en présence des courtisans , l’expérience de la jeter au feu pour la nettoyer. A la Chine, pays qui fut le berceau d’un si grand nombre d’arts , on fait des toiles d’amiante, mais d’un prix excessif, car une pièce de cette étoffe, d’un demi-mètre en carré, était vendue, le siècle dernier, jusqu’à neuf cents francs. Au temps de Pline , l’amiante était aussi cher que les perles , son prix a prodigieusement baissé depuis cette époque. A. mesure que les recherches minéralogiques se multiplieront, on ajoutera de nouveaux gisemens de ce lin incombustible à ceux que l’on connaît depuis long-temps en Crète, en Chypre, dans l’Archipel, dans les Alpes et les Pyrénées françaises ; dans la Grande-Bretagne, la Sibérie, l’Égypte, etc. Tous ces dépôts ont à peine été mis à contribution ; on ne manquera donc point de matines pour des fabrications nombreuses, ac— tives, et soutenues long-temps.

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